«Lobby juif» ! Ce n’est pas nous qui avons inventé cette expression pour désigner ces groupes de pression qui, parfois avec la puissance de l’argent, d’autres fois grâce aux regroupements ethniques ou les connivences religieuses, arrivent à peser sur les décisions politiques. Les responsables et les journalistes français eux-mêmes en parlent souvent lorsqu’il s’agit d’expliquer la réalité politique aux Etats- Unis et cela ne choque personne ! Certes, les propos de notre ministre des Moudjahidine auraient pu être édulcorés dans la mesure où la diplomatie exigeait une certaine retenue à la veille d’une visite officielle d’un chef d’Etat étranger.Mais toute cette agitation, avec les déclarations tonitruantes des représentants du Parti socialiste qui sont allés jusqu’à «exiger » le report de la visite de M. Sarkozy, nous semble dépasser le cadre d’une polémique qui ne sera pas la dernière, car elle renvoie aux éternelles divergences quant à l’appréciation que nous avons, ici et là, de la réalité historique. Parce que, au fond, c’est de cela qu’il s’agit. Si nous laissons de côté la forme et que nous nous intéressons au contenu de l’interview de M. Mohamed-Chérif Abbas, il a parfaitement raison de parler de la nécessité, pour la France, de demander pardon pour tous les crimes commis contre notre peuple et qui ont connu leur summum juste après l’entrée des généraux sanguinaires et de leurs troupes barbares dans notre pays. Lorsque le président Bouteflika avait parlé de «génocide», il n’était pas loin de la réalité et nous avons vu comment, à l’époque, la classe politique française avait réagi unanimement pour dénoncer ses propos, sans tenir compte du caractère particulier du voyage médical qu’il effectuait au lendemain de cette déclaration ! Certains responsables et hommes politiques de l’Hexagone en profitèrent pour déverser leur bile habituelle sur notre pays et son chef d’Etat. C’était du racisme à l’état pur ; c’était aussi de l’antisémitisme (nous sommes des sémites !) ; c’était inadmissible, révoltant et personne n’avait trouvé à redire ici ! Et si les insanités coutumières de M. Le Pen et des nostalgiques de l’Algérie française ne nous choquent plus, il y avait aussi ces propos blessants du ministre français des Affaires étrangères de l’époque, M. Douste Blasy, qui avait été insultant vis-à-vis de nos médecins. Qui avait réagi chez nous ? Le ministère de la Santé ? Les médecins ? Leurs organisations ? Non, personne, hormis une maigre «Pause-Café» qui s’indignait de ce que notre corps médical soit traîné dans la boue et défendait l’honneur de nos praticiens. Aujourd’hui même et alors que le «réalisme journalistique» nous vaut la condamnation pure et simple de notre ministre des Moudjahidine et presque des excuses auprès d’un président qui n’épouse aucune gêne à exprimer publiquement son hommage à la colonisation, qui prend la défense de M. Abbas ou essaye de comprendre ses motivations ? Personne ! Bien plus, il nous semble qu’il va être sacrifié sur l’autel de ces réconciliations ratées qui, depuis la visite de M. Giscard d’Estain en 1975 et jusqu’au prochain voyage de M. Sarkozy, n’apporteront rien de positivement durable pour les deux peuples tant que l’on n’aura pas assaini l’histoire. Le président français est le bienvenu en Algérie, comme n’mporte quel chef d’un Etat ami. Pas plus et pas moins. L’Algérie peut donner l’impression qu’elle est à vendre et ses richesses sont certes bradées ; les Américains et les Saoudiens en profitent et cela peut donner l’impression aux Français qu’ils ont leur part du gâteau. Alors, ils inventent une «Union méditerranéenne» qui n’est nullement une priorité pour nous