Sarkozy, qui savait que les Algériens le guettaient sur la question de la présence coloniale, a cru s’en sortir en coupant la poire en deux. Devant les patrons algériens et français, il devait, au détour de son discours centré sur les affaires, lâcher du lest en reconnaissant, tout de même, que la colonisation n’est pas une promenade civilisationnelle. Le président français a, bien sûr, rappelé l’évidence historique qu’une occupation militaire était synonyme pour les occupés de marginalisation et d’exploitation. Bien qu’il ait employé les termes de profondément injuste et de crimes terribles, Sarkozy ne s’est pas trop appesanti sur la question pour tout de suite affirmer que les victimes étaient enregistrées dans les deux camps, mettant sur le même pied spoliés et colonisateurs ! Le président français a ses raisons pour ne pas aller au fond de l’histoire franco-algérienne, surtout qu’il doit juste après son séjour algérien recevoir à l’Élysée des nostalgiques de l’Algérie française, mais pour les Algériens ce micmac franco-français n’est pas leur tasse de thé. Ils exigent au moins des excuses à la place de la repentance qui paraît si lourde à assumer de l’autre côté de la Méditerranée. Le pont que Sarkozy n’a cessé d’évoquer entre son pays et l’Algérie ne saurait, de toutes les façons, se bâtir avec de tels a priori. Ou alors, et il faut que Sarkozy le dise ouvertement, la France devra se contenter de business et accepter de s’aligner comme les nombreux partenaires étrangers qui se bousculent au portillon maintenant que l’Algérie est assise sur un très confortable matelas financier et qu’elle projette de rattraper le temps perdu dans tous les domaines. En clair, si ce n’est que le registre des affaires, ça ne sera que les lois de l’offre et de la demande. C’est pourquoi Alger estime que son hôte ne s’est contenté que du smig sur un passé colonial qui a duré plus d’un siècle et qui a, et le mot n’est pas fort, complètement contrarié le cours de l’histoire de la société algérienne. On ne peut pas oublier que la colonisation de l’Algérie a été une véritable colonisation de peuplement avec tout ce que cela induit, y compris en exterminations et, au mieux, en déportations et bannissements. Les historiens français savent tout cela, eux qui ont pétitionné contre la nouvelle loi française faisant l’apologie des menées coloniales françaises. Il reste que même au niveau officiel, les propos tenus lundi soir par Sarkozy sur le passé colonial de la France en Algérie ne sont pas suffisants. D. B.

