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Dimanche 14 Janvier 2007

Mostefa Lacheraf était entré, de son vivant, dans la légende héroïque de ces grands Algériens qui ont accompli leur destin avec un naturel si aisé, si confondant qu’ils y semblaient en fait prédestinés. Mostefa Lacheraf paraissait être né, ce qu’il est devenu, un Algérien d’exception dont le formidable renom a eu un quasi effet d’auréole qui a toujours illuminé son personnage.

De quelque côté que l’on aborde cette personnalité hors du commun, on ne pourra cependant jamais définitivement la résumer, car dans le même temps, évoquer Mostefa Lacheraf, c’est souligner combien il échappe à la classification parcellaire. Il a été, en effet, le chef historique dont la figure est si étroitement liée à la révolution algérienne, il a été l’homme politique qui, en charge du sensible ministère de l’Education — dans le gouvernement de feu Houari Boumediene —, eut la volonté d’y apporter des réformes qui lui valurent les imprécations des conservateurs. Mais Mostefa Lacheraf a été aussi, et surtout, le penseur qui a exploré avec une acuité de regard et une finesse incisive la culture et la sociologie algériennes. Auteur, on lui connaît ce chef-d’œuvre absolu avec lequel il entre dans le domaine fécond des idées universelles : Algérie, nation et société. Et tout autant que ses idées ont pu exercer leur part de déterminante influence dans l’accès au savoir-vrai, c’est le style Lacheraf qui vaut d’être enseigné. En lui, l’Algérie tient un immense écrivain qui, dans des disciplines d’écriture aussi rigoureuse et exigeante que celle de l’histoire du nationalisme, a donné aux mots la connotation du plaisir. L’écriture a été pour Mostefa Lacheraf une aventure humaine aussi forte, aussi prenante, aussi entière que l’engagement politique. Le nationaliste fervent et l’intellectuel encyclopédique ne se sont jamais exclus en lui. A telle enseigne que Mostefa Lacheraf put être assimilé un temps à une stature d’idéologue, peut-être aussi de gardien du temple. Pour tout dire, c’est un raccourci qui fait l’impasse sur un tempérament polémique dont il donna la mesure dans l’entretien qu’il accorda, peu après l’indépendance de l’Algérie, à la revue française Les Temps modernes que dirigeait le philosophe Jean-Paul Sartre. Mostefa Lacheraf, il est bien vrai, pratiquait sans vanité affectée le parler vrai. Alors, quelle image impose aujourd’hui cet homme ? Celle de l’adéquation avec la complexité de son époque. Mostefa Lacheraf a pu être le chef historique, l’intellectuel de haut rang que le monde entier connaît, parce que sa personnalité a été forgée au souffle surhumain du grand bouleversement de l’histoire qu’a suscité le 1er Novembre 1954. Il était, sans affectation, l’enfant de ce pays généreux dont il était épris de poétique passion et dont il aima, comme nous l’a si brillamment rappelé son sublime Des noms et des lieux la moindre pierre : Mostefa Lacheraf pouvait décliner en quelques lignes admirables l’onyx et le basalte. Il y avait évidemment en lui un grand poète dont l’expression se rattache à une connaissance intime de ce pays merveilleux et de son peuple qui expliquent et justifient son itinéraire de combattant et d’intellectuel.

En cela, et pour cela, Mostefa Lacheraf est un grand Algérien.  

Amine Lotfi in El Watan.

publié par M'hamed dans: djazair
Mardi 09 Janvier 2007

 

 

 

 

Menace de poursuites pénales contre la France

Le fait est inédit : l’Algérie entend porter devant les juridictions internationales l’affaire des Algériens exécutés par l’armée coloniale française durant la guerre de Libération.

