Le 8 mai 1945 illustre les massacres coloniaux
L’Algérie célèbre aujourd’hui le soixantième anniversaire des massacres du 8 mai 1945 commis par les colons et l’armée française à Guelma, Sétif et Kherrata. A ce propos, l’historien français Olivier Le Cour Grandmaison a fustigé hier «les concessions simplement verbales» faites par la France sur ses crimes coloniaux, dont les massacres du 8 mai 1945. Alors que l’ambassadeur de France en Algérie, M. Bernard Bajolet, avait récemment déclaré à Guelma qu’il fallait «en finir avec la dénégation des injustices, des faits et des crimes du passé», impliquant directement «la lourde responsabilité» de la France dans les massacres d’Algériens le 8 mai 1945 dans l’est du pays, l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, auteur notamment de Coloniser, exterminer : sur la guerre et l’Etat colonial (Fayard, 2005), les a jugées comme de simples «concessions verbales» visant à «préserver les intérêts de la France» dans ses relations économiques avec l’Algérie.
«Pour mesurer la portée des déclarations de M. Bajolet, il faut les mettre en perspective avec d’autres, en particulier celles faites par [le président français] Nicolas Sarkozy à l’université Bachir Mentouri à Constantine le 5 décembre 2007», a-t-il estimé dans une déclaration à l’APS.
Pour l’historien, le président français «semblait vouloir tempérer» ses déclarations antérieures puisqu’il affirmait que «le système colonial était injuste par nature» et qu’il «ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation». «Revirement ? Lucidité tardive ? Reconnaissance implicite des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis au cours des cent trente-deux ans de “présence française” en Algérie ?» s’est demandé l’historien. «C’est à l’aune d’une politique extérieure mercantile, que nulle rupture n’est venue réformer, qu’il faut interpréter les déclarations récentes de l’ambassadeur de France», a-t-il ajouté, considérant que pour les autorités françaises, «les échanges économiques et financiers entre la France et l’Algérie exigent quelques concessions verbales».
Selon l’historien, la France «développe à contre-courant de ses déclarations verbales» des mesures de type colonial concrètes, soulignant une «contradiction entre le dire et le faire». A titre d’exemple, l’historien a rappelé que la France «est le seul Etat, parmi les anciennes puissances coloniales européennes, à avoir juridiquement sanctionné une interprétation mensongère et officielle de son passé colonial par la grâce de la loi du 23 février 2005, toujours en vigueur en dépit du retrait de l’article 4» qui visait à faire enseigner dans les écoles les présumés «bienfaits» de la colonisation. Cette loi, jugée «scélérate» par le mouvement associatif français et de nombreux partis politiques qui ont exigé son abrogation totale, a gardé l’article 13 qui indemnise les criminels de l’organisation terroriste OAS. «Pour les amateurs d’exception française, en voilà une remarquable mais sinistre», a poursuivi Olivier Le Cour Grandmaison, appelant les autorités françaises à «prouver» leurs intentions de reconnaître les crimes coloniaux, «non pas par de simples déclarations mais par des mesures concrètes, comme l’abrogation de cette législation scélérate». Il a également appelé l’opposition à déposer, sans plus attendre, une proposition de loi en ce sens. «Tous, nous les jugerons sur leurs actes, pas sur leurs déclarations», a-t-il souligné. A une question sur le nouveau projet de loi sur les archives, qui proclame certains documents d’histoire comme «incommunicables» et donc occultant jusqu’en 2037 les crimes coloniaux commis en Algérie, Le Cour Grandmaison a relevé que «là encore, en dépit de déclarations ronflantes et convenues sur la nécessité de laisser les historiens, et tous ceux qui s’intéressent au passé de la France, travailler tranquillement, la majorité [parlementaire] est en passe d’adopter un texte qui, relativement à l’accès aux archives, est l’un des plus restrictifs d’Europe». «Bel exemple. Triomphe de la raison d’Etat, mépris de l’histoire et de la vérité lorsque celles-ci sont susceptibles de déranger les discours officiels : tels sont les fondements de cette future loi qui, si elle était votée, devra être abrogée au plus vite en cas de changement de majorité», a-t-il souhaité.
Quant à l’inquiétante remontée en France des nostalgiques de la période coloniale, l’historien a estimé que «l’activisme des nostalgiques de l’Algérie française, entre autres, ne semble pas lié à une méconnaissance des réalités coloniales mais aux différents discours apologétiques prononcés» par les autorités françaises visant à «restaurer le passé colonial de la France». «Quand au sommet de l’Etat, on s’autorise ce type de déclarations, il n’est pas surprenant que cela incite les courants les plus ultras à se manifester de nouveau au grand jour», a-t-il poursuivi, évoquant notamment «l’offensive de charme» dans les milieux xénophobes et racistes de l’extrême droite, à des fins électorales.
R. I. (La Tribune)
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Leurs sépultures sont et seront nos mémoires
Nous n’oublierons pas !
Le silence est la forme sublime de la persécution, il laisse le champ libre à toutes les interprétations, offre au révisionnisme un champ pour se livrer à ses sordides manipulations. La situation a évolué, incontestablement, mais pas autant et comme nous l'avons souhaité et le souhaitons toujours. Les faits étant établis et reconnus, nous ne reviendrons pas dessus. Entre 2004 et 2008 deux ambassadeurs de France sont allés se recueillir sur les tombes des victimes de ces épouvantables massacres l'un à Sétif, l'autre à Guelma. Ceci dit, les terribles évènements du mois de mai 1945 ne sont qu'une page, parmi les plus sanglantes, de l'histoire de la France en Algérie. Les 45 000 morts de mai ne crient pas vengeance mais reconnaissance d'une des plus profondes ingratitudes d'un état républicain envers des hommes s'étant portés à son secours. Mai 45 est une date très particulière en ce sens qu'elle est emblématique de l'ensemble des tares d'un système pourtant condamné par la Société des Nations (future Onu) et les alliés, reconvertis aujourd'hui en communauté internationale.
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