4 5 6 7 8 9 10 11 12 13    
Dimanche 19 Août 2007

«Résistance et défi»

L’Algérie commémorera demain le double anniversaire de l’offensive du nord-Constantinois, en 1955, et du Congrès de la Soummam,  en 1956, qui ont lieu, tous deux, un 20 août, proclamé Journée du moudjahid pour  marquer l’importance des deux évènements dans la réussite de la Révolution.         
En 1955, alors que la lutte armée pour l’indépendance n’avait pas encore  un an, les dirigeants de l’Armée de libération nationale (ALN) dans le nord-Constantinois décidèrent de lancer une grande opération contre une quarantaine de cibles militaires et économiques coloniales.          
Les objectifs de cette grande offensive de l’ALN, qui dura trois jours,  étaient multiples.         
Il s’agissait de desserrer l’étau sur les Aurès, l’un des foyers de  la Révolution où l’on comptait le plus grand nombre de moudjahidine et où  l’armée française pesait de tout son poids pour tenter de tuer dans l’œuf l’expression  de l’aspiration du peuple algérien à l’indépendance. 
Le deuxième but recherché était de prouver sur le terrain l’étendue  du soulèvement populaire contre le colonialisme, en mobilisant toutes les couches  de la société algérienne dans la lutte armée.         
Il était également escompté d’attirer l’attention de la communauté internationale  sur la "question algérienne", après la décision du sommet afro-asiatique de  Bandung (18-24 avril 1955) de la porter à l’ordre du jour de l’Assemblée générale  de l’ONU.         
Tous ces objectifs ont été remplis, mais la répression coloniale fut  terrible : 12.000 morts recensés parmi la population de la région, des milliers  d’arrestation suivies de tortures, d’exécutions collectives sommaires et de  disparitions. Les exactions les plus barbares furent le fait des milices des colons,  surpris que de simples paysans, qu’ils traitaient comme des esclaves, aient  pris les armes contre eux, de Annaba à Constantine, de Skikda à El-Milia   et Jijel.         
Si tous les objectifs de l’offensive du nord-Constantinois ont été atteints,  cela est dû en grande partie à la minutie avec laquelle elle fut préparée.         
Le commandant de la zone II à l’époque, Zighoud Youcef, alors âgé de 34 ans, avait convoqué une "conférence générale" des militants de la région,  du 25 juin au 1er juillet 1955, pour préparer l’offensive du 20 août.
C’est par référence à cette grande opération que les dirigeants du FLN décidèrent de convoquer, le 20 août 1956, un congrès rassemblant les dirigeants de toutes les zones et de l’extérieur.         
La verdoyante vallée de la Soummam, flanquée des hautes montagnes de la région d’Ifri, près de Béjaïa, fut choisie pour accueillir ce congrès,  qui sera l’occasion d’une réorganisation complète des méthodes et structures  du combat libérateur.   Près de deux années s’étaient alors écoulées depuis le déclenchement de la guerre d’Indépendance nationale et le FLN estimait que le temps de la  contre-offensive générale et multiforme était venu, sur la base de la priorité à donner à l’action armée.          
"Comment organiser et diriger des millions d’hommes dans un gigantesque  combat, comment imposer à l’Etat français des négociations sur la base de l’Indépendance,  comment mener à la victoire un combat patriotique telles étaient les questions  auxquelles les responsables du FLN étaient tenus de répondre pour empêcher  que l’enthousiasme populaire spontané ne s’affaiblisse sous les coups répétés de la répression du régime colonial pour lequel, aux dires de l’un de ses ministres,  «la seule négociation, c’est la guerre», a résumé le Président Abdelaziz Bouteflika dans un discours à l’occasion du 60e anniversaire du congrès, en 2006.         
Il en découla d’importantes décisions qui favorisèrent la réussite de la Révolution et jetèrent la base, par la suite, à l’édification de l’Etat algérien moderne. Il s’agit en particulier de l’adoption du principe de la direction collégiale,  à travers la mise en place d’un Conseil national de la révolution algérienne  (CNRA) composé de 34 membres, et d’un Comité de coordination et d’exécution  (CCE) composé de 5 membres.         
Le territoire national a été divisé en 6 Wilayas en plus de la zone  autonome d’Alger, incorporant pour la première fois le Sud. Ces Wilayas historiques étaient elles-mêmes subdivisées en zones et ces dernières en secteurs.
Le Congrès de la Soummam a également institué les grades militaires  et les titres pour les responsables et militants civils.
Les commémorations cette année du double anniversaire de l’offensive du nord-Constantinois et du Congrès de la Soummam ont pour slogan : "20-Août,  résistance et défi".

http://www.elmoudjahid.com/stories.php?story=07/08/19/4058576

publié par M'hamed dans: djazair
Samedi 18 Août 2007

Après s’être solidement installé à Alger, Abane avait entamé un échange épistolaire dès le 20 septembre 1955 avec les délégués de la Révolution présents au Caire, à savoir Aït Ahmed Hocine, Ben Bella Ahmed, Boudiaf Mohamed et Khider Mohamed.

