l Des savants algériens ont édité plus de 120 manuscrits datant d’avant l’époque coloniale traitant différents thèmes, notamment les mathématiques et qui se trouvent dans 48 des plus grandes villes au monde. Inconnus chez nous ces savants, tel Ali Benhamza, et leurs œuvres sont la propriété de grandes bibliothèques qui comptent les garder jalousement.
Cent deux manuscrits produits par 48 savants algériens se trouvent dans 28 grandes villes du monde, a indiqué, mardi, à Constantine, le mathématicien, Ahmed Nouar lors d'un séminaire sur l'histoire des sciences arabes. Dans cette conférence intitulée «Les manuscrits mathématiques algériens à travers le monde», ces 102 manuscrits de 48 savants algériens ont trait aux domaines des mathématiques et de l'astronomie. Parmi les ouvrages cités, la plupart écrits sur l'histoire des mathématiques, le conférencier a cité celui de Ali Benhamza, qui, dira-t-il, a découvert les logarithmes 23 ans avant l'Ecossais Neper. S'il est difficile de récupérer ces manuscrits qui font aujourd'hui partie des fonds bibliothécaires des pays où ils se trouvent, des copies devraient être récupérées, soutient le conférencier, ainsi que les intervenants dans les débats. «Ces savants, qui ont vécu et produit leurs travaux avant la période coloniale, font partie de l'histoire scientifique du pays et la récupération et la diffusion de leurs œuvres sont nécessaires à la récupération et à la construction de notre identité», fera remarquer le conférencier. A ce sujet, le Dr Nouar a notamment mis l’accent sur «la nécessité de rendre justice aux grands noms des sciences arabes (à Ibn Qonfod, El-Hamidi, El-Hafsi, ou Omar Ouazane) en révélant leurs trésors et à les installer sur le piédestal qu’ils méritent». A signaler qu’en marge de ces conférences, une galerie de portraits des mathématiciens et d’astronomes de Constantine et de sa région est organisée dans la grande salle de la bibliothèque centrale de l’université.
Florence Beaugé, journaliste française et surtout auteur de l’ouvrage Algérie, une guerre sans gloire, a déclaré lors de la sortie algérienne de son livre aux éditions Chihab:
“J’ai honte des propos tenus par Douste-Blazy. Je trouve indécent, déplacé et déshonorant pour la France ce qu’a dit le ministre concernant l’hospitalisation du président algérien. C’est d’autant plus inacceptable que c’est en ministre qu’il s’est exprimé.”
La recherche de vérité a mené la journaliste du Monde à recueillir les témoignages de ceux qui ont souffert de la question infligée par un certain lieutenant Maurice Schmitt, “le chef d’orchestre des tortures”, dans une salle de l’école Sarouy d’Alger : Hani Mohamed, membre de l’Organisation secrète (OS), Ali Moulaï et Saïd Bakel, deux responsables du FLN.
À ces militants de la Libération nationale, à d’autres encore, la journaliste dit avoir perçu le sentiment du “pardon”, mais pas la volonté “d’oubli”. En outre, il est aussi question entre les deux pays d’un traité d’amitié qui prendrait en ligne de compte “oubli et pardon”.
Un tel traité peut-il être envisagé sans repentir français ? À cette question, Florence Beaugé répondra que les Français “doivent beaucoup plus qu’un pardon aux Algériens. Pendant la colonisation, la France s’est comportée (en Algérie) pire que les nazis. Vous demander pardon serait peu…”
Au moment où la polémique née de la loi faisant référence au rôle positif de la colonisation gagne en ampleur entre l’Algérie et la France, le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, rappelle quelques vérités historiques:
l’illégitimité de la domination d’un peuple sur un autre — “que ce soit hier en Algérie ou aujourd’hui en Palestine” —, la réalité mondiale — et non pas arabe — de la colonisation et des luttes de libération nationale, l’ingérence occidentale pour renverser les “gouvernements nationalistes et révolutionnaires” du Sud et maintenir les séquelles de la colonisation.