L’annonce a été faite, hier à l’agence officielle APS, par Mustapha Boudina, président de l’Association nationale des anciens condamnés à mort. Appel a été lancé aux avocats pour constituer un dossier sur 360 Algériens exécutés par les tribunaux militaires coloniaux. Mustapha Boudina a parlé d’un recours au Tribunal pénal international (TPI), jugé légitime, en ce sens que « la France reconnaît, désormais, que ce qui s’est passé en Algérie était une guerre et non pas des événements (...) » Apartir de cette reconnaissance, elle a adopté des lois au profit des harkis sans pour autant reconnaître (les) victimes de la guerre en Algérie ». Selon lui, il est du devoir des Algériens de demander réparation à la France, « pour avoir exécuté à la guillotine 202 Algériens condamnés à mort et fusillé le reste au terme d’une parodie de justice ». C’est la première fois depuis l’indépendance qu’une telle demande est formulée à un niveau important puisque Mustapha Boudina est membre du Conseil de la nation. En juin 2006, il avait annoncé que les anciens condamnés à mort exigeront que les bourreaux français soient mis devant « la réalité de leurs crimes ». L’exécution le 19 juin 1956 de Ahmed Zabana et de Abdelkader Ferradj, les premiers à être guillotinés, reste, à ses yeux, un assassinat « judiciaire et politique ». « L’amitié entre la France et l’Algérie se fera grâce au sang des Algériens versé durant les deux guerres mondiales pour la libération de la France et celui des Français qui ont soutenu la guerre de libération », avait-il déclaré. Les autorités coloniales avaient, selon Boudina, violé les conventions de Genève de 1949 qui protègent les prisonniers de guerre des exactions. A la proclamation de l’indépendance, en juillet 1962, il y avait 1800 nationalistes condamnés à la peine capitale. Une bonne partie d’entre eux est toujours en vie. Le processus de réparation auprès des juridictions internationales sera difficile. Puisque, en pratique, les TPI n’existent que pour juger les auteurs de génocides au Rwanda et en ex-Yougoslavie. La Cour pénale internationale (CPI), créée en vertu des statuts de Rome de 1998, a compétence plus large pour juger les crimes de guerre dont les infractions aux conventions de Genève mais elle ne peut pas intervenir pour juger des faits précédant sa création. L’Association algérienne des anciens condamnés à mort aura à trouver des mécanismes de réparation dans le droit international. A charge aux historiens d’éplucher les fameux accords d’Evian et les éventuels « interdits » qui y sont prévus. La demande de Boudina intervient à quelques jours de l’organisation, en Algérie — c’est une première — d’un colloque international sur les essais nucléaires français à Reggane et In Ikker en 1960 et 1961 dont la célèbre opération Gerboise bleue. Colloque co-organisé par le ministère des Moudjahidine et l’Association française des vétérans des essais nucléaires avec le parrainage du président de la République. Des vétérans, certains font partie de l’association polynésienne Mururoa e Tatou, qui ont, en 2004, déposé plainte contre le ministère français de la Défense. Les victimes algériennes, dont les voix sont éteintes depuis longtemps, aspirent, à titre individuel ou collectif, à exiger un statut auprès des autorités françaises. Officiellement, l’Algérie a demandé à la France de demander pardon pour les crimes commis en Algérie durant la colonisation. Demande exprimée par Bouteflika après le vote par le Parlement français, en février 2005, d’une loi glorifiant « les bienfaits de la présence coloniale ». La polémique qui s’est engagée depuis, et qui complique la question de la mémoire, a pulvérisé le projet, évoqué par les chefs d’Etat des deux pays, d’établir un traité d’amitié entre l’Algérie et la France.

Faycal Metaoui in http://www.elwatan.com/

 

publié par M'hamed dans: djazair
Lundi 01 Janvier 2007

Quelques phrases célèbres

* Au cours d’un entretien qu'il a eu avec un diplomate occidental à Alger, Boumediene lui tient ces propos : «Quand dans un pays sous-développé, quelqu’un bouge, on le liquide. On amuse la galerie en exhibant quelques scandales de la CIA. Mais en réalité, la Maison-Blanche, le Pentagone, la CIA, c’est la même chose. Dès qu’on remue, la CIA s’occupe de vous.»

* Lors de la deuxième grande tournée de Henry Kissinger au Moyen-Orient en décembre 1973, ce dernier fit un passage par Alger avec l'intention de savoir si l’Algérie se classait dans le clan des irréductibles de Baghdad et Tripoli. Boumediene lui répondit en tête-à-tête par ces propos : «Je ne peux vous répondre que ce que j’ai déjà dit aux leaders de la Résistance palestinienne. L’Algérie ne pratique pas la surenchère. Elle ne peut qu’appuyer les décisions des Palestiniens. Exiger plus qu’eux, c’est de la démagogie ; moins, c’est de la trahison.»