Surpris par les événements du 20 Août 1955 dont il n’avait aucune information, il essaie de prendre contact avec Zighoud Youcef. Celui-ci envoie des émissaires responsables pour le rencontrer à Alger et lui proposer une réunion des responsables de la Révolution.
En politicien averti, le 1er décembre 1955, il écrit aux frères du Caire: «Nous sommes en liaison avec le Constantinois. Nous avons rencontré les responsables et nous projetons de tenir, quelque part en Algérie, une réunion très importante des grands responsables du Constantinois, Algérois et Oranais. Dès que tout cela sera prêt nous vous demanderons d’envoyer un ou deux représentants car de grandes décisions seront prises.»
Début novembre 1956, il avait envoyé Dahleb en Zone2 (WilayaII) pour discuter les formalités d’une telle rencontre. Celui-ci obtient l’accord de Zighoud pour la réunion des responsables des différentes zones et de responsables à l’extérieur se proposant même de l’organiser dans sa zone et d’en assumer la sécurité. Se référer au document n°21 «Le courrier Alger-Le Caire» Mabrouk Belhocine.
D’après Zighoud, cette réunion est la suite logique de celle prévue pour janvier 1955, par les six pères de la Révolution, avant même le déclenchement de celle-ci. Cette réunion devait permettre de faire le bilan des opérations et coordonner leurs actions.
Zighoud et Bentobbal expliquent aussi à Dahleb les raisons qui les ont poussés à déclencher l’opération du 20 Août 1955, à savoir soulager les Aurès qui sont en permanence sous la pression de l’armée française, creuser un fossé infranchissable entre les Algériens et les Français et empêcher par-là même toute tentation de formation d’une troisième force par le nouveau gouverneur général de l’Algérie, Jacques Soustelle, profiter de la célébration du premier anniversaire de la destitution du Roi du Maroc pour affirmer notre solidarité avec le peuple marocain frère et son souverain.
D’ailleurs, Abane parle dans sa lettre du 3 avril 1956 de cette réunion: «La rencontre aura lieu chez Zighoud dans le Nord constantinois, y assisteront le responsable de l’Oranie à qui nous venons d’écrire pour venir à Alger, Krim et Abane de l’Algérois, Zighoud et son adjoint, Ben Boulaïd et son adjoint, et deux éléments de l’extérieur, un responsable du matériel et un membre du FLN...Quant à nous, Algérois, nous allons partir à pied et nous comptons arriver chez Zighoud au bout de vingt-cinq à trente jours.»
Dans la même lettre, il précise plus loin: «Les deux délégués qui rentreront du Caire devront être choisis parmi le ‘‘comité des six’’ (Khider, Aït Ahmed, Lamine Debaghine, Ben Bella, Boudiaf et Ben M’hidi). Envoyez de préférence Ben Bella et Aït Ahmed ou Ben Bella et Khider.»
Au vu de cette lettre, il n’était, au départ, nullement question de la participation de Larbi Ben M’hidi.
Le 14 mai 1956, il revient à la charge en écrivant: «Les deux délégués qui doivent venir du Caire devront donc redoubler de vigilance pour entrer en Algérie. Le moyen le plus sûr serait d’entrer en Tunisie avec l’accord du gouvernement tunisien et passer ensuite en Algérie par Tébessa ou Bône.» (Annaba)
Il signale aussi que la plate-forme politique était prête, «elle sera envoyée incessamment dans plusieurs lettres» (elle fait 30 pages).
Le 11 juin, il écrivait le document n°29: «Nous avons renvoyé la réunion. Quelqu’un est parti à Tunis voir Bourguiba pour que chacun d’entre vous puisse entrer en Algérie par la Tunisie.»
Dans la même lettre Hakim (Ben M’hidi) signalait sa présence à Alger au côté de Hansen (Abane).
Quelques jours plus tard, à savoir le 22 juin, il adressait une lettre à ses chers frères au Caire, signalant son absence d’Alger et les informant que ce sera Salah (Ben Khedda) qui assurera la correspondance, sans indiquer ni le motif de son absence ni la destination de son voyage. Document n°40.
Le 15 août 1956 Khider signalait: «Vous nous aviez promis de nous envoyer la plate-forme politique, nous n’avons rien reçu jusqu’à présent.»
Le 16 août 1956 Khider revenait à la charge: «En ce qui nous concerne nous sommes prêts à nous joindre à vous à tout moment et au lieu que vous choisissez. Nous marquons notre préférence pour l’Est où la sécurité, pensons-nous est plus grande...Notre dernière lettre reste muette sur les questions que nous vous avions posées et particulièrement sur le cas de Abane dont nous n’avons aucune nouvelle depuis déjà de longs mois.» Ces faits signalés plus haut prouvent que dans les deux camps, aucun n’était chaud pour la présence de délégués extérieurs à cette réunion pour des motifs différents.
En tenant compte des incertitudes du lieu de cette réunion, de sa date, de l’absence d’envoi de la plate-forme de 30 pages signalée, du manque de coordination entre les délégués de l’extérieur (dans une interview rapportée par Harbi Mohamed: Le FLN, mirage et réalité page 189, Aït Ahmed déclare: «Personnellement, j’ignorais qu’un congrès s’était tenu à la Soummam. J’étais aux USA. Convoqué à Madrid (octobre 1956), je pensais surtout aux questions de logistique...Khider et Ben Bella étaient, eux, au courant de la tenue du congrès, mais nous n’avions pas eu l’occasion d’en parler», les représentants du FLN à l’extérieur ne croyaient plus en cette rencontre ou du moins n’avaient aucune envie d’y assister.
D’autre part, Abane, multipliant les itinéraires, les rendez-vous manqués, entretenant les incertitudes sur la tenue, puis, enfin, partant à cette réunion sans les avertir, leur signifiait de la sorte qu’il ne voyait aucune utilité à leur présence, ou, du moins, qu’il pouvait s’en passer.
Cette absence des délégués de l’extérieur a provoqué une crise au sein de la Direction de la Révolution qui a été abondamment commentée.
Quelles qu’en soient les raisons, l’absence des délégués de l’extérieur a facilité ou, du moins, diminué les antagonismes entre les membres réunis à la Soummam. Imaginez un peu l’ambiance, Abane et Ben Bella face à face en pleine réunion, eux qui n’avaient aucune estime ni respect l’un pour l’autre. Il suffit de lire le contenu des lettres «Courrier Alger Le Caire» pour s’en rendre compte.
Cette zizanie date de leur séjour à la prison de Blida de 1950 jusqu’à l’évasion de Ben Bella de ce pénitencier le 16 mars 1952 en compagnie d’Ahmed Mahsas. La promiscuité est souvent source de problèmes surtout lorsqu’on a le même caractère...Abane reprochait à Ben Bella de s’être évadé sans le mettre dans le coup...