Dans un entretien accordé à la revue du réseau Voltaire pour la liberté d’expression, une association internationale fondée en 1994 au Parlement européen, Ahmed Ben Bella a affirmé qu’hier comme aujourd’hui, le colonialisme reste une idée de l’Occident. “Le colonialisme est une idée qui est née en Occident et qui a conduit les pays occidentaux — comme la France, l’Italie, la Belgique, la Grande-Bretagne — à occuper des pays hors du continent européen”. “Un colonialisme dans sa forme primitive, c’est-à-dire par l’installation à demeure de pouvoirs étrangers répressifs, avec une armée, des services, des polices. Cette phase a connu des occupations coloniales cruelles qui ont duré jusqu’à 300 ans en Indonésie”, a-t-il ajouté. Aujourd’hui, “la violence, qui s’exprime dans le monde arabo-musulman, est le résultat de la culture de haine et de violence qu’Israël a engendrée en s’imposant par la force sur les terres des Arabes”, a encore estimé Ben Bella. Pour lui, ce sont “les atrocités de cet État illégal qui contraint les plus valeureux à réagir”. Et d’ajouter : “Je ne pense pas qu’il y ait combat plus noble que celui des Palestiniens qui résistent contre leur occupant. Quand je vois ce que ce peuple a enduré depuis plus d’un siècle, et qu’il continue de trouver la force de se battre, je suis admiratif.” Au passage, l’ancien président prend la défense du mouvement islamiste Hamas, à la tête du gouvernement palestinien.
“Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui massacrent ce peuple, sont en train de faire passer les gens du Hamas pour des fascistes, des terroristes. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des terroristes, ce sont des résistants !” s’écrie Ahmed Ben bella. À la question de savoir s’il voit des parallèles ou des différences majeures entre la colonisation de l’Algérie par la France et la colonisation de la Palestine par Israël, Ben Bella répond : “C’est pire en Palestine. Avec l’apartheid en plus.” “Les Français ne pouvaient pas nous chasser hors d’un pays grand comme cinq fois la France”, explique-t-il, et d’ajouter : “Ils ont bien essayé de créer au Nord une zone tampon, avec le moins d’Algériens possible, mais cela n’a pas réussi.” Selon lui, “les Français n’ont pas mis en place un véritable apartheid comme les Israéliens en Palestine. L’État d’Israël a créé la plus terrible des dominations”. Interrogé si les Palestiniens vivront moins longtemps sous occupation que les Algériens, l’ancien président algérien a répondu par l’affirmative. “Je crois que oui. D’abord, le colonialisme est un phénomène qui est clairement établi et sanctionné par les lois internationales. Ensuite, s’il y a une question qui fait l’unanimité dans le monde arabe, c’est la Palestine. Aussi longtemps que les Palestiniens n’obtiennent pas justice, le monde arabe musulman ne pourra pas se sentir libre non plus. C’est comme une partie de leur chair qui reste captive”, a-t-il ajouté.
Outre la question du colonialisme, Ahmed Ben Bella a évoqué certains épisodes de son mandat de président de la République avant d’être renversé par un coup d’État de l’armée le 19 juin 1965, affirmant que des puissances étrangères étaient sans doute impliquées dans cette opération. “Je suis certain que, indirectement, il y a eu l’intervention de puissances étrangères. Nous avons vu ailleurs les mêmes mécanismes. Partout où les luttes de libération nationale ont triomphé, une fois le pouvoir constitué, il y a eu des coups d’État militaires qui ont renversé leurs dirigeants”, a-t-il expliqué. Interrogé s’il avait gardé des liens avec ses “racines rurales”, Ahmed Ben bella répond : “Je suis algérien d’origine marocaine par mes parents, mais toute ma vie c’est l’Algérie. Je suis né là-bas. Je suis un fils de paysans pauvres, venus très jeunes vivre en Algérie. Je n’ai vu que récemment l’endroit où ils sont nés, dans les environs de la ville de Marrakech”, a précisé l’ancien chef de l’État algérien.
Pour le président de la république,la refondation des relations entre l'Algérie et la France doit passer impérativement par le devoir de mémoire.
Les massacres du 8 Mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata ne sont pas seulement, selon Abdelaziz Bouteflika, “un génocide contre le peuple algérien”, mais également “un génocide contre l’identité algérienne”. Le président de la République rappelle à la France son devoir de mémoire à quelques jours des commémorations du “génocide”. “Ce n'était pas seulement un génocide contre le peuple algérien, mais un génocide contre l'identité algérienne”, a-t-il estimé. C'est une entreprise d'acculturation, de dépersonnalisation destinée, a-t-il dit en substance, à anéantir l'âme, la personnalité et l'identité algérienne ainsi que de ses fondements.
Par cette sortie, Abdelaziz Bouteflika avait mis en exergue son inquiétude face à la perte des repères identitaires, historiques et progressivement de l'identité algérienne.