* Au cours d’une réunion de l'Organisation de la conférence islamique en février 1974 à Lahore (Pakistan), et alors qu’étaient présents tous les chefs d'Etat musulmans de la planète, Boumediene déclara : «Les hommes ne veulent pas aller au paradis le ventre creux, un peuple qui a faim n’a pas besoin d’écouter des versets. Je le dis avec toute la considération pour le Coran que j’ai appris à l’âge de dix ans. Les peuples qui ont faim ont besoin de pain, les peuples ignorants de savoir, les peuples malades d’hôpitaux. »

* En recevant durant l'année 1975 le président tunisien Habib Bourguiba, Boumediene lui fit visiter le complexe sidérurgique d'El Hadjar (plus grand d’Afrique), qui est situé aux portes de la ville d'Annaba, visiblement très marqué par l'infrastructure et ses installations, le président tunisien dira à son hôte : «Quand même le colonialisme avait du bon ! Il vous a laissé beaucoup de choses.» Boumediene reprendra ironiquement : «Excusez-moi, Monsieur le Président, mais tout ce que vous voyez ici, les machines, les ouvriers, les cadres, le directeur, et même le ministre de l’Industrie sont une création du régime du 19 juin 1965.»

Lire l'article de Maamar Farah: 

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/12/27/article.php?sid=47582&cid=2

publié par M'hamed dans: djazair
Mercredi 22 Novembre 2006
De son vrai nom Aït Ouarab Mohand Idir, M’hamed El Anka naquit dans la Casbah d’Alger le 20 mai 1907 au sein d’une famille originaire de Benni Djennad de Kabylie. Il fréquentera successivement, de 1912 à 1918, l’école coranique, l’école Brahim Fatah et une autre à Bouzaréah. A onze ans, il arrête ses études et se rapproche de cheikh El Nador qui le remarque et le prend sous son aile en l’initiant à la musique. A la mort de son maître, El Anka lui succède et démontre par sa passion et sa persévérance que le disciple a supplanté le maître.
En 1928, El Anka est dévoilé au grand public avec son premier enregistrement audio chez Columbia. Sa popularité grandissante, il fait des tournées en Algérie et en France.
En 1947, à la radio, il dirige la première formation de musique populaire, baptisée chaabie.
En 1955, il enseigne son art au conservatoire d’Alger. Ses élèves, vont tous devenir des cheikhs à leur tour, à l’instar de cheikh El Achaab , Hassan Saïd et Rachid Souki. Dans la mémoire collective, l’interprète d’El h’mam et Sobhane Allah yaltifs s’est imposé par son prodigieux talent d’interprétation des q’cidat où le texte et la voix du maître ne font plus qu’un. Le plus important est le fait que «l’innovation qu’il a apportée réside également dans la note de fraîcheur introductive dans une musique réputée mono-vocale ainsi que sa manière de mettre la mélodie au service du verbe».
publié par M'hamed dans: djazair
Mercredi 01 Novembre 2006
 

Celui dont le destin est lié au combat libérateur de l’Algérie et au nom mythique de Djamila Bouhired revient sur son parcours d’avocat-militant pour dire sa reconnaissance à Alger, qui fut pour lui “une rencontre capitale”.