Les participants invités

D’après la lettre du 3 avril 1956, Abane écrit: «Y assisteront le responsable de l’Oranie à qui nous venons d’écrire pour venir à Alger, donc Abdelhafid Boussouf (Mabrouk), Krim et Abane pour l’Algérois, Zighoud et son adjoint, donc Lakhdar Bentobbal (Abdallah), Ben Boulaïd et son adjoint.» A la date de l’envoi des invitations, Abane ignore que Ben Boulaïd est mort le 23 mars 1956 à cause de l’explosion d’un poste radio récepteur piégé, largué par l’ennemi et récupéré par des éléments de l’ALN. Deux éléments de l’extérieur, un responsable du matériel et un membre du FLN...Les deux délégués qui rentreront du Caire devront être choisis parmi le «comité des six»: Khider, Aït Ahmed, Lamine (Debaghine) Benbella, Boudiaf et Ben M’hidi.
Envoyez de préférence Ben Bella et Aït Ahmed ou Ben Bella et Khider.

Les participants effectifs

Aurès: avec la mort de Ben Boulaïd la Zone1 traversait une crise de pouvoir entre Abbas Laghrour, Adjel Adjoul et Omar Ben Boulaïd. Chacun prétendant succéder à Mostefa Ben Boulaïd. Omar Ben Boulaïd ayant reçu l’invitation s’est présenté début de juin 1956 en Zone3 où il a rencontré Krim sans le mettre au courant de la mort de son frère ni de la crise dans la Zone. Il a promis de revenir avec son frère à la réunion, promesse qu’il ne pouvait en aucun cas tenir.
Nord constantinois: Zighoud et Bentobbal invités tels que prévu
Oranie: Larbi Ben M’hidi était revenu au Maroc venant du Caire le 21 avril 1956. Après un séjour de dix jours à Oujda et des réunions quotidiennes avec Boussouf, il avait quitté le Maroc en franchissant à pied la frontière pour prendre le train Tlemcen-Oran.
Le 6 mai, il prenait le train de nuit Oran-Alger dans un wagon couchette pour arriver dans la capitale, le lundi 7 mai 1956 à 7h, avec en poche une somme de 300.000 francs avec laquelle il pouvait, en cas de contrôle, justifier son standing de commerçant et pourquoi pas acheter le silence d’un contrôle d’identité imprévu.
A sa descente du train à la gare de l’Agha, il était attendu par un monsieur à lunettes, portant un manteau noir et un chapeau sur la tête: Benyoucef Ben Khedda sous la fausse identité de M.Albert Molina, juif et commerçant, habitant Alger. Il s’était choisi cette identité de juif pour deux raisons: son accent qui pouvait le trahir, en cas de fouille à corps et la circoncision.
Ben M’hidi avait remplacé donc Boussouf qui était prévu à cette réunion.

Algérois: Abane et Krim

Donc cinq membres sur les neuf prévus par la correspondance de Abane.

Pourquoi toutes ces précisions?

Pour beaucoup de ceux qui ont écrit sur le sujet, Lakhdar Bentobbal n’aurait assisté à cette réunion qu’à titre exceptionnel (Mabrouk Belhocine «Courrier Alger Le Caire» page 51 et Mahfoud Kaddache, Et l’Algérie se libéra 1954-1962 page 48) alors qu’il est cité comme membre de plein droit en tant qu’adjoint de Zighoud, dans la correspondance d’Abane en date du 3 avril 1956. Par contre, celle d’Ouamrane n’était pas prévue parmi les invités tels que énumérés dans la littérature de Abane concernant cette réunion.
La discussion de sa participation demandée par Krim, a créé une friction entre Abane qui était pour et Bentobbal qui était contre. Ce premier incident a été pour beaucoup dans l’animosité future entre les deux hommes.
Il n’était en aucun cas question de la participation de Ali Mellah (Chérif) puisqu’il n’avait aucune existence légale ou reconnue de cette zone avant la réunion. Elle n’a été intégrée dans la structuration officielle de la Révolution qu’après le Congrès de la Soummam.
Cette partie du territoire occupée par les forces de Bellounis, se revendiquant du Mouvement national algérien de Messali Hadj et bénéficiant de l’appui officiel des autorités françaises et de leurs troupes, était à cheval sur les 3 zones (Wilayas I, III et IV). Aussi, des forces ALN des Zones 3 et 4 ont été dépêchées pour détruire ces maquis ennemis.
La Zone1, confrontée elle-même à des problèmes, n’avait pas envoyé des troupes.
La participation de la Fédération de France n’était pas prévue, puisqu’elle était elle-même l’objet d’un litige de responsabilité entre Abane et Boudiaf.