Un travail de destruction et d'acculturation qui a commencé durant la période coloniale. Lors de son discours à l'université, il avait abordé le sujet sans trop de détails. “Nous savons tous comment l'État colonial français noiera dans le sang ce printemps patriotique et démocratique de la nation algérienne en mai 1945, date à laquelle la France s'est affranchie de l'occupation nazie et a trahi ceux qui ont contribué à sa liberté en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher”, avait-il précisé.
Ce n'est pas la première fois qu’Abdelaziz Bouteflika rappelle à la France ses exactions pendant la colonisation en général et durant le 8 mai 1945 en particulier. Lors de la commémoration du 50e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, il avait appelé la France à reconnaître sa responsabilité dans les massacres de 45 000 Algériens sortis dans les rues de Sétif, Guelma et Kherrata pour réclamer leur indépendance. “Le peuple algérien attend de la France un geste qui libérerait la conscience française”, avait déclaré le Président.
L'ambassadeur de France en Algérie avait reconnu, en février 2005, que les massacres de Sétif étaient “une tragédie inexcusable”. Entre “tragédie inexcusable” et “génocide de l'identité algérienne”, il y a un fossé qu’Abdelaziz Bouteflika a franchi, quelques jours avant les commémorations qui ne manqueront pas sur le territoire national.
Le président de la République vient de rappeler, une nouvelle fois, à la France que le devoir de mémoire passe obligatoirement par la reconnaissance de la responsabilité, des exactions commises et la demande de pardon.
Pour sa part,l'association France-Algérie,a estimé que “le devoir de mémoire est essentiel pour une refondation durable et sincère des relations franco-algériennes, mais ne doit ni l'entraver ni la retarder”. Il faut savoir que cette organisation a des contacts au plus haut niveau de l'État algérien et ses responsables ont été reçus, il y a deux ans, par le président Bouteflika, et en juin dernier, par le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui.
L’association souligne que des difficultés subsistent entre les deux pays en vue d’aller plus loin dans leurs relations bilatérales. Elle cite en exemple le vote par le Parlement français de la loi du 23 février qui avait mentionné et glorifié le rôle positif de la colonisation française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. Son abrogation par le président Jacques Chirac et la visite récemment du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, en vue de relancer le projet de signature d’un traité d’amitié n’ont pu assainir le contentieux existants entre les deux pays.En fait, au-delà du poids de l’histoire qui continue à peser au sein des institutions françaises dans leur perception des relations avec notre pays, il n’en reste pas moins que d’autres questions aussi importantes les unes que les autres entravent sérieusement la relance sur des bases saines de la coopération algéro-française. À commencer par le dossier des visas jusqu’au problème du Sahara Occidental, l’Algérie reproche à la France son mépris et son parti pris.
Synthèse d’après Liberté
Lors du colloque national sur la “Démocratie en Algérie : réalité et perspectives” à l’université des sciences islamiques Émir-Abdelkader de Constantine, en hommage à Abdelhamid Ibn Badis, le Président ne cachera pas son regret d’une pratique politique électoraliste en Algérie. Et ces toutes formations politiques confondues, alliance présidentielle comprise. “Je préside un Conseil des ministres où il y a trois formations politiques. Il y a ici deux responsables. Je vous le dis en face, les partis ne bougent qu’au moment des élections”, relèvera-t-il. Sa sentence était destinée à Aboudjerra Soltani et Abdelaziz Belkhadem.
“La démocratie n’est pas une religion et l’Islam n’est pas un système politique.” Renvoyant dos à dos les “démocrates autoproclamés” et les “tenants d’un totalitarisme à présentation théocratique”, il exposera sa vision de la démocratie. Pour le chef de l’État, “la démocratie n’est pas une religion et l’Islam n’est pas un système politique.” Elle ne peut être ni une “reproduction”, ni un “produit” destiné à être importé ou exporté. L’Algérie a, selon lui, une profonde assise démocratique incarnée par l’œuvre d’Abdelhamid Ibn Badis. La pratique démocratique ne peut se réduire “à la tenue périodique d’élections pluralistes, à la séparation des pouvoirs et au droit d’exercer certaines libertés fondamentales”.
Il regrettera la “détérioration” de la démocratie en Algérie. “Notre système démocratique est désorganisé. Ça ne veut pas dire que nous n’avons pas franchi des étapes importantes, mais il faut que nous reconnaissions que nous sommes loin de la démocratie”, relèvera le Président qui ne veut pas pour autant d’une démocratie à “l’occidentale”. La scène politique est certes pour lui ouverte, elle doit néanmoins s’ouvrir “davantage”. Toutefois, il dira qu’il n’est pas en mesure de l’ouvrir plus alors que la “sécurité” n’est pas totale.