Invité vedette de la 11e édition du Salon international du livre d’Alger, le célèbre avocat Me Jacques Vergès est revenu, hier, sur son expérience militante et son compagnonnage avec le FLN, lui qui avait fait partie du collectif des avocats du  Front de libération nationale lors de la Bataille d’Alger et qui fut le défenseur, entre autres, de cette icône nationale qu’est Djamila Bouhired. C’était à l’occasion d’une table ronde autour du thème de l’écriture de l’histoire, et à laquelle ont pris part d’anciens officiers du Malg et d’anciennes moudjahidate, sous la direction de Omar Lardjane, un brillant universitaire et chercheur au Cread. “L’écriture de l’histoire est une chose importante, certes, mais la prise de position est nécessaire. Nous ne pouvons pas attendre que les historiens viennent nous dire ce qu’il fallait faire”, souligne Me Vergès en guise de déclaration liminaire pour situer la place du témoin qu’il est dans le processus complexe de l’écriture de l’histoire de la guerre de libération nationale, et, plus particulièrement, de son volet chapitre  “judiciaire”.
Et, à ce propos, Me Jacques Vergès évoquera comment il s’est retrouvé au barreau d’Alger auprès des détenus du FLN, en 1957, en pleine fournaise de la Bataille d’Alger, lui le jeune avocat stagiaire envoyé par des avocats de gauche plaider la cause algérienne. “Ma rencontre avec le FLN pendant la Bataille d’Alger fut capitale”, confie-t-il, avant d’expliciter son propos en racontant comment cette rencontre éveillait en lui une prise de conscience radicale par rapport aux affres du système colonial : “C’est à Alger que je découvrais, moi qui étais pourtant issu d’une mère vietnamienne et d’un père réunionnais, l’horreur du colonialisme.” 
Dans la foulée, il s’étalera sur “les confrères jetés du sixième étage, la torture systématique pratiquée par les 5 000 policiers qui quadrillaient Alger, les parachutistes du général Massu…” “Cet épisode va m’influencer toute ma vie”, appuie-t-il, avant de faire observer : “Je découvrais qu’une démocratie peut commettre des crimes au même titre qu’un régime totalitaire.”  Me Vergès insistera longuement sur le fait que l’“opinion publique était au courant des tortures commises.” “À Alger, l’hypocrisie était au pouvoir. On avait érigé des centres de torture près des tribunaux.
Évoquant les exactions du général Aussaresses, au grade de capitaine à l’époque, il dira : “Quand le 4 mars 1957, on avait exécuté Larbi Ben M’hidi, on avait fait passer son assassinat pour un suicide. Aussaresses a avoué lui-même avoir torturé et tué des centaines de personnes. Et il envoyait des rapports détaillés au général Massu, au ministre résident Lacoste. Tout le monde était au courant de ces tortures, y compris Mitterrand. Tous étaient au courant des tortures, des gens qui étaient fusillés dans la forêt de Baïnem…” 
François Mitterrand était, faut-il le rappeler, ministre de l’intérieur à l’époque. Et de s’écrier : “En tant qu’avocat, fallait-il discuter avec ces juges militaires aux mains pleines de sang ?” Pour Me Vergès, la seule stratégie de défense éthiquement honorable était d’adopter ce qu’il appelle un “procès de rupture” vis-à-vis d’un “tribunal aux ordres”, d’un système juridique foncièrement colonialiste.  “Nous, nous disions que la violence du FLN était fondée et que l’autre violence était une violence criminelle, une violence d’occupation. Et c’est sur cette base que nous plaidions la rupture en allant défendre la cause du FLN partout dans le monde”.
Me Vergès qualifiera les procès des prisonniers du FLN de “procès magiques” : “Dans ces procès, nos clients qui étaient qualifiés de criminels devenaient dans nos plaidoiries des martyrs et des héros.” 
Et de clore son plaidoyer du jour par une émouvante marque de reconnaissance. “Et c’est pour tous ces acquis de la Bataille d’Alger que je voudrais vous dire merci”, a-t-il lancé à l’adresse d’une assistance totalement conquise. À noter qu’au terme du débat qui a suivi cette rencontre, l’avocate Me Benbraham, en sa qualité de présidente de l’instance de décolonisation des relations algéro-françaises, a invité Me Vergès à soutenir la démarche de ce collectif pour obtenir la reconnaissance des crimes coloniaux comme des crimes d’État. En outre, Me Benbraham a sollicité le parrainage de Me Vergès pour la récupération des archives judiciaires de la révolution algérienne et en particulier le dossier du chahid Ahmed Zabana. Et, sans l’ombre d’une hésitation, Me Vergès s’est dit tout à fait disponible pour s’associer à cette noble initiative.

Par Amina Hadjiat et M. Benfodil in Liberté

publié par M'hamed dans: djazair
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