La réunion

Vers la mi-juillet, le mulet qui transportait les documents ainsi que les deux machines à écrire de la conférence avait «déserté» pour se rendre à l’ennemi.
Ce mulet volé d’une caserne militaire par l’ALN, se retrouvant à proximité de celle-ci, a préféré déserter et rejoindre les siens.
Cette «désertion» avait permis à l’ennemi d’être au courant de la réunion et de ratisser toute la région afin d’empêcher sa tenue, à défaut, d’en arrêter les responsables. Après avoir attendu vainement l’arrivée de la délégation des Aurès, la réunion a débuté le lundi 20 août 1956 à 8h avec 6 personnes: Ben M’hidi, Abane, Krim, Zighoud, Bentobal et Ouamrane. Elle était présidée par Larbi Ben M’hidi. La fonction de secrétaire de cette réunion a été tenue par Ramdane Abane. La première mise au point a été faite par Ben M’hidi suite à une introduction de Abane présentant Ben M’hidi comme le mandataire de l’extérieur étant donné qu’il vient juste de quitter les frères du Caire: «Je ne suis pas mandaté par les frères du Caire, je suis uniquement le responsable de la Zone5.»
Dès le début des discussions, des «accrochages» et des récriminations mutuelles surgirent entre les membres. Abane critiquait les événements du 20 Août 1955 «qui avaient fait mauvaise impression sur l’opinion publique internationale». Zighoud était intervenu pour expliquer, de nouveau, les raisons qui les avaient poussés, lui et les responsables de sa Zone, à déclencher cette «offensive de survie de la Révolution». Abane avait critiqué aussi le comportement de Amirouche en Zone 3, ce qui avait poussé Krim à défendre son protégé. Après d’orageux débats où chacun voulait imposer ses idées ou s’imposer aux autres, deux groupes se sont formés: Abane-Ouamrane et Zighoud-Bentobbal.
Krim, hôte de la conférence ne sachant quelle position prendre, a préféré rester neutre...
Il a fallu toute l’intelligence, la patience et la sagacité de Ben M’hidi pour atténuer les crises et colmater les brèches.
Une ambiance sereine s’étant établie le deuxième jour, ils présentèrent à tour de rôle le bilan de leur Zone, Ouamrane présentant aussi le rapport fait par Ali Mellah, futur responsable de la future Wilaya VI lors de sa création après le Congrès. Ils étudièrent et adoptèrent les documents qui leur ont été présentés, documents en partie rédigés à Alger par Benyoucef Ben Khedda, Amar Ouzegane, Mohamed Lebjaoui, Abdelmalek Temmam et Abderrazak Chentouf. La rédaction de ces documents avait été supervisée à Alger par Abane. Dès son arrivée, Zighoud avait formellement informé les autres membres de la conférence de la mort de Mostefa Ben Boulaïd depuis plusieurs mois.
Krim avait soutenu le contraire en rappelant que Omar Ben Boulaïd était venu le rencontrer dans sa zone en juin et lui avait confirmé la participation de Si Mostefa à cette réunion.
Le doute avait poussé Zighoud à refuser d’être membre du CCE déclarant: «Tant que le doute sur la mort de Ben Boulaïd subsiste, je ne pourrai en aucun cas représenter le Constantinois, cet honneur revenant de droit à Si Mostefa.»
Lors de leur séparation le 11 septembre, les 6 délégués n’avaient fait qu’entériner les grandes lignes du texte de la plate-forme ainsi que la composante humaine des membres du Cnra.
Seuls les acteurs de cette conférence et leurs proches compagnons présents à la Soummam sont à même de donner la vérité sur les décisions prises. Une bonne majorité d’entre eux n’est plus malheureusement de ce monde. Il en reste quelques-uns auxquels je demande, mieux, je les adjure de nous dire la vérité sur cette tranche de notre histoire, objet de malentendus, de crises, de polémiques, de divisions...
Pour ma part, je demande au lecteur de se faire sa propre opinion en lui signalant ce que Benyoucef Ben Khedda, proche et confident de Abane, écrivit dans son livre Abane-Ben M’hidi, Leur apport à la Révolution algérienne, éditions Dahleb page 36: «Notons dans le même ordre d’idées que les congressistes de la Soummam ont adopté seulement dans ses grandes lignes le texte de la ´´plate-forme´´. Ils confièrent au CCE la tâche de le ´´compléter´´ et de le ´´mettre au propre´´. Le CCE consacrera plusieurs séances pour arrêter à Alger la version définitive de cette plate-forme dont un exemplaire sera immédiatement expédié à la délégation extérieure du FLN. Quant à sa publication le CCE s’en chargera à travers un numéro spécial d’El Moudjahid paru à l’occasion de la célébration du deuxième anniversaire du déclenchement insurrectionnel, le 1er Novembre 1956.»
«Compléter et mettre au propre» utilisés par quelqu’un qui n’ignore rien des subtilités de la langue française, sont des termes assez flous pour être interprétés de différentes manières...
La plate-forme de la Soummam «adoptée dans ses grandes lignes, confiée aux membres du CCE pour la compléter et la mettre au propre», a été critiquée par plusieurs responsables de la Révolution, entre autres, Abdelhafid Boussouf.
Chacun d’entre eux avait ses raisons de le faire...,pour sa part. Je peux témoigner que Boussouf, avait deux critiques à faire sur cette plate-forme.
N’ayant pas envoyé les documents comme prévu par les organisateurs, les délégués ne devaient que débattre des questions d’ordre organique et de coordination.
Il critiquait aussi le choix de certaines personnes désignées dans le Conseil national de la révolution (Cnra) et le Comité de coordination et d’exécution (CCE).
Cette charte abordait tous les problèmes: la situation politique, le rôle de l’ALN, la faillite des anciennes formations politiques, le rôle négatif des messalistes, l’absence d’engagement des communistes, la stratégie impérialiste française, les perspectives politiques du FLN, le rôle du mouvement paysan, du mouvement ouvrier, du mouvement des jeunes, des intellectuels et professions libérales, des réformes sociales, du rôle de la femme, le droit des minorités, etc.
Mais son point le plus important résidait dans les conditions des négociations avec la France:
Reconnaissance de la nation algérienne indivisible. Cette clause est destinée à faire disparaître la fiction de «l’Algérie française».
Reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté dans tous les domaines jusque et y compris la défense nationale et la diplomatie.
Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954.
Reconnaissance du FLN comme seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En contrepartie, le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.
Elle confirmait l’appel du 1er Novembre: pas de cessez-le-feu avant la reconnaissance de l’indépendance, de l’intégrité du territoire, Sahara compris, et pas de double citoyenneté pour les pieds-noirs.
Elle confirmait la collégialité de la direction à tous les niveaux.
D’autre part, elle instaurait la primauté du politique sur le militaire et l’intérieur sur l’extérieur, paragraphes III et IV, objets après coup, de tous les malentendus et de toutes les interprétations.
Voici in extenso la formulation de ces paragraphes (El Moudjahid n°4, numéro spécial-Tome I, page 61).

III- Rapport FLN-ALN:

Primauté du politique sur le militaire.
Dans les PC, le chef politico-militaire devra veiller à maintenir l’équilibre entre toutes les branches de la Révolution.

