Cette liste a été publiée dans le livre de Jean-Luc Einaudi : "La Bataille de Paris", Ed. Le Seuil
TUÉS :
Abadou Abdelkader Noyé, date indéterminée
Abadou Lakhdar Noyé le 17/10/61
Abbas Ahmed Arrêté le 10/10/61. Inhumé le 9/12/61
Achemanne Lamara Tué le 17/10/61
Adrard Salah Tué le 17/10/61
Ait Larbi Larbi Tué le 17/10/61
Akkache Amar Tué le 28/09/61
Alhafnaoussi Mohamed Retiré de la Seine le 27/09/61
Arehab Belaïd Tué le 18/10/61 -Barache Rabah Retrouvé noyé le 30/09/61
Bedar Fatima Noyée, repêchée le 31/10/61
Bekekra Abdelghani Tué par balles ; date indéterminée
Belkacemi Achour Tué par balles le 18/10/61, inhumé le 7/11/61
Benacer Mohand Tué le 08/10/61
Bennahar Abdelkader Tué par balles, date indéterminée, inhumé le 7/11/61
Bouchadou Lakhdar Noyé, retiré de la Seine le 21/10/61
Bouchebri Arrêté le 02/10/61, décès annoncé le 12/10/61
Bouchrit Abdallah Tué par balles, date indéterminée
Boussouf Achour Noyé le 7/10/61, inhumé le 17/10/61
Chabouki Kassa Arrêté le 25/09/61 ; repêché le 29/09/61
Chamboul Abdelkader Tué le 02/10/61
Chaouch Raba Tué par ballles, date indéterminée
Chemloul Amrane Tué le 03/10/61
Chevalier Guy Tué le 17/10/61
Dakar Ali Noyé ; date indéterminée
Dalouche Ahmed Tué par balles ; inhumé le 12/12/61
Daoui Si Mokrane Tué le 17/10/61
Derouag Abdelkader Noyé le 17/10/61
Deroues Abdelkader Tué le 17/10/61 ; inhumé le 31/10/61
Djebali Mohamed Arrêté le 15/09/61 ; tué, date indéterminée
Douibi Salah Tué le 17/09/61
Ferdjane Ouali Noyé le 14/910/61
Ferhat Mohamed Tué par balles ; date indéterminée
Gargouri Abdelkader Tué par balles ; date indéterminée ; inhumé le 10/11/61
Garna Brahim Tué le 18/10/61
Guenab Ali Arrêté et tué le 03/10/61
Guerral Ali Tué par balles, date indéterminée
Habouche Belaïd Tué le 22/09/61
Haguam Mohamed Noyé, date indéterminée
Hamidi Mohand Tué le 11/10/61 ; inhumé le 18/10/61
Hamouda Mallak Tué le 11/10/61
Houbab Lakdhar Noyé le 17/10/61
Kara Brahim Blessé le 18/10/61 ; mort le 21/10/61 ; inhumé le 09/11/61
Kelifi repêché le 30/10/61
Kouidji Mohamed date indéterminée
Lamare Achemoune Tué le 17/10/61
Lamri Dahmane Tué le 05/10/61
Laroussi Mohamed Noyé ; date indéterminée
Lasmi Smaïl Tué le 08/10/61 ; inhumé le 10/11/61
Latia Younès Noyé le 06 ou 07/09/61
Loucif Lakhdar Noyé ; date indéterminée
Mallek Amar Arrêté le 17/10/61 ; décès annoncé le 21/10/61
Mamidi Mohand Tué le 11/11/61
Mehdaze Cheriff Tué le 27/09/61
Merakeb Mohamed Tué le 02/09/61 ; repêché le 10/10/61 ; inhumé le 21/10/61
Merraouche Moussa Tué le 10/10/61
Messadi Saïd Tué le 27/09/61
Meziane Akli Dis le 17/10/61 ; inhumé le 25/10/61
Meziane Mohamed Tué le 17/10/61
Ouiche Mohamed Tué le 24/09/61
