Jeudi 23 Août 2007
Amnésie !

Par un petit matin, j'ai vu à Tizi-Ouzou des enfants en loques disputer à des chiens le contenu d'une poubelle. A mes questions, un kabyle a répondu : c'est tous les matins comme ça, écrit Albert Camus envoyé en reportage en Kabylie en 1939 par le quotidien Alger Républicain. Cette publication lui a coûté l'exile à Paris. Cette situation d'extrême misère que décrit le journaliste n'est rien qu'une bribe de l'oeuvre coloniale. Un crime étatique que la France continue à nier en faisant l'amalgame entre des vérités historiques et la surenchère des mémoires. Le silence des autorités françaises sur les crimes coloniaux, dans une logique de mémoire occultée, le retour des nostalgiques de la période coloniale et l'indemnisation des membres de l'organisation criminelle OAS, l'enseignement réducteur de la colonisation dans les livres scolaires, les séquelles coloniales comme le racisme et la discrimination sociale, et la question du verrouillage des archives, ont été en 2006 autant de fronts ouverts, en Algérie comme en France, par moult associations, partis politiques et historiens qui ont exigé un devoir de vérité. Dans une déclaration à l'APS, l'historien Gilles Manceron, vice-président de la Ligue française des droits de l'homme (LDH), estime que La question des crimes coloniaux reste encore aujourd'hui entièrement posée? et que tôt ou tard, la France devra remettre en cause son passé colonial. Selon lui, les jeunes français, qui ont une attitude différente de leurs aînés, sont restés bloqués dans un certain nombre d'idées colonialistes anciennes mais se rendent compte de la légitimité de cette guerre d?indépendance, malgré le fait que la société française soit tiraillée entre les nostalgiques de l'époque coloniale et ceux qui revendiquent un devoir de vérité. L'historien a ensuite fait le lien avec la polémique sur le génocide arménien. La France ne peut pas se contenter de donner des leçons aux autres sans en tirer les conséquences pour elle-même, a-t-il souligné, notant que les crimes de guerre commis par son armée en Algérie n'ont jamais été reconnus officiellement, malgré les demandes des défenseurs des droits de l'homme comme l'historien Pierre Vidal-Naquet, décédé récemment. Depuis quarante-quatre ans, la France officielle vit dans la culture du mensonge, faisant croire à ses élèves que malgré de regrettables bavures, la colonisation a quand même légué à l'Algérie des infrastructures modernes, un système éducatif, des bibliothèques, des centres sociaux ce qui n'est pas juste. L'une des questions à laquelle le gouvernement français doit répondre est celle du verrouillage des archives françaises sur la lutte de Libération nationale. L'historien Le Cour Grand-Maison, évoquant les grandes avancées contre la mémoire occultée, a déploré le fait que l'accès à certaines archives policières et gouvernementales importantes demeure soumis à un régime dérogatoire qui n'est pas acceptable dans un contexte où la plupart des responsables politiques prétendent être les amis de la vérité historique. Une déclaration commune de nombreuses associations, dont l'association 17 Octobre contre l'Oubli, et le MRAP a dénoncé le détournement d'archives et les entraves mises à leur consultation. L'historienne Sylvie Hénault a dénoncé le fait que l'accès aux archives n'est pas aussi facile qu'on le dit et a estimé opportun d'écrire une histoire transnationale, et non plus uniquement française. Enfin, un autre front a été ouvert, toujours contre les nostalgiques de la période coloniale qui ont lancé une offensive contre les Français qui ont soutenu la guerre de Libération nationale, dont ceux membres du collectif des avocats du FLN, ou ceux des réseaux Jeanson et Curiel de soutien logistique au FLN.

Hamza Benhalima http://www.lemaghrebdz.com/

publié par M'hamed dans: djazair

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