IV- Rapport Intérieur-Extérieur

Primauté de l’Intérieur sur l’Extérieur
Les paragraphes III et IV non explicités ont été la cause principale des dérives d’interprétation durant toute notre lutte de Libération, et ce, jusqu’à ce jour.
Des postulats aussi importants dans la Révolution ne pouvaient en aucun cas être «évacués» en six lignes.
Deux paragraphes aussi importants dans la charte sans aucun libellé ou formulation, aussi minime soit-elle, doivent retenir l’attention des historiens pour expliciter cet «oubli».
Sauf si d’autres documents inédits existent, il est regrettable que les six délégués présents à la Soummam et ceux qui ont, après coup, complété et mis au propre la Charte, ne se soient pas penchés sur cette carence.
Après, par ignorance pour certains, par calcul pour d’autres, par mauvaise foi pour la plupart, ce manque d’explicitation a été abusivement exploité jusqu’à ce jour pour imposer son point de vue, pour diviser les Algériens ou ternir l’image, ô combien glorieuse, de notre Révolution.
Primauté du politique sur le militaire ne signifiait en aucun cas priorité ou supériorité de l’homme politique sur l’homme militaire, mais simplement priorité de l’action politique sur l’action militaire, paraphrasant ainsi la fameuse phrase de Georges Clemenceau: «La guerre est une chose trop sérieuse pour la laisser aux militaires.»
Les deux termes politique et militaire étant au singulier, il faut leur donner le sens de concept et de concept seulement.
Il n’y a pas d’autre explication pour justifier l’adoption par 5 personnes sur les 6 présentes, qui étaient toutes commandant de zone, d’une telle condition s’ils lui avaient donné la même signification que ceux qui ont voulu interpréter après coup cette primauté.

Primauté de l’Intérieur sur l’Extérieur

Les six membres présents à cette réunion, ont opté pour la solution la plus logique, la plus légitime, à savoir primauté de ceux qui risquent leur vie à tout instant sur ceux qui se trouvaient à l’extérieur des frontières et qui ne se trouvaient pas confrontés aux mêmes risques, ce qui est tout à fait normal et humain.
Aucun d’entre eux et tout particulièrement Abane ne pensait, à cet instant, se retrouver prisonnier de ce postulat.
A mon humble avis, la deuxième erreur dans les décisions prises a été la classification des membres du Conseil national de la révolution algérienne en 17 membres titulaires et 17 membres suppléants.
Il était composé de 17 membres titulaires: Mostefa Benboulaïd, Youcef Zighoud, Belkacem Krim, Amar Ouamrane, Larbi Ben Mhidi, Bitat Rabah, Ramdane Abane, Benyoucef Benkhedda, Idir Aïssat, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella, Lamine Debaghine, Ferhat Abbas, Tewfik El Madani, M’hamed Yazid.
Et 17 suppléants: adjoint de Benboulaïd, Lakhdar Bentobal, Mohammedi Saïd, Slimane Dhilès, Abdelhafid Boussouf, Ali Mellah, Mohamed Benyahia, Mohamed Lebdjaoui, Abdelmalek Temmam, Saïd Dahlab, Ugta, Ugta, Salah Louanchi, Tayeb Thaâlbi, Abdelhamid Mehri, Ahmed Francis, Brahim Mezhoudi.
D’autre part, un Comité de coordination et d’exécution a été désigné parmi les membres du Cnra se trouvant en Algérie composé de cinq membres dont les noms sont tenus secrets. (El Moudjahid n°4 numéro spécial 1er Novembre 1956).
Dans El Moudjahid n°3 octobre 1956, Abane écrit: «La révolution aura bientôt deux ans. Durant ce laps de temps relativement court, un travail gigantesque a été accompli...Sur le plan militaire, la jonction entre tous nos groupes (oranais, algérois, constantinois) est réalisée...Sur le plan politique, tous les partis et groupements (à l’exception du MNA) sont venus s’intégrer dans les rangs du FLN qui est devenu aujourd’hui l’unique force politique en Algérie...Un nouveau chapitre de la Révolution s’ouvre. Notre lutte va prendre de l’allure maintenant que l’ALN est devenue une véritable armée...De même le FLN a été complètement réorganisé. Sa ligne politique a été redéfinie. Ses objectifs immédiats et lointains ont été fixés.»
D’autre part, dans le même journal Bentobbal écrit de son côté: «Cette réunion qui s’inscrira dans les annales de notre Révolution et dans l’histoire de l’Algérie de demain est une bombe dans les rangs de l’ennemi. Tout le monde sait maintenant, de façon éclatante, que le FLN et l’ALN n’ont qu’une seule tête et sont décidés à mener le combat jusqu’à la victoire, c’est-à-dire l’indépendance de notre chère Algérie».
Après le détournement de l’avion et l’arrestation de Ben Bella, Boudiaf, Aït Ahmed et Khider, la crise engendrée par le Congrès de la Soummam s’était à la longue atténuée et le fait accompli découlant des décisions prises par le congrès telles que rapportées par El Moudjahid du 1er Novembre 1956, avait été admis par la totalité des responsables de la Révolution aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur.
Mais cette crise avait laissé des traces et avait engendré des animosités graves qui ressurgiront quelques mois plus tard, lorsque le CCE se retrouvera à l’extérieur.
En février 1960, Saâd Dahleb débarque au Caire en tant que nouveau secrétaire général de Krim Belkacem, vice-président du gouvernement et ministre des Affaires étrangères.
Il m’invite à prendre un café au Nile Hilton. Une serveuse était venue pour prendre la commande. Il demande à la jeune fille deux cafés, deux jus et un sourire. Celle-ci lui adresse un sourire commercial pour ne pas dire un rictus et Saâd de s’exclamer: «Non mademoiselle! j’ai demandé un sourire pas une grimace». Quelques minutes plus tard, le maître d’hôtel vient nous voir et nous demande: «Qu’avez-vous dit à la fille, parce qu’elle est en train de pleurer à l’intérieur du bar?» Saâd lui explique la réflexion qu’il lui avait faite, se lève et revient bras dessus bras dessous avec la fille en lui expliquant qu’il voulait uniquement la taquiner et lui récitant tous les charmes et qualités auxquels une femme peut aspirer.
Je profite de l’aubaine pour lui poser une question pertinente mais indiscrète: «Si Saâd, pourquoi accepter d’être secrétaire général de Krim après avoir été son égal après le Congrès de la Soummam?»
Avec un large sourire il me répond: «Ali Chérif, je vois où tu veux en venir. Lorsqu’on m’avait choisi ainsi que Benkhedda comme membres du CCE, on ne nous avait pas demandé notre avis. Nous n’avions pas aussi sollicité d’en être. C’est cela le militantisme. Mais je crois que ceux qui nous avaient choisis nous connaissent très bien. Inutile de rappeler que Benkhedda était secrétaire général du Mtld avant le déclenchement et que moi-même j’étais le secrétaire particulier de Messali Hadj. Que Abane nous ait proposés, pourquoi pas, nous nous connaissons depuis 1939.»
Sacré Si Saâd! Il arrivait toujours à vous répondre par une parabole ou une boutade.
Quels qu’en soient les points de vue et les interprétations sur les décisions de ce congrès, il faut retenir ses aspects positifs: presque deux ans après le déclenchement de la Révolution, la plupart de ses responsables se sont retrouvés pour faire le bilan de leurs activités.
Ils ont eu l’opportunité de se connaître physiquement et se reconnaître mutuellement dans leurs responsabilités respectives.
Ils ont pu donner à la Révolution un contenu (plate-forme de la Soummam) et des structures organiques nationales telles que le Cnra et le CCE
La tenue de cette réunion était, à elle seule, un affront aux autorités coloniales et à leur armée qui prétendaient qu’elles contrôlaient la totalité du territoire. Réunir quelque deux cents moudjahidine pour la logistique, la sécurité et le transport des délégués à 200km de la capitale «au nez et à la barbe de l’ennemi» est en soi-même une gageure.
Le mérite en revient à tous ceux qui ont collaboré au succès de cette opération de défi à l’ennemi.
Il revient tout particulièrement à Zighoud pour son idée de son organisation et sa disponibilité, à Krim pour la prise en charge logistique et la sécurité du Congrès dont il était l’hôte, à Ben M’hidi pour sa sagesse et son esprit de consensus durant les débats, à Abane pour son implication totale et la supervision de la rédaction de la Charte, à Bentobbal et Ouamrane pour leur participation effective à cette conférence.