dans la mesure où, pour pouvoir discuter d’égal à égal avec les Européens, nous devons d’abord bâtir solidement notre Maghreb, le premier espace social et économique où doivent s’exprimer les ambitions de nos peuples, en vue de donner un sens à nos indépendances nationales. Un cadre communautaire qui nous rendra moins fragiles face aux prétentions hégémoniques extérieures, dans la mesure où notre unité sera notre principale force. C’est ce Maghreb qu’il faudra d’abord créer avant de parler d’union avec les autres ! Face aux menaces extérieures qui entourent nos pays, l’heure a sonné pour une véritable révolution maghrébine dont le premier réflexe sera de déjouer les plans visant à nous diviser davantage. Je trouve que la course aux contrats mirobolants entre le Maroc et la France d’une part et entre l’Algérie et la France d’autre part —chaque pays voulant donner plus pour faire plaisir à l’ancienne puissance coloniale —, sont une preuve de sous-développement et l’image la plus dégradante de l’esprit du néo-colonisé qui habite certains de nos dirigeants. Les enjeux sont clairs : dans la dignité, mais aussi sans passion et sans hypocrisie, nous devons agir dans le sens d’une révision totale de notre politique étrangère qui doit obéir aux intérêts stratégiques de l’Algérie et non aux connivences et aux arrangements de certains clans qui disparaîtront tôt ou tard. Dans ce sens, les déclarations de notre ministre des Moudjahidine sont à relire loin de la polémique actuelle. Ils posent des questions essentielles sur l’environnement géopolitique induit par l’arrivée de la «nouvelle droite » de M. Sarkozy en France. Vous n’êtes pas seul, Monsieur Abbas ! L’Algérie profonde qui continue de souffrir est solidaire de l’esprit de vos propos. Les quelques libertés que vous avez prises avec l’usage diplomatique ne méritaient pas tout ce battage. Mais c’était, peut-êre, une manière de plus de nous enfoncer la tête dans la boue. Ont-ils réussi ? Peut-être ! Mais, grâce à vous, nous avons appris que l’Aurès n’est pas mort.
M. F.
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Le 5 juillet 1830, Alger tombe aux mains des troupes françaises du général de Bourmont. La " conquête " de l’Algérie fut cependant longue et douloureuse : la résistance conduite par l’émir Abdelkader va durer dix-huit ans. " Nos soldats n’ont pas reculé devant le meurtre des vieillards, des femmes et des enfants. Ce qu’il y a de plus hideux, c’est que les femmes étaient tuées après avoir été déshonorées ", écrivait le 18 octobre 1841, M. Chamagarnier, officier français, cité par Charles André Julien (Histoire de l’Algérie contemporaine, PUF).
Alger, Constantine, Médéa, Miliana, Tlemcen, berceaux de la civilisation turco-maure, ont été dévastées : des palais, des mosquées rasées, portes et fenêtres en bois et autres motifs de décorations, archives de la ville d’Alger ont servi de braseros. La suite est plus connue. De Charles X à la IIIe République, une politique de colonisation systématique fut entreprise. Les terres les plus riches sont confisquées et distribuées aux colons venus de France, d’Espagne et d’Italie.
En mai 1871, à l’appel d’El Mokrani, les Algériens se soulèvent mais sont écrasés en quelques mois. Ceux qui y prirent part sont déportés à Cayenne et leurs biens expropriés. Au total, en 1886, plus de 7 millions d’hectares de terres sont passés aux mains des colons. Pour subsister, les Algériens sont contraints de travailler les sols les plus arides. Pire, les Algériens ont été régis jusqu’en 1945 par le Code de l’indigénat, statut qui ne leur reconnaissait aucun droit, faisant d’eux des non-citoyens, soumis à l’arbitraire colonial.