Saadadi Tahar date indéterminée
Saidani Saïd Tué le 17/10/61
Slimani Amar date indéterminée
Smail Ahmed Tué le 27/09/61
Tarchouni Abdelkader Tué le 09/10/61
Teldjoun Aïssa Noyé ; date indéterminée
Telemsani Guendouz Tué le 17/10/61 ; inhumé le 04/11/61
Theldjoun Ahmed Tué le 18/10/61
Yahlaoui Akli Tué par balles ; inhumé le 07/11/61
Yahiaoui Larbi Tué le 17/10/61
Zebir Mohamed Tué par balles ; inhumé le 07/11/61
Zeboudj Mohamed Tué le 11/09/61
Zeman Rabah Tué le 11/09/61
Disparus :
Abbes Si Ahmed 18/10/61
Achak Elkaouari 18/10/61
Adjenec Hocine date indéterminée /10/61
Aisani Mohamed 17/10/61
Aitzaid Mehena 17/10/61
Alilou Saïd 29/09/61
Aoumar Saïd 17/10/61
Arabi Achour 17/10/61
Baali Abdelaziz 17/10/61
Belahlam Rabah date indéterminée, /10/61
Belhouza Areski date indéterminée
Ben Abdallah Mohamed 17/10/61
Ben Abdel Halim 17/10/61
Benouagui Omar 20/10/61
Berbeha Rabah 18/10/61
Bouchouka date indéterminée
Boukrif Saïd 17/10/61
Boulemkahy Abdellah 17/10/61
Boumeddane Rabah 17/10/61
Boussaid Ahmed 17/10/61
Chaouche Rabah 17/10/61
Chelli Lounis date indéterminée
Chemine Azouaou 17/10/61
Cherbi Areski 17/10/61
Dehasse Aïssa 10/10/61
Drif Akli 17/10/61
Fares Mohamed 17/10/61
Ferhi Saïd 10/10/61
Gacem Abelmadjid 17/10/61
Ghezali Ahcene date indéterminée, /10/61
Gides Lakhdar 17/10/61
Guattra Ali 17/10/61
Hadj Ali Saïd 17/10/61
Hamdani Hocine 17/10/61
Hamidi Titouche 26/10/61
Ioualalene Kassi 17/10/61
Izerou Saïd 17/10/61
Kalfouni Ahmed 18/10/61
Kakhal Ahmed 21/10/61
Ketffa Mohamed 17/10/61
Khadraoui Mohamed 17/10/61
Khalfi Ahmed 23/10/61
Khlifi Ahmed 18/10/61
Laazizi Cherif 17/10/61
Lamchaichi M’hamed 18/10/61
Medjahi Abdelkader 17/10/61
Medjahdi Abdelkader 17/10/61
Mermouche Rabah 18/10/61
Messaoudi Saïd 17/10/61
Meszougue 17/10/61
Metraf Chabane 18/10/61
Milizi Hocine 17/10/61
Moudjab Mohamed 15/10/61
Ould Saïd Mohamed Saïd 17/10/61
Ouzaid Mohand 17/10/61
Reffas Mohamed 14/10/61
Sadi Mohamed 22/09/61
Salhi Djeloule 17/10/61
Si Amar Akli 18/10/61
Slaman Rachid 20/10/61
Soualah Mustapha 17/10/61
Tebal Tahar date indéterminée , /10/61
Yali Amrane 20/10/61
Yanath Mani fin 10 - début 11/61
Yekere Chabane 17/10/61
Yosfi Mabrouk 17/10/61
X (domicilié 121 rue Georges Triton, Gennevilliers) 17/10/61
X (domicilié 37, avenue Lot-Communaux, Gennevilliers 17/10/61
http://www.matisson-consultants.com/affaire-papon/140_Algerien.htm
Le Centre de presse d’El Moudjahid a vécu hier un moment d’intense émotion lors de la série de témoignages évoquant le combat et le martyre de Hassiba Ben Bouali, Ali Ammar dit “Ali la Pointe”, Mahmoud Bouhamidi, et Omar Yacef” dit Petit Omar tous lâchement assassinés par la soldatesque coloniale.