Pourquoi leur rendre hommage à tous?

La Révolution algérienne est assez sublime pour donner à chacun de ses fils qui le mérite, sa part de gloire sans avoir à ternir les autres.
Comment faire aimer la Révolution à nos enfants, si ceux qui la dirigeaient, ceux qui en étaient les combattants de l’indépendance passaient la plupart de leur temps à la discréditer, à «régler leurs comptes», à ternir l’image de l’autre ou des autres.
Chaque combattant devrait être fier d’avoir appartenu à cette génération qui a libéré l’Algérie de l’une des plus grandes puissances colonialistes de l’histoire de l’humanité. Jusqu’à ce jour, l’ennemi d’hier n’a pas encore digéré la perte de la perle de son empire, à savoir notre pays, ni sa défaite devant un peuple disposé à mourir pour son indépendance.
Par sa foi, sa volonté et son esprit de sacrifice, le peuple algérien a mis fin à cent trente-deux ans de colonisation.
Cette Révolution, mémoire collective de tout un peuple, a été, est et sera le ciment et le garant d’un futur commun irréversible et un patrimoine moral indéfectible.
La date du 20 Août 1956 est, incontestablement, un jour historique de la Révolution algérienne.
Gloire à nos martyrs et vive l’Algérie!

Ali Cherif DEROUA (Ancien responsable au Malg)

http://www.lexpressiondz.com/article/8/2007-08-18/45207.html

publié par M'hamed dans: djazair
Jeudi 16 Août 2007

Célébration du cent cinquantenaire
de la résistance populaire de 1857.

Le coup d’envoi de la célébration du cent cinquantenaire de la résistance populaire de 1857 a été donné hier matin, à la commune d’Aït Aggouacha dans la wilaya de Tizi Ouzou, par la levée des couleurs sur la placette de la commune en présence de représentants officiels et nombreux participants venus rendre hommage aux martyrs de la grande bataille d’Icheridene. Après ce geste hautement symbolique, l’ouverture officielle des activités de cette célébration a été faite par le secrétaire général de la wilaya de Tizi Ouzou à la salle de conférences du centre familial d’Aït Aggouacha. Mouloud Dahla, dit Si Lahcen, ancien officier de l’Armée de libération nationale (ALN) et membre de l’Office national de muséologie (ONM), a présenté une conférence sur les dimensions politiques et spirituelles de la tariqa rahmania en mettant en exergue le rôle de ce courant spirituel dans la structuration de la famille et de la société et comment il a œuvré pour redonner de la valeur à la place de la femme et de la famille pour la construction de la société et, de ce fait, pour la construction de l’unité nationale. Le conférencier a soulevé la délicate question de l’éclatement de la tarika suite à la politique sournoise de colonialisme français ayant usé de la trahison de certains imams assimilés, qui ont créé des medersas afin de contrecarrer le souffle nationaliste de la tariqa rahmania. La seconde conférence a été présentée par Aït Ahmed Ouali sur la prise d’Icherridene, décrivant la grande bataille qui se déroula le 24 juin 2007. Lors de cette sanglante bataille, des milliers d’«imseblen», ces héros qui partaient sur le champ de bataille en sachant qu’ils allaient se sacrifier pour l’honneur et qui refusaient de courber l’échine face à l’envahisseur. L’intervenant a souligné que, lors de cette grande bataille, la majorité des villages de la région et même d’autres régions avaient envoyé tous leurs hommes valides pour résister à cette 15ème expédition de l’armée française dirigée par le maréchal Rondon qui avait mobilisé 4 divisions pour prendre la haute Kabylie. A la clôture des travaux de la matinée, la vice-présidente de l’APW de Tizi Ouzou, membre du comité d’organisation, Ouzna Moula, a souligné le fait qu’«il est important d’œuvrer pour transmettre les combats de nos ancêtres à la nouvelle génération. Surtout que, lors de la décennie pénible que nous venons de vivre, nos jeunes se sont fait manipuler, faute de repères». Les conférences se sont poursuivies l’après-midi avec l’intervention du sociolinguiste Mouloud Lounaci qui a présenté sa communication intitulée «Résistance amazighe, continuité historique» et Kacim Zineddine qui a abordé «le rôle des Aït Kaci dans la résistance à la colonisation française». La journée d’aujourd’hui sera également animée par d’autres conférences historiques qui se dérouleront au niveau du centre culturel de Larba Nath Irathen.