Les rares tentatives d’amélioration du statut des Algériens, comme le projet Blum-Violette en 1936, sont vite enterrées. De même, l’accès à l’école publique n’était dans un premier temps réservé qu’aux enfants des notables - caïds et bachaghas - sur lesquels s’appuyait l’administration coloniale, avant de s’ouvrir timidement à quelques milliers d’enfants algériens. En 1950, quatre ans avant le déclenchement de la guerre d’Algérie, seuls 200 000 enfants (soit le même nombre d’enfants européens pour une population de 800 000 habitants) sur une population scolarisable de 2,4 millions d’enfants fréquentent l’école française. Déculturation, expropriation des Algériens et pillage des richesses minières allaient de pair.
Sur le plan politique, c’est en France, où les Algériens n’étaient pas soumis aux lois coloniales, qu’est né, avec l’aide du PCF, le premier parti nationaliste, l’ENA (l’Etoile nord-africaine). Devenu PPA en 1936, il a commencé à se développer en Algérie, d’abord dans une quasi-clandestinité, puis à la faveur de la victoire du Font populaire son activité fut plus ou moins tolérée.
Jusqu’à la veille de la guerre d’Algérie en novembre 1954, le pays connaît une évolution à deux vitesses : une part cette évolution se fait au bénéfice exclusif de la population européenne ; la grande masse des Algériens, elle, n’a connu de la colonisation que misère sociale, pauvreté, chômage, brimades quotidiennes et répression, ponctuées par des périodes de famine et de maladies endémiques, au point que, selon Lutte sociale, organe des communistes algériens, des dizaines de milliers de personnes mouraient de faim dans l’indifférence totale. Une période, c’était durant les années trente, que les vieux Algériens surnomment " amme el boune " (l’année du bon), ticket de rationnement distribué parcimonieusement aux moins récalcitrants.
Les rares emplois agricoles - moins de 50 000 dans les fermes coloniales - ou dans une industrie peu développée ne pouvaient permettre à la grande masse des Algériens de sortir de leur misère sociale. L’émigration, l’engagement dans l’armée française étaient les seules issues qui leur restaient afin de faire vivre leurs familles restées au pays. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, grâce à plusieurs centaines de milliers d’Algériens émigrés en France, une partie importante de la population a pu vivre dans des conditions moins dramatiques que celles de leurs aînés avant 1945.
Pour autant, quand il s’agissait d’aller combattre pour la France, l’administration coloniale n’hésitait pas à recruter des Algériens : 25 000 tomberont durant la Guerre de 14-18. Il en sera de même durant la Seconde Guerre mondiale. En contrepartie du droit à l’autodétermination (discours de De Gaulle à Brazzaville), 150 000 Algériens prendront part à la guerre contre le nazisme. Les tirailleurs algériens libéreront la Corse, Toulon, Marseille, Mulhouse et Strasbourg, avant d’être les premiers à traverser le Rhin et à pénétrer en Allemagne.
En remerciement des sacrifices consentis, c’est par la répression que répondra encore une fois la France coloniale : le 8 mai 1945, 45 000 Algériens trouveront la mort à Sétif, Kherata et Guelma pour avoir revendiqué l’indépendance, tandis que des milliers d’autres seront jetés en prison.
La répression du 8 mai 1945 a créé une situation irréparable. L’idée d’indépendance faisait son chemin. D’autant que le statut des Algériens n’avait guère connu d’amélioration notable. Le Code de l’indigénat fut aboli et remplacé par un autre qui leur permettait un semblant de participation à la vie politique locale. Ainsi fut établi le système du double collège, instaurant une parité formelle de vote entre Européens et Algériens (60 députés chacun à l’assemblée algérienne), mais bafoué en pratique par l’administration coloniale qui faisait élire ses candidats locaux (caïds et bachaghas). De fait, relève Patrick Eveno, " l’Algérie de 1950 est plus proche des Etats-Unis ségrégationnistes ou de l’apartheid sud-africain que de l’égalité républicaine ".
Le 1er novembre 1954, le FLN déclenche la lutte armée. Au lieu de négocier, les gouvernements socialistes qui se sont succédé ont alors choisi d’opter pour une guerre totale. La répression fut terrible : 8 000 villages détruits au napalm, 5 millions d’Algériens déplacés, un million en camps de regroupements, plus de 200 000 détenus... Au total, plus d’un million d’Algériens morts durant une guerre qui a duré près de huit ans et qui a laissé de profondes séquelles dans la mémoire collective. Faut-il citer, à titre d’exemple, les 25 000 jeunes Algériens tombés dans la seule ville d’Alger entre 1955 et 1957, durant ce que les historiens ont appelé " la bataille d’Alger " ? Un bilan cruel, douloureux, à côté duquel les exactions du FLN - il y en eut - ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan.
Avec le départ des pieds-noirs en 1962, que l’on aurait tort de rendre responsables majoritairement des crimes commis en leur nom, l’Algérie s’est retrouvée dépourvue de tout. En plus des destructions matérielles, le pays comptait plus de 80 % d’analphabètes, moins de 10 % de la population scolarisée dans les écoles coloniales, un seul vétérinaire algérien, à peine deux ingénieurs agronomes, cinq architectes, presque pas d’ingénieurs, moins de 100 médecins pour 12 millions d’habitants, 30 000 lycéens et moins de 2 000 étudiants qui fréquentaient la seule université d’Alger et l’Ecole polytechnique.
N’eussent été ces milliers de cadres, formés par le FLN durant la guerre dans les pays socialistes d’Europe, les milliers d’enseignants français volontaires venus en Algérie dès 1962, et grâce à qui, une scolarisation massive a pu être entreprise, et ces autres milliers de cadres, parfois bénévoles, venant de France, des pays de l’Est et de Cuba, l’Algérie, en dépit de la crise qui la frappe actuellement, ne disposerait pas de ce capital humain formé en quantité et en qualité qui lui a permis de rester debout. Dès lors, rien ne sert de cacher cette triste réalité dont les Algériens subissent jusqu’à aujourd’hui les conséquences.
Hassane Zerrouky
La conquête de l'Algérie est-elle justifiée seulement par le désir de venger l'affront fait à un diplomate ? Non, répond Pierre Péan, auteur de Main basse sur Alger, un livre qui retrace les dessous de l'entreprise française. « Et si cette conquête avait été menée dans le but de faire main basse sur les immenses trésors de la régence d'Alger afin de constituer les fonds secrets de Charles X pour corrompre et retourner le corps électoral ? » s'interroge l'auteur. Les trésors ? L'équivalent de plus de 500 millions de francs de l'époque (soit 4 milliards d'euros) amassés pendant des siècles par les corsaires qui contrôlaient Alger. En 1830, la régence d'Alger est un département ottoman composé de quatre provinces habitées par quelque trois millions de personnes. Alger, la capitale, est gouvernée par le dey ; Constantine, Oran et le Titteri sont administrés par des beys nommés par ce dernier. Dix mille janissaires assurent la sécurité et la tranquillité du dey et de ses sujets. Depuis plusieurs années, de sordides affaires d'argent empoisonnent les relations entre la régence d'Alger et la France. Les différends se réglaient plus au moins pacifiquement jusqu'au fameux coup de l'éventail. Exaspérée par le refus du dey de présenter des excuses, la France décide de bloquer le port d'Alger en juin 1827. Le marquis de Clermont-Tonnerre, ministre de la Guerre, fait le forcing auprès du roi Charles X pour mener une expédition de l'autre côté de la Méditerranée. Il écrit : « Quand bien même le roi n'aurait pas d'autres desseins que de punir les Algériens en détruisant leur ville, ce résultat devrait suffire pour décider l'expédition. Je ne parle pas des trésors qui sont accumulés dans le château du dey d'Alger : on les estime à plus de 150 millions, et il lui sera impossible de les soustraire aux chances du siège, parce qu'il ne peut les transporter par mer, à cause du blocus... » La chasse au trésor est lancée. Contesté de toutes parts dans son royaume, Charles X entend utiliser le trésor pour « corrompre les consciences afin de disposer d'une majorité absolue qui accepterait le retour à la monarchie absolue ». Le 2 mars 1830, il s'adresse aux députés, en vérité largement sceptiques quant à l'utilité d'envahir Alger : « Au milieu de graves événements dont l'Europe était occupée, j'ai dû suspendre l'effet de mon juste ressentiment contre la puissance barbaresque ; mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l'insulte faite à mon pavillon ; la réparation éclatante que je veux obtenir, en satisfaisant l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du Tout-Puissant, au profit de la chrétienté. » Officiellement, l'attaque des barbaresques se fera au nom du Christ et pour l'honneur de la patrie. Officiellement... Le général de Bourmont, qui s'était tristement illustré à Waterloo en désertant, est chargé de lever les armées. Il attribuera très vite les marchés des vivres de l'expédition à la seule maison Seillière, la famille de l'actuel patron du Medef (Mouvement des entreprises de France), Ernest-Antoine Seillière. Pourquoi un tel favoritisme ? Le Figaro de l'époque soupçonne un trafic d'influence : « On dit qu'une espèce de pot-de-vin de deux millions, un futur mariage et une alliance faite ont déterminé le choix du fournisseur général... », écrit le journal. Derrière ce choix, il y a en vérité un calcul politique : Charles X tenait à commercer avec des gens de confiance afin de récupérer une partie du trésor de la régence pour constituer des fonds secrets. À la tête de plus de 37 000 hommes, le général de Bourmont lance ses troupes sur les rivages de la régence. Il s'empare d'Alger le 5 juillet 1830. Le matin même, le dey Hussein, sa famille, son harem et ses proches quittent le palais de la Casbah. Le trésor d'Alger tombe entre les mains des Français. Il y avait là des pièces d'or et d'argent, des pierres, des bijoux, des diamants et des armes. Qu'est-il advenu de cette immense fortune que des navires entiers ont fait sortir d'Alger ? Une partie, soit 43 millions de francs, a été versée dans les caisses de l'État, 5 autres millions sont revenus au corps expéditionnaire. Le reste ? « La plus grande partie du trésor de la régence et des pillages opérés dans la Casbah, dans la ville et dans les environs d'Alger a donc abouti dans les poches des militaires, de fonctionnaires des Finances, de banquiers, de négociants et d'aventuriers mais aussi dans celles du roi des Français », indique Pierre Péan. Quant à la maison Seillière et à Adolphe Schneider, son représentant à Alger, en plus de contrats passés avec le ministère de la Guerre, ils auraient recyclé dans les circuits bancaires l'or et l'argent que les bateaux de leur armada ont fait sortir d'Alger. Et ce n'est pas tout. « Leur position et leurs relations leur ont aussi permis d'acquérir, à de très bonnes conditions, les marchandises et produits divers pillés dans les magasins, ainsi que les biens des Turcs obligés de quitter la régence. » À combien s'élève leur bénéfice s'interroge l'auteur ? « Apparemment suffisamment pour prendre un nouvel essor et devenir les plus grands sidérurgistes de l'industrie française », répond-il. Qu'est a été le sort du vainqueur d'Alger, Louis Auguste, comte de Bourmont ? Déchu de sa nationalité française, le 9 août 1840, pour avoir offert ses services à des puissances rivales - l'Espagne et l'Angleterre, en l'occurrence -, le général, devenu entre-temps maréchal, mourut presque sans le sou. Un comble pour celui qui mena à bien la chasse au trésor d'Alger.
Appel au peuple algérienTexte intégral du premier appel adressé parle Secrétariat général du Front de libération nationaleau peuple algérienle 1er Novembre 1954
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PEUPLE ALGÉRIEN,
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A vous qui êtes appelés à nous juger (le premier d’une façon générale, les seconds tout particulièrement), notre souci en diffusant la présente proclamation est de vous éclairer sur les raisons profondes qui nous ont poussés à agir en vous exposant notre programme, le sens de notre action, le bien-fondé de nos vues dont le but demeure l’indépendance nationale dans le cadre nord-africain. Notre désir aussi est de vous éviter la confusion que pourraient entretenir l’impérialisme et ses agents administratifs et autres politicailleurs véreux.
Nous considérons avant tout qu’après des décades de lutte, le mouvement nationale a atteint sa phase de réalisation. En effet, le but d’un mouvement révolutionnaire étant de créer toutes les conditions d’une action libératrice, nous estimons que, sous ses aspects internes, le peuple est uni derrière le mot d’ordre d’indépendance et d’action et, sous les aspects extérieurs, le climat de détente est favorable pour le règlement des problèmes mineurs, dont le nôtre, avec surtout l’appui diplomatique de nos frères arabo-musulmans. Les événements du Maroc et de Tunisie sont à ce sujet significatifs et marquent profondément le processus de la lutte de libération de l’Afrique du Nord. A noter dans ce domaine que nous avons depuis fort longtemps été les précurseurs de l’unité dans l’action, malheureusement jamais réalisée entre les trois pays.
Aujourd’hui, les uns et les autres sont engagés résolument dans cette voie, et nous, relégués à l’arrière, nous subissons le sort de ceux qui sont dépassés. C’est ainsi que notre mouvement national, terrassé par des années d’immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l’opinion populaire, dépassé par les événements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l’avant-garde algérienne.
L’HEURE EST GRAVE !
Devant cette situation qui risque de devenir irréparable, une équipe de jeunes responsables et militants conscients, ralliant autour d’elle la majorités des éléments encore sains et décidés, a jugé le moment venu de sortir le mouvement national de l’impasse où l’ont acculé les luttes de personnes et d’influence, pour le lancer aux côtés des frères marocains et tunisiens dans la véritable lutte révolutionnaire.
Nous tenons à cet effet à préciser que nous sommes indépendants des deux clans qui se disputent le pouvoir. Plaçant l’intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et prestige, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s’est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique.
Ce sont la, nous pensons, des raisons suffisantes qui font que notre mouvement de rénovation se présente sous l’étiquette de FRONT DE LIBÉRATION NATIONALE, se dégageant ainsi de toutes les compromissions possibles et offrant la possibilité à tous les patriotes algériens de toutes les couches sociales, de tous les partis et mouvements purement algériens, de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération.
Pour préciser, nous retraçons ci-après, les grandes lignes de notre programme politique :
BUT : L’Indépendance nationale par :
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La restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.
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Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions.
OBJECTIFS INTÉRIEURS:
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Assainissement politique par la remise du mouvement national révolutionnaire dans sa véritable voie et par l’anéantissement de tous les vestiges de corruption et de réformisme, cause de notre régression actuelle.
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Rassemblement et organisation de toutes les énergies saines du peuple algérien pour la liquidation du système colonial.
OBJECTIFS EXTÉRIEURS:
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Internationalisation du problème algérien.
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Réalisation de l’Unité nord-africaine dans le cadre naturel arabo-musulman.
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Dans le cadre de la charte des Nations Unies, affirmation de notre sympathie à l’égard de toutes nations qui appuieraient notre action libératrice.
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MOYENS DE LUTTE :
Conformément aux principes révolutionnaires et comptes tenu des situations intérieure et extérieure, la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but.
Pour parvenir à ces fins, le Front de libération nationale aura deux tâches essentielles à mener de front et simultanément : une action intérieure tant sur le plan politique que sur le plan de l’action propre, et une action extérieure en vue de faire du problème algérien une réalité pour le monde entier avec l’appui de tous nos alliés naturels.