Lors de cette séance d’évocation, ou assistèrent comme à l’accoutumée, des moudjahidine, représentants de la société civile, contribuèrent les élèves du Lycée Hassiba Ben Bouali et du CEM Ali Ammar, dont deux jeunes représentantes eurent à rappeler la vie et le parcours de Hassiba Ben Bouali et de Ali Ammar. A la tribune, étaient présents la sœur de l’héroïne, Hassiba Ben Bouali qui fit une intervention poignante sur le combat de sa sœur, et le frère de Yacef Omar dit “Petit Omar”, mort en chahid à l’âge de 12 ans. La séance a été clôturée par Yacef Sadi dont on connaît le rôle éminent joué aux côtés d’autres militants dans l’organisation au combat de la zone d’Alger et dans la bataille qui fut livrée à l’occupant colonial notamment lors de la mémorable “Bataille d’Alger”. La série de témoignages de l’ancien ministre de l’Education et responsable au niveau de la zone d’Alger, M. Abderrahmane Benhamida, et d’autres compagnons de lutte, illustra le combat des quatre chouhada, leur résistance face à la pression des sanguinaires paras qui assiégeaient leur abri, avant que celui-ci ne fut dynamité.
L’intervention de M. Babaci auteur bien connu et enfant de la Casbah, a permis à l’intéressé d’annoncer d’ici le 1er Novembre prochain, la parution d’un roman qu’il achève portant comme titre “Les oiseaux du Paradis”, dans lequel il évoque le sacrifice de nombreux héros de la Révolution. Il relate le sacrifice d’une grande militante comme l’héroïne Hassiba Ben Bouali, l’immense courage de ce petit garçon de 12 ans le “Petit Omar”, qui refusait de sortir de l’abri, préférant mourir auprès des leurs, des héros comme Ali Ammar, ou Bouhamidi Mahmoud, dont leur responsable de l’époque, Yacef Sadi affirmait n’avoir pas assez de mots pour relater leur sacrifice, leur combat et leur héroïsme à faire face à un ennemi sanguinaire.
L’intervention de Yacef Saâdi permit de rappeler aux générations actuelles, aux jeunes lycéens et écoliers nombreux à faire partie de l’assistance, combien il était vital de garder présent à l’esprit le sacrifice de ces héroïnes et héros, de s’y inspirer. En évoquant le combat d’un compagnon d’armes, de tous les jours dit-il, Ali Ammar, il affirmait que le sien comptait peu devant un tel sacrifice. Ali Ammar a été un grand combattant qui a marqué de son engagement la lutte qui était menée par le peuple algérien contre le colonialisme. M. Yacef Saâdi a lors de ce passage au centre de presse El Moudjahid annoncé qu’avec un groupe de militants, il avait en projet de rendre visite à des établissements scolaires à travers le pays distribuer des cassettes sur la bataille d’Alger et des ouvrages.
Le projet suit son cours. M. Yacef Saâdi a fait écouter à l’assistance une cassette qui relate le témoignage de la mère du grand chahid Mahmoud Bouhamidi qui évoquait le combat de son fils. La sœur de Hassiba Ben Bouali a pour sa part rappelé comment sa famille a appris l’assassinat de la chahida à travers leur père.
Son témoignage fut suivi de puissants youyous, dédiés à l’héroïne. La sœur de Hassiba a rappelé l’immense engagement de sa sœur dans la révolution armée, sa détermination à poursuivre le combat et de mourir en héroïne, sa résolution à tenir tête au milieu de ses compagnons aux criminels de l’armée coloniale qui harcelaient le peuple algérien.
Par : Tahar Mohamed Al Anouar in http://www.elmoudjahid.com/
Il fut ouvert le 25 août 1958 sur ordre du CCE.
“C’est la première fois dans l’histoire des luttes des peuples pour leur indépendance que le colonisé porte la guerre sur le sol du colonisateur”, aurait déclaré le général Giap, héros de la bataille Dien Bien Phû, après qu’une vague d’attentats et actes de sabotage eurent été déclenchés, à partir du 25 août jusqu’à fin septembre 1958, sur le sol français à l’initiative des militants de la Fédération de France du FLN (Wilaya VII).
C’est le témoignage de M. Ghafir Mohamed, dit Moh Clichy, ancien responsable de la Fédération de France du FLN, lors de la commémoration par l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), hier à Tizi Ouzou, de “l’ouverture du second front en France, le 25 août 1958”. Sur l’ensemble du territoire français, plusieurs actions ont été menées durant la fin de l’été de 1958 par la Wilaya VII avec 188 attentats faisant 56 morts et plus de 80 blessés, pour la seule nuit du 25 août, selon M. Haddad Hamada, dit Youcef, secrétaire général par intérim de l’ONM, lors de son intervention. Une offensive à laquelle le gouvernement français répondit par le rapatriement des milliers de soldats d’Algérie et de Maroc pour les besoins de la répression en Métropole. Pour sa part, le deuxième conférencier, Arrad Ahmed, secrétaire national de l’ONM et ancien responsable de la Fédération de France du FLN, a déclaré que l’offensive du 25 août 1958 a été commandée par le Comité de coordination et d’exécution (CCE) qui lui a assigné pour objectif d’exporter la lutte armée sur le territoire français et compromettre ainsi l’envoi de renforts dans les maquis algériens, décidé par le colonisateur. En prenant pour cibles exclusives les installations économiques et militaires françaises, les combattants de la Wilaya VII ont pu maintenir plus de 200 000 hommes en France et ont même induit le rapatriement de 15 000 gendarmes depuis l’Algérie, note encore l’intervenant. Des actions qui, durant un mois, ont pu ébranler les certitudes françaises quant à l’inviolabilité de leur somptuaire hexagonal. Bilan de cette offensive, 56 sabotages, 242 attaques, 82 morts et 188 blessés. Lors des débats ayant suivi cette journée de commémoration, M. Mohamed Ghafir a précisé que durant la révolution de Novembre, la lutte armée s’est appuyée également sur plus de 400 000 citoyens algériens et adhérents au FLN en France et cela grâce au legs des pionniers du mouvement nationaliste algérien au sein de l’ENA et du ppa-mtld.
Abdenour Bouhireb (Liberté)
Amnésie !
Par un petit matin, j'ai vu à Tizi-Ouzou des enfants en loques disputer à des chiens le contenu d'une poubelle. A mes questions, un kabyle a répondu : c'est tous les matins comme ça, écrit Albert Camus envoyé en reportage en Kabylie en 1939 par le quotidien Alger Républicain. Cette publication lui a coûté l'exile à Paris. Cette situation d'extrême misère que décrit le journaliste n'est rien qu'une bribe de l'oeuvre coloniale. Un crime étatique que la France continue à nier en faisant l'amalgame entre des vérités historiques et la surenchère des mémoires. Le silence des autorités françaises sur les crimes coloniaux, dans une logique de mémoire occultée, le retour des nostalgiques de la période coloniale et l'indemnisation des membres de l'organisation criminelle OAS, l'enseignement réducteur de la colonisation dans les livres scolaires, les séquelles coloniales comme le racisme et la discrimination sociale, et la question du verrouillage des archives, ont été en 2006 autant de fronts ouverts, en Algérie comme en France, par moult associations, partis politiques et historiens qui ont exigé un devoir de vérité. Dans une déclaration à l'APS, l'historien Gilles Manceron, vice-président de la Ligue française des droits de l'homme (LDH), estime que La question des crimes coloniaux reste encore aujourd'hui entièrement posée? et que tôt ou tard, la France devra remettre en cause son passé colonial. Selon lui, les jeunes français, qui ont une attitude différente de leurs aînés, sont restés bloqués dans un certain nombre d'idées colonialistes anciennes mais se rendent compte de la légitimité de cette guerre d?indépendance, malgré le fait que la société française soit tiraillée entre les nostalgiques de l'époque coloniale et ceux qui revendiquent un devoir de vérité. L'historien a ensuite fait le lien avec la polémique sur le génocide arménien. La France ne peut pas se contenter de donner des leçons aux autres sans en tirer les conséquences pour elle-même, a-t-il souligné, notant que les crimes de guerre commis par son armée en Algérie n'ont jamais été reconnus officiellement, malgré les demandes des défenseurs des droits de l'homme comme l'historien Pierre Vidal-Naquet, décédé récemment. Depuis quarante-quatre ans, la France officielle vit dans la culture du mensonge, faisant croire à ses élèves que malgré de regrettables bavures, la colonisation a quand même légué à l'Algérie des infrastructures modernes, un système éducatif, des bibliothèques, des centres sociaux ce qui n'est pas juste. L'une des questions à laquelle le gouvernement français doit répondre est celle du verrouillage des archives françaises sur la lutte de Libération nationale. L'historien Le Cour Grand-Maison, évoquant les grandes avancées contre la mémoire occultée, a déploré le fait que l'accès à certaines archives policières et gouvernementales importantes demeure soumis à un régime dérogatoire qui n'est pas acceptable dans un contexte où la plupart des responsables politiques prétendent être les amis de la vérité historique. Une déclaration commune de nombreuses associations, dont l'association 17 Octobre contre l'Oubli, et le MRAP a dénoncé le détournement d'archives et les entraves mises à leur consultation. L'historienne Sylvie Hénault a dénoncé le fait que l'accès aux archives n'est pas aussi facile qu'on le dit et a estimé opportun d'écrire une histoire transnationale, et non plus uniquement française. Enfin, un autre front a été ouvert, toujours contre les nostalgiques de la période coloniale qui ont lancé une offensive contre les Français qui ont soutenu la guerre de Libération nationale, dont ceux membres du collectif des avocats du FLN, ou ceux des réseaux Jeanson et Curiel de soutien logistique au FLN.
Hamza Benhalima http://www.lemaghrebdz.com/
Il y a cinquante-deux ans, ce jour, était lancée la grande offensive du Nord-Constantinois sous la direction de Zighoud Youcef -Si Ahmed pour tous ses compagnons- chef de la zone II dont il avait hérité la direction après la disparition de Si Abdelkader Mourad Didouche en janvier 1955. Cet événement relève désormais et principalement du travail des historiens et la meilleure des preuves en est le dessèchement quasi irréversible des rites commémoratifs institués dont les processions officielles se condamnent, au mieux, à l'exercice obligé et à la répétition. On rappellera donc, c'est la loi du genre, la solidarité avec le peuple frère du Maroc et on glorifiera l'engagement d'un peuple sous la bannière du FLN/ALN, étant entendu que la victoire était de toute manière inéluctable, et ceux qui sont payés pour se mettre en place pour la prochaine sortie, celle du 1er novembre. Sur un autre registre, l'antienne, de moins en moins discutée, veut que de toute manière ces «histoires n'intéressent plus personne et les jeunes aspirent à vivre et que, pour eux, ce passé, d'ailleurs hanté par les mensonges, est considéré comme révolu». Ce désenchantement national est bien réel et ne couvre pas exclusivement la seule guerre d'indépendance, et en faire le constat ne signifie en rien s'y résigner. Du reste, le président de la République ne s'y trompe pas, il a fustigé plus d'une fois, dans ses récentes interventions publiques, «l'ignorance des jeunes Algériens de leur histoire». Par Chaffik Benhacene (La Tribune)
Un pénultième procès des mensonges du régime, des occultations, et plus généralement de l’instrumentation du passé -qui peuvent autoriser, entre autres choses, un Ben Bella à faire le procès d’un Abane-, s’il demeure à tous égards nécessaire, peut tout autant paraître en décalage par rapport aux évolutions que connaissent, en particulier, les champs politique et intellectuel français dans leurs rapports avec le passé colonial de la France ; et s’il est un fait qui frappe, à cet égard, c’est cet autisme algérien qui consiste à n’envisager la séquence de la colonisation et/ou de la guerre d’indépendance que sous les seuls auspices nationaux.
De ce point de vue, il est presque cruel de relever la quasi-sécheresse éditoriale nationale en la matière ou encore l’absence notable des historiens algériens du champ des recherches les plus porteuses -ainsi, à titre d’exemple, que n’a-t-on invoqué, sur le ton de l’incantation, les massacres de mai 1945 alors que la thèse sans doute la plus originale sur le sujet sera soutenue en septembre prochain par Jean-Pierre Peyroulou, représentant de la nouvelle génération de chercheurs français- et l’Algérie paie aujourd’hui les complaisances vis-à-vis de ceux qui, sous le fallacieux argument identitaire, ont imposé les falsifications néo-islahistes comme vérités officielles dûment enseignées dans les lycées et dans les universités algériennes.
Ainsi donc, et avec tout le respect que l’on doit aux contributions de Abdelhamid Benbadis ou de Bachir Brahimi -qui furent assurément éminentes-, le devoir de mémoire prioritaire, aujourd’hui plus particulièrement, doit rappeler les figures des insurgés dont celle de Si Ahmed Zighoud et de ses compagnons, ceux qui ont, en toute conscience, fait le choix d’opposer la violence des opprimés à celle totalitaire d’un système colonial qui a, non seulement, dépossédé les Algériens de leur terre -de leurs langues, de leurs référents culturels- mais essentiellement de leur humanité, violentée, niée. Dans leurs rapports avec l’ordre colonial et avec ceux qui en cultivent la nostalgie ou s’appliquent à sa défense, les Algériens ne peuvent ni ne doivent perdre de vue que telle est encore la question nodale.
Sous-estiment-ils alors -ou, pire, ignorent-ils- les glissements opérés ces dernières années en France au sein de l’opinion et qui ont pu autoriser l’audience accordée par le candidat Sarkozy, la veille de l’élection présidentielle, aux représentants du lobby des rapatriés, expression patentée des tenants de l’Algérie française, et des engagements publiquement pris dans une correspondance rendue publique qui, au fond, s’inscrivent tout à fait dans la logique de la loi de février 2005 dont l’initiative parlementaire revenait à l’UMP alors présidée par le même Sarkozy. Un exemple, pour rendre perceptible ce qui est actuellement en jeu et qui se rattache précisément aux événements du 20 août 1955. Dans le récit qu’il en fait, dès la fin des années soixante, Yves Courrière, qui avait couvert le conflit en qualité de correspondant de guerre, note à propos de la répression qui s’en était suivie. «Le bilan dressé par les hommes de l’ALN, qui, pour la première fois dans le Constantinois, procèdent à un travail de recensement énorme, douar par douar, mechta par mechta, est de douze mille morts et disparus. Des listes avec des noms et des adresses sont établies. Irréfutables», estime alors le premier auteur à revenir de manière relativement informée sur la guerre algérienne d’indépendance.
Quarante ans plus tard et sur un site Internet, on peut lire, sous la plume d’un certain Jean Monneret, la critique suivante du travail de l’historienne Raphaëlle Branche : «Mme Branche semble ignorer que le FLN a pratiqué le terrorisme durant la guerre d’Algérie. Dans son livre [l’Armée française et la torture], elle évoque l’activité dudit FLN par de remarquables euphémismes : le front commet des [attentats], il [conteste l’ordre colonial]. Les massacres racistes d’août 1955, ordonnés par Zighout Youcef, deviennent [le soulèvement coordonné de milliers de paysans]. Il s’en est suivi une répression naturellement [féroce] dont le bilan de 12 000 victimes n’a jamais été infirmé. Il serait plus juste de dire que ce chiffre, fourni par le FLN, n’a jamais été confirmé.» Dans l’absolu, ce type de littérature, marqué au coin de la haine de l’autre -du musulman ou/du juif- si caractéristique de la culture de la minorité européenne d’Algérie, n’est ni neuf ni surprenant mais ce qui est en train de changer, outre le fait qu’elle s’expose au travers de nombreux sites sur le Net, est la prise en compte de ces thèses éculées par la droite dite républicaine, souvent au prix de reniements et de discutables raccourcis.
L’ancien président Chirac, en dépit de son attachement affirmé à la concrétisation d’un traité d’amitié avec l’Algérie, s’est trouvé consentir des gages sur la question des harkis, entre autres, érigés par ce courant tout à fait abusivement en victimes. Est-il besoin ici de renvoyer au témoignage de Constantin Melnik, chargé des questions de sécurité dans le cabinet de l’ancien Premier ministre Michel Debré, sur la barbarie de ces mêmes harkis lors des massacres du 17 octobre à Paris, pour ne pas évoquer une mémoire algérienne de ce que furent et ce que firent ces supplétifs de l’armée française. Il importe ici de relever que sur ces questions proprement historiques, l’option récurrente de faire du travail des historiens la voie royale vers «l’apaisement des mémoires» se délite.
Le moins que l’on puisse observer est que sur fond de montée en puissance des thèses dites révisionnistes -celles qui contestent par exemple les chiffres des victimes algériennes de la répression ou de la guerre ou qui s’attachent à mettre sur un même pied de responsabilité l’ALN et l’armée de l’Etat colonial, et ces derniers mois, plus singulièrement, à mettre en cause toute idée de repentance-, la droite aux affaires, notamment au niveau municipal ou régional, réinscrit dans l’espace public les actes et les acteurs les plus controversés du passé pour le moins entaché de la France en guerre d’Algérie.
En est-il ainsi depuis quelques années déjà, particulièrement dans le sud de la France, où se banalisent les hommages aux tueurs de l’OAS. Tout récemment, la municipalité de Perpignan, dirigée par un cacique de l’UMP -le sénateur Alduy- a connu une très large mobilisation d’associations de la société civile et de défense des droits contre la prétention annoncée d’organiser une manifestation au pied d’une stèle érigée en l’honneur des hommes de l’OAS. Quelque quarante et une organisations, opposées par ailleurs au projet de la mairie d’ériger un musée à la gloire de la colonisation, avaient en effet alerté l’opinion et amené le préfet et le maire à annuler la manifestation instituée depuis quatre années maintenant par l’Adimad.
Ce retour dans l’espace public de ce qui, au mieux, relèverait d’une manière d’archaïsme, procède d’évidence de la stratégie clairement énoncée par l’ancien président de l’UMP de chasser sur les terres de Le Pen dont on sait qu’une part au moins de ses réserves électorales est constituée de rapatriés d’Algérie. La récente tribune signée, dans Libération par Catherine Coquery-Vidrovtich, Gilles Manceron et Benjamin Stora, éclaire précisément la nature des enjeux de cette démarche du chef de l’Etat français dont il convient alors d’accorder toute leur profondeur aux propos tenus lors de son passage dans la capitale algérienne le 11 juillet dernier. Il n’était pas, en effet, venu «pour s’excuser» et ce qu’il faut bien entendre par-là est qu’il ne s’agit en rien d’une posture circonstancielle, que la remise en cause du projet d’amitié envisagé ne tient pas tant à un désir de se distinguer ou de se délier de la gestion du dossier Algérie par son prédécesseur qu’au sentiment qu’il exprime quant au fond, le nouveau rapport de force au sein de la société française, y compris dans sa prise en charge du rapport au passé colonial.
Dit plus explicitement, c’est, bien sûr, un profond courant idéologique de remise en question de l’anticolonialisme que s’adosse le président de la République française dans la définition de ce qu’il appelle «un partenariat d’exception» avec l’Algérie qui doit passer, d’une manière ou d’une autre, par la renonciation à la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux. Les exemples ne manquent pas dans l’actualité politique et médiatique française, validant les prétentions de ce courant à remettre les pendules françaises à l’heure des missions civilisatrices de la France.
Le harcèlement -il n’y a pas d’autre mot pour celui qui prend connaissance des courriers adressés- dont fait l’objet l’historien Benjamin Stora à chacune de ses sorties publiques de la part des sites pieds-noirs en offre un exemple édifiant. Insultes, menaces, -en temps de guerre, les propos de Benjamin Stora se seraient traduits par un jugement de haute trahison en cour martiale avec exécution capitale- et le procès fait à cet auteur, dont l’autorité est justement reconnue au plan international, tient notamment au rappel qu’il fait, que plus de quarante ans après la fin du conflit, il se trouve encore en France des personnes qui ne se font toujours pas à l’indépendance de l’Algérie. Sur ce plan, il y a au moins lieu de marquer les colères sélectives de l’establishment parisien si prompt à s’émouvoir des menaces adressées à un obscur professeur de lycée par les islamistes, en fermant l’œil sur des propos qui, en toute équité, auraient dû requérir l’intervention de la justice. Ce qui prête à inquiétude, c’est que ce type de dérives puisse trouver des balises à prétention académique. La lecture que fait l’historien Savarese, de l’université de Perpignan, de l’ouvrage de Jeanine Verdes-Leroux -plutôt connue pour ses travaux sur le communisme- consacré aux «Français d’Algérie», donne à réfléchir, en concluant “à la capitulation de l’histoire devant la mémoire de natifs de l’Algérie coloniale” ; conclusion d’autant plus à prendre en considération que cet auteur est en charge de la direction d’un ouvrage censé couvrir l’histoire de l’Algérie des origines à nos jours.
Ces mouvements divers de reconfiguration idéologique appellent, en Algérie même, autre chose qu’un vague communiqué de condamnation d’organismes satellites comme l’organisation des anciens moudjahidine ; cela d’autant plus que, visiblement, une part de la mémoire coloniale tend à se fixer en choix politiques de l’Etat français. Faut-il alors se résoudre à aller au-delàdes formules consacrées sur des «relations tumultueuses» ou encore «passionnelles», conventions qui exonèrent, à bien y réfléchir, le rapport colonial de ses tendances les plus lourdes et souvent aussi les plus criminelles. Il s’agit d’histoire de peuples, et ici d’un peuple asservi, dépossédé, en droit de se reconstruire, et ne pouvant le faire qu’à la condition essentielle de parvenir à nommer les faits, situer les responsabilités politiques, morales -à ce sujet, même si effectivement le mot de repentance a une indiscutable connotation religieuse, elle pourrait tout à fait se trouver justifiée eu égard à la place notable de l’Eglise catholique dans le système de domination coloniale ; tous les prélats, en effet, ne s’appelaient pas Duval en Algérie- et de ce point de vue, la question de la responsabilité directe des Algériens, de leurs élites politiques et intellectuelles, est incontournable.
Cela fait maintenant des années que ceux qui, sur ce terrain tout à fait significatif de la recherche historique, demeurent surtout stériles, s’arrogent le rôle -est-il vraiment beau ?- de tirer sur tout ce qui pense, écrit hors des frontières et dont il faut bien entendre qu’elles sont moins celles du pays que du système qui le commande. Instruire le procès de la colonisation en Algérie est une tâche sérieuse, hautement spécialisée et surtout de très longue haleine. Ce travail est celui des historiens, il a ses propres exigences et ses normes éthiques et professionnelles, dont la liberté d’esprit et l’accès aux sources, pour n’en citer que cela, continuent, -c’est une litote- à faire problème dans notre pays. Est-il besoin de rappeler, une fois de plus, toutes les raisons stratégiques d’une coopération saine et confiante entre l’Algérie et la France et de marquer, une fois de plus aussi, que l’apurement du contentieux colonial, qui en est l’une des conditions, ne se fera jamais sérieusement et durablement sur la seule base de l’idée que peut s’en faire un dirigeant français, fut-il président de la République.