S. B. in La Tribune.

publié par M'hamed dans: djazair
Mercredi 08 Août 2007

Lors d'une récente émission « L'invité de la rédaction » de la chaîne 3, dont l'invité du jour était M. Bahloul, économiste et analyste (qu'il me pardonne, si je n'ai pas su restituer ses titres et qualifications), on apprenait que la base industrielle nationale, déstructurée au milieu des années 80, était plus étoffée que celle de la Corée du Sud.

Décidément, le spectre du doute, qui me taraudait depuis bientôt deux décennies, n'avait rien d'une fantasmagorie plasmatique. Il s'agit bel et bien d'un sentiment de mal-être qui avait un arrière-goût d'inachevé. Amère réalité. J'évitais sciemment d'en parler, appréhendant mon étiquetage de socialiste passéiste ou même de collectiviste antédiluvien. Le radotage, caractéristique comportementale reconnue aux personnes qui avancent en âge et dont la propension d'empêcher les gens de tourner en rond est vérifiée, serait le trait le moins stigmatisant. Mais j'en assume toute la plénitude, conforté dans cela par l'avis d'un homme de sciences et qui sait évidemment de quoi il parle, du moins dans sa spécialité. Mais qui parle d'économie, implique indubitablement le soubassement socioculturel de toute communauté nationale.

Encore jeune en 1969, on vivait intensément un festival panafricain, dont l'esplanade de la Grande Poste en était le théâtre. Le cinéma « L'Atlas » faisait découvrir Myriam Makéba, Lamari chantait Djazaïria. L'Algérien moyen découvrait sa musique classique dite andalouse à la salle « Ibn-Khaldoun ». Les Ghafour, Fergani, Serri, Dali, Bachtarzi et autres, nous faisaient découvrir Grenade ou Tolède, éclairées par les enluminures musicales de Ziriab et d'El-Maossili. Les premières anthologies se vendaient en coffret de disques en vinyle de 33 tours. On tirait une fierté indicible de cette appartenance arabo-andalouse. Le flamenco n'était pas en reste, il faisait partie de notre paternité culturelle. L'Amirauté racontait son histoire par le son et la lumière.

La cinémathèque nous faisait découvrir un cinéma africain naissant, Med Hondo et Ousmène Sembèse (mort récemment) hanteront plus tard les festivals internationaux. Alger devenait La Mecque des révolutionnaires, du Zambèse à l'Amazone et de Belfast à Hanoï.
Casbah Films nous avait déjà gratifiés d'un « Lion d'or » ramené de haute lutte de Venise, pour « La Bataille d'Alger » que revivait Yacef Saâdi pour la seconde fois de sa vie. Remportée militairement en 1957 par Massu et ses colonels, elle fut gagnée historiquement 50 ans plus tard, au Congrès américain et au Pentagone. Hassiba, Ali et le petit Omar étaient « sanctifiés » par la projection du film de Pontecorvo dans ces lieux mythiques. Ce cinéaste injustement méconnu se faisait reconnaître comme tel, la veille de sa disparition. Aggoumi jouait au TNA, si j'ai bon souvenir, « Roses rouges pour moi » de l'Irlandais O'Casey.

Qui a dit que l'Algérie était fermée à la coopération internationale ? Qui a dit que le secteur privé n'existait pas ? Qui a dit qu'on sacrifiait l'intérieur, à l'avantage de l'extérieur ?

Ceci dit, pouvait-on être libre, politiquement et culturellement, sans l'être économiquement ? C'est ainsi que le 24 février 1971, la messe était dite pour la SN Repal, les Shell, BP et autres trusts. Ni les menaces à peine voilées de débarquement à Sidi Ferruch (il s'agissait cette fois-ci d'un coup de derrick et non plus d'éventail), ni le rappel de la mésaventure tragique de Mossadegh, ni le piteux épisode de Suez, n'ont fait ciller la partie algérienne.

Le fleuron de l'industrie pétrolière et pétrochimique appelée Sonatrach naissait dans la réjouissance. L'Institut national des hydrocarbures (INH) et l'Institut algérien du pétrole (IAP) livraient déjà leurs premières couvées de techniciens et d'ingénieurs. La Sonarem, déjà là depuis 1966, investissait les Djebels Onk, le Hoggar, le Zaccar et le Kenadsa. Le complexe gazier « Camel » d'Arzew jetait les bases d'une industrie gazière exponentielle, confortée aujourd'hui même par l'inauguration de l'une des plus grandes usines de GPL et de méthane de la planète.
Notre diplomatie, la plus jeune du monde, subjuguait par son insolente justesse de vue. Elle a certes vieilli, mais se fait tout de même encore entendre aujourd'hui. Patrimoine immatériel de l'Algérie indépendante, elle demeurera un objet de fierté tout de même. Elle introduisait la langue arabe comme langue officielle, au sanctuaire onusien de Manhattan, par le discours mémorable de H. Boumediène qui prophétisait sur le nouvel ordre économique mondial. Certains Etats firent de cette allocution un livre de chevet. L'Algérie chassait l'apartheid et le sionisme sur tous les terrains. Et c'est grâce à cette diplomatie percutante que Arafat était « intronisé » par la communauté internationale.