C’est là une tâche écrasante qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et toutes les ressources nationales. Il est vrai, la lutte sera longue mais l’issue est certaine.
En dernier lieu, afin d’éviter les fausses interprétations et les faux-fuyants, pour prouver notre désir de paix, limiter les pertes en vies humains et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussion aux autorités françaises si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent une fois pour toutes aux peuples qu’elles subjuguent le droit de disposer d’eux-mêmes.
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La reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la longue, de la religion et des mœurs du peuple algérien.
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l’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible.
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La création d’un climat de confiance par la libération de tous les détenus politiques, la levée de toutes les mesures d’exception et l’arrêt de toute poursuite contre les forces combattantes.
EN CONTREPARTIE :
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Les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis, seront respectés ainsi que les personnes et les familles.
Tous les français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité et seront de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur ou opteront pour la nationalité algérienne et, dans ce cas, seront considérés comme tels en droits et en devoirs.
Les liens entre la France et l’Algérie seront définis et feront l’objet d’un accord entre les deux puissances sur la base de l’égalité et du respect de chacun.
Algérien ! nous t’invitons à méditer notre charte ci-dessus. Ton devoir est de t’y associer pour sauver notre pays et lui rendre sa liberté ; le Front de libération nationale est ton front, sa victoire est la tienne.
Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, sûrs de tes sentiments anti-impérialistes, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie.
1er Novembre 1954
Le Secrétariat national
Un fervent défenseur de la cause algérienne.
Les obsèques du moudjahid de nationalité libyenne et l'un des défenseurs de la cause algérienne Hédi Ibrahim el-Mchirki, décédé lundi en Libye à l'âge de 99 ans, ont eu lieu, jeudi, au cimetière d'El-Alia, en présence des membres de sa famille, de compagnons d'armes et de personnalités politiques et historiques.
Auparavant, la dépouille mortelle du défunt était arrivée à l'aéroport international Houari-Boumedienne à bord d'un avion d'Air Algérie, en présence des ministres des Moudjahidine, Mohamed Chérif-Abbas, et des Affaires étrangères, Mourad Medelci. Dans son oraison funèbre, le secrétaire général de l'Organisation nationale des moudjahidine, M. Saïd Abadou, a souligné les qualités du défunt “connu pour n'avoir jamais cessé de soutenir les causes justes au niveau du Grand-Maghreb arabe, lorsque les pays de la région étaient soumis au joug colonial, et en particulier la révolution algérienne”, a-t-il souligné, mettant en évidence “les valeurs de liberté et d'indépendance que le défunt a défendues farouchement, avec conviction et abnégation. Il a contribué matériellement et de manière précieuse au soutien de la cause algérienne à tous les niveaux”. M. Abadou a ajouté que “les qualités dont jouissait le moudjahid El-Mchirki lui ont valu la confiance des dirigeants de la révolution algérienne, qui n'ont pas hésité un seul instant à lui confier des missions révolutionnaires dont il s'est acquitté honorablement jusqu'à l'indépendance”. Après l'indépendance, le défunt poursuivra sa mission tout en restant fidèle à ses frères martyrs et consacrera plusieurs ouvrages à la révolution algérienne, tout en demeurant attaché à ses principes jusqu'à sa mort.
(APS)




«Lobby juif» ! Ce n’est pas nous qui avons inventé cette expression pour désigner ces groupes de pression qui, parfois avec la puissance de l’argent, d’autres fois grâce aux regroupements ethniques ou les connivences religieuses, arrivent à peser sur les décisions politiques. Les responsables et les journalistes français eux-mêmes en parlent souvent lorsqu’il s’agit d’expliquer la réalité politique aux Etats- Unis et cela ne choque personne ! Certes, les propos de notre ministre des Moudjahidine auraient pu être édulcorés dans la mesure où la diplomatie exigeait une certaine retenue à la veille d’une visite officielle d’un chef d’Etat étranger.