L'ordonnance présidentielle de 1972 portant Révolution agraire, qui faisait râler aussi bien en Provence que dans nos propres fiefs féodaux, réhabilitait les damnés de la terre en en faisant des citoyens à part entière. Le village agricole ouvrait les portes de l'école et du dispensaire au petit « gueux » ou « cul-terreux »... c'était selon !

Les non-alignés « s'alignaient » au Palais des Nations au Club des pins. On ne s'était même rendu compte de sa construction. Boumediène y réussissait la fraternisation, certes éphémère, entre les frères ennemis d'Ispahan et de Bassora, mais qui avait eu le mérite de faire reculer le conflit armé, dont les conséquences sont encore vécues jusqu'à ce jour.

Le tourisme national se dotait d'infrastructures hôtelières que nous enviaient beaucoup de pays du pourtour méditerranéen. Le Club Méditerranée était abrité au SET de Tipaza qui avait déjà son complexe de Matarès. Zéralda, Sidi Fredj, les Andalouses, El Mordjane, autant de sites balnéaires poussaient comme des champignons. Les profondeurs du pays avaient eu leurs Zianides, El Forsane, Sétifis, Chélia et autres stations thermales de renom. Le tourisme saharien battait son plein, les Mehri, Le Caïd, les Zibans, le Tahat, le Rostémide, témoignent si besoin était, d'une volonté politique d'ouvrir le pays au tourisme international.
L'organisation des Jeux méditerranéens de 1975, abrités par le nouveau temple olympique du 5 Juillet, damait le pion aux nostalgiques de l'Algérie de papa ! Lors de l'historique finale de football contre la France, le président Boumediène ne voulait pas que la Marseillaise soit entonnée sur la terre du « pétrole rouge » dixit : le Cartel. Bétrouni, dont le nom passait à la postérité, exauçait son voeu. Les youyous se faisaient entendre de Bouzaréah à El-Harrach. On avait quelques revanches à prendre et ce fut fait ! Les Rahoui et Boutamine nous initiaient à l'athlétisme de performance. Nous qui regardions les colons pratiquer leurs sports favoris, à travers les mailles tressées de Zimmerman, goûtions à présent aux délices des victoires.

Quant aux industries lourde et légère, elles avaient pour noms les fonderies d'El-Hadjar, Berrouaghia, le complexe véhicules industriels de Rouiba, Reghaïa, la pétrochimie de Skikda, l'électrotechnique de Oued Aïssi et Télagh, le motorisme agricole et engins de travaux publics de Constantine, les polymères de Sétif et de Chlef.

L'industrie cinématographique récoltait ses premiers fruits, elle entrait dans la cour des grands via Cannes. M.-L. Hamina arrachait une palme d'or par sa « Chronique », laissant l'ancien occupant sur « les braises ». Le « Vent des Aurès », « l'Opium et le bâton », « le Charbonnier », « Patrouille à l'Est », « la Voix », le feuilleton télévisuel « la Grande Maison » resteront à jamais les grandes oeuvres picturales d'une Nation en gestation.

L'université algérienne naissante jetait ses bases scientifiques, technologiques et islamiques à Bab-Ezzouar, Es-Sénia et à Constantine. Les jeunes étudiants étaient envoyés aux quatre coins de la planète. Le jeune encadrement algérien à qui il lui était reconnu un caractère retors de négociateur, bénéficiait de formations de haute facture.

L'avion Algérie était sur le tarmac, il prenait la piste du décollage économique. Que s'est-il passé dans la cabine de pilotage ?
Au lendemain de notre victoire sur les Teutons à Gijon... une multitude d'entre nous s'est réveillée en sursaut !
Si le rêve était permis, l'espoir l'est encore aujourd'hui... il suffit de le nourrir !

par Farouk Zahi in http://www.lequotidien-oran.com/?news=503654

publié par M'hamed dans: djazair
Dimanche 05 Août 2007

Belaid Abdesselam répond à Nezzar
Le linge sale du Pouvoir se lave « en public »

La guerre par médias interposés que se livre l’ancien Chef du Gouvernement, Belaid Abdesselam, et l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, se poursuit.

Le premier a appelé le second à ne pas « intervenir en ce qui concerne le mouvement national car il est loin de ce sujet ». Il a, par ailleurs, fait exploser une véritable bombe en déclarant que la mort du président Houari Boumediene n’était pas naturelle.

Dans le cadre de la polémique provoquée par ses mémoires publiées sur Internet et qui abordent des détails précis sur le Haut Conseil d’Etat du pays, Belaid Abdesselam indique que Khaled Nezzar était le numéro Un au conseil, dans lequel il était membre, représentant l’institution militaire.

En ce qui concerne les commentaires de Nezzar sur les mémoires qui abordent le mouvement du Triomphe des Libertés Démocratiques et le Parti du Peuple, Belaid a précisé « il s’est mêlé de questions qui ne le concernaient pas… M. Nezzar s’adresse à quelqu'un qui est considéré comme l’un des fils du mouvement national et il ferait mieux de ne pas intervenir ».

Le journal « Eldjazair News » avait rapporté de Belaid Abdesselam ses propos concernant la mort du président Houari Boumediene  que ce dernier a qualifié de « suspecte », affirmant à El Khabar qu’il «croyait que la mort de Boumediene n’était pas naturelle ».

Il a ajouté «pour moi sa mort reste ambiguë, et j’en ai fait part auparaventil m’a même indiqué en 1975 que sa vie était menacée à cause de la situation explosive au Moyen Orient ».

Source: http://www.elkhabar.com/FrEn/lire.php?ida=77148&idc=51

Revivez les derniers moments du président Boumediene

==> http://www.dztube.com/dztube/view_video.php?viewkey=8b1a652ea7fd72d942da

publié par M'hamed dans: djazair
   4 5 6 7 8 9 10 11 12 13    

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus