A l’occasion de la commémoration du bicentenaire de la naissance de l’Emir Abdelkader (1807-2007), Algérie Poste a procédé hier ( 15 décembre 2007 ), à la Bibliothèque nationale d’El Hamma (Alger) à l’émission d’un bloc feuillet de trois timbres à l’effigie de cette figure emblématique.

Elle symbolise l’unité nationale dont le leadership était reconnu par la population à travers l’Algérie confrontée à une invasion étrangère. Il sut maintenir cette unité guidé dans le choix de ses collaborateurs originaires de toutes les régions du pays et en fonction des critères d’intégrité et de compétence. Dans une note introductive des journées d’étude sur le « créateur de l’Etat algérien moderne », il est souligné : « c’est grâce à cette cohésion nationale que l’Emir a pu diriger avec succès, comme jadis Jugurtha, une résistance héroïque pendant plus de 15 ans contre un envahisseur dont les effectifs et le matériel de guerre étaient largement supérieurs aux siens ». Mohamed Boutaleb, président de la Fondation Emir Abdelkader, a déclaré : « Ces écrasantes charges pesant pour ses épaules ne l’ont pas empêché de s’adonner au côté spirituel tant dans le domaine des œuvres littéraires, de la poésie où il excellait que plus tard, dans le tassawouf, apport inestimable à la civilisation universelle. » L’Emir est présenté comme un personnage au parcours étonnant, tantôt chevalier intrépide, peu enclin à courber l’échine face à l’adversité, « porteur de foi » ou d’espérance et surtout rassembleur. Boudjemaâ Haïchour, ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, voit en lui « une figure historique à la fois complexe et emblématique ». Cette commémoration est, selon lui, « une escale propice à une plus grande compréhension de l’histoire de notre pays et des hommes, qui en ont constitué les grandes pages. Retracer les moments de l’histoire pour mieux en recouvrer les pages occultées, inconnues ou mal connues est en effet une voie royale pour assumer et comprendre le présent. » Il ne s’agit nullement de passéisme, de culte de la personnalité, d’apologie, de légende dorée ou de regard figé. La recherche a pour tâche de retrouver sereinement les traces, le contexte et le sens des événements et des personnalités qui ont fait l’histoire, pour permettre leur compréhension, afin de favoriser toutes les formes de réconciliation et de progrès. Ghania Houadria, directrice générale d’Algérie Poste écrit : « Naturellement, Algérie Poste émet un timbre-poste commémoratif du bicentenaire de l’Emir Abdelkader, perpétuant ainsi, par le timbre, une mémoire que l’histoire, par la force des choses, a déjà immortalisée et qui continue aujourd’hui encore d’inspirer les artisans de la construction de l’Algérie. » Ce bicentenaire se veut aussi une manière de lire l’histoire au-delà de la désinformation des uns et les attitudes de repli des autres. L’Emir était un homme de paix contraint à la guerre et non un guerrier.
Kamel Benelkadi (El Watan)
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Conférence inaugurale- Colloque international par le Pr. Mustapha Chérif*
en Mai 2005 à la BNA, Alger.

LA MEMOIRE ET L' EMIR :
Le Coran, source d'inspiration majeure de l'Emir Abdelkader, insiste sur le rôle central du rappel, de la mémoire, et du souvenir. …" L'Emir Abdelkader, le devoir de mémoire et les défis de l'heure " tel est donc le thème de notre rencontre. Ensemble, durant ces deux jours, nous tenterons par l'échange et la synthèse, de rendre compte d'un ou plusieurs aspects de nos recherches. Cela nous permettra d'approfondir nos connaissances sur ce grand trait d'union qu’est l'Emir Abdelkader, figure emblématique de l’universel.
Notre dette est immense vis à vis de cet être exceptionnel. D'autant que, malgré les réels efforts et progrès entrepris, jusqu'à ce jour, l'oubli accompagne la mémoire et diminue nos chances de réaliser la cohérence entre l'authenticité et la modernité.
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===> http://mustapha-cherif.blogspot.com/2005/11/lemir-abdelkader-la-confrence-de.html
Malgré toute la répression et les génocides perpétrés par l’armée française, notre terre est restée insoumise, et c’est ce long itinéraire de la lutte pour l’indépendance de notre pays jalonné de tant de souffrances qui a permis à notre peuple d’acquérir cette maturité politique, cette notion qui a permis de déjouer les manœuvres du général de Gaulle en ce 11 décembre 1960, dont le plan consistait à mettre sur la sellette une troisième force représentative pour négocier au nom du peuple algérien.
Cette idée de constituer une troisième force avait déjà été projetée dans les milieux gouvernementaux français dès 1957. A l’époque, Robert Lacoste avait tenté de rallier à sa thèse des personnalités algériennes, aidé par le secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes, Marcel Champaix. Ce dernier identifie Cherif Benhabilès, élu sénateur de Constantine, Ali Checkal, vice-président de l’Assemblée algérienne, ainsi que Barabrok et Sid Kara... Après une mise en garde, le Front de libération nationale exécuta Ali Checkal en France, dans un stade archicomble et en présence du président de la République René Coty ; Barabrok échappa de peu à un attentat ; Benhabilès est abattu. Dissuadées, les autres personnalités se retirèrent de la scène politique et l’idée d’une troisième force fut abandonnée, elle fut reprise par le général de Gaulle en décembre 1960, après avoir été acculé par les échecs des diverses réformes proposées, entre autres tentatives de la paix des braves (paix séparée) et surtout après les opérations militaires françaises de grande envergure confiées au général Challes, promu au commandement des forces françaises en Algérie, opérations qui durèrent plus de sept mois, dont le but était de déterminer le potentiel de l’ALN dans les maquis, mais sans grand succès, d’autant plus que les attentats du FLN reprirent de plus fort dans les grandes villes, et ce, après une brève accalmie. Comprenant que l’Algérie est devenue un gouffre engloutissant des dépenses ruineuses avec une armée française composée de plus d’un million d’hommes pataugeant dans le bourbier algérien, ce qui laisse entrevoir des prévisions néfastes pour la France qui perdra par le déséquilibre des forces sa position de grande puissance dans le concert des nations.
C’est aussi face à l’hostilité grandissante du peuple français qui supporte le fardeau de la guerre dans sa case sociale et c’est en voulant d’abord sauver la France de cette situation désastreuse que le général de Gaulle, a joué la dernière carte avec l’idée subtile de manipuler le peuple algérien en lui faisant miroiter l’instauration d’un Etat algérien par un stratagème qui consiste à isoler le FLN et coiffer le Gouvernement provisoire algérien (GPRA) en mettant sur la sellette une troisième force qui, au nom de l’Algérie algérienne, négociera avec la France. C’est ainsi que le 2 décembre 1960, dans un discours, le général de Gaulle avait parlé de la nouvelle voie qui conduit non plus à l’Algérie gouvernée, mais à l’Algérie algérienne, donc première étape de sa nouvelle stratégie qui consiste à pousser la masse à manifester dans la capitale, dont l’impact aura un écho grandissant à travers toutes les autres régions de notre pays, au slogan de l’Algérie algérienne. Pour sa réussite, ce plan fut confié au cinquième bureau français soutenu par le Mouvement pour la coopération (MPC) qui identifie le Front de l’Algérie démocratique (FAD), branche messaliste (prévu comme futur négociateur), cette tendance fut créée par Cadi Belhadj Lamine après la faillite du messalisme comme courant politique avec l’aval du gouvernement français...
C’est ainsi que le 9 décembre 1960, à la suite d’une manifestation des ultramanipulés encouragés par le Service actions urbaines (SAU) du capitaine Bernard, des Européens provoquèrent des musulmans, à la hauteur du monoprix de Belcourt et du stade Bialèse ; une bagarre s’ensuivit et quelques heures après, une contre-manifestation submergea les ultras qui se barricadèrent chez eux. Dans cette même journée, l’effervescence se propagea vers d’autres quartiers, tels Ruisseau, Kouba, Clos Salembier et La Casbah d’Alger. Le lendemain 10 décembre, la manifestation prit de l’ampleur bien organisée et encadrée par les militants de la Wilaya III et ceux de la Wilaya IV, arborant l’emblème national, scandant « L’Algérie algérienne », « L’Algérie musulmane », « Vive le FLN, Abbas au pouvoir » allusion au président du GPRA, par un déferlement sans précédent. Bab El Oued, qui était le fief des pieds-noirs, fut envahi par une foule déployant des drapeaux vert et blanc frappés du croissant. Telle une traînée de poudre, les manifestations se propagèrent à travers tout le territoire national.
Le peuple algérien a démontré qu’il n’était pas dupe, déjouant le complot ourdi par le général de Gaulle, en criant son attachement au GPRA comme étant le seul interlocuteur valable. Le 11 décembre 1960, comprenant que ses plans étaient déjoués, l’armée tenta vainement d’arrêter l’étendue de la manifestation qui a dépassé l’objectif assigné en tirant sur la foule à bout portant ; il y a eu certes beaucoup de morts et de blessés, mais leurs sacrifices ont été le témoignage de leur attachement à la révolution pour la libération de notre pays. Ce poids considérable avait permis de mettre en relief le GPRA sur la scène internationale comme seul représentant du peuple algérien et toutes les propagandes de l’Algérie française prêchées par les diverses tendances ultras se sont effondrées et, après la motion de l’ONU en date du 20 décembre 1960, la représentativité du GPRA ne fut plus remise en question.
Malgré ce pas immense vers la victoire, la lutte fut encore longue, il y a eu encore deux années de résistance armée et beaucoup de sacrifices et la répression s’abattait sur notre peuple ; c’était une période cruciale, mais c’était aussi le dernier soubresaut de la République française en Algérie.
Par Allel Benebri, El Watan
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Hommage aux enfants algériens tombés au champ d'honneur, en ce jour de 1960, Allah yarhem echouhada. المجد والخلود لشهدائنا الأبرار
Des mains nus contre des troupes coloniales armées jusqu'aux dents.

http://www.planetenonviolence.org/La-revolte-des-enfants-algeriens-le-11-decembre-1960_a359.html
«Nicolas Sarkozy a eu raison de ne pas s'excuser ». « Les Algériens devraient s'excuser pour pas mal de choses». Dixit Enrico Macias.
Macias suit Sarko, ils étaient ensemble sur l'estrade de la victoire il y a sept mois.
Déclarations maladroites, malheureuses, intempestives, impétueuses. Ces deux phrases assassines ont ruiné et achevé le capital ou le reliquat de sympathie que conservait ce chanteur de chez nous. Le refus des excuses ne se justifie par une absence de culpabilité de la colonisation - et soutenir cela est en soi gravissime - mais par une culpabilité réciproque de ceux qui se sont vus agressés chez eux et subi les affres de la colonisation que la loi du 23 février essaie de redéfinir d'une façon impudique.
Coupables d'avoir résisté, d'avoir lutté pour la liberté et la dignité. La résistance est aussi coupable que l'agression sinon plus.En tout état de cause, les résistances épousent les couleurs des guerres qui leur font face. Une guerre propre - si ça existe - engendre une résistance propre et la sale guerre provoque une sale résistance guerre. Macias aurait été sans doute mieux inspiré d'appeler à un pardon réciproque, s'il en fut, et chanter entre l'Algérie et la France « le grand pardon » qu'il loua pour Juifs et Palestiniens.
Vision sectaire et discriminatoire d'appeler au pardon pour certains et le rejeter pour d'autres. Un artiste est universaliste avant tout. Macias souhaite pour les siens, les Juifs d'Israël, ce qu'il rejette aussi pour les siens, les Algériens, son pays de naissance car il soutient à qui veut l'entendre que l'Algérie est son pays, le pays où il a grandi, la terre de son enfance, où il a commencé ses plus belles chansons.
Entre son pays d'origine et son pays de naissance, Macias accorde un inégal traitement. Il n'a pas la grandeur d'âme des enfants adoptifs qui maintiennent un amour indéfectible pour leurs deux familles, celle du sang et celle de l'adoption.
Lamentable et puéril dérapage d'un chanteur admirable, mais coupable d'incursion maladroite sur le terrain de l'histoire et de la politique.
Le chanteur humaniste a vécu. Il y a lieu de disséquer la question du pardon version Sarkozy qui s'avère un Le Pen light. Un coupable peut reconnaître les faits mais contester leur caractère injuste et criminel et ainsi les justifie et refuse la repentance. Position qui, à y voir de plus près, pourrait s'avérer correcte.
Sarkozy reconnaît le caractère injuste de la colonisation, mais refuse de demander pardon, les excuses. Macias, chantre de son maître, pousse plus loin, reconnaît le bien-fondé du refus de demander pardon et avance que les Algériens aussi devraient s'excuser (de quoi et pourquoi ?). Le refus de demander des excuses ne s'explique que par le mépris des victimes, la non-reconnaissance de leur douleur, la dénégation de leur droit à la dignité.
La colonisation a été injuste mais je ne présente pas d'excuses, parce que l'injustice de la colonisation est normale. Les colonisés n'ont même pas droit à la reconnaissance de leur martyr.
Lorsqu'on ne s'excuse pas d'une injustice c'est qu'on la considère méritée. On devrait disserter sur cette position machiavélique pendant longtemps. Revenons à Macias : il y a peut-être lieu de s'interroger si Macias a saisi la portée des propos sarkoziens pour les soutenir de cette façon, nous nous posons la question parce que nous le savions ou nous le croyions (Macias) obstinément suave.
On ne peut prétendre aimer un pays et mépriser son peuple, lui refuser le réconfort d'un pardon et exiger qu'il s'excuse d'avoir défendu sa dignité. Vous aviez déclaré un jour que le Président Bouteflika vous a invité, mais que les fous vous ont barré la route. Vous venez de couper cette route que « les fous » avaient simplement « barrée ». Qui est plus fou que l'autre ? Vous aviez aussi déclaré que vous alliez revenir chez le peuple algérien directement, sans intermédiaire et voilà que vous mettez une barrière entre les deux.
Vous ne pouvez pas imaginer M. Macias l'accueil qui vous aurait été réservé, si vous étiez venu seul chanter Constantine à Constantine. On ne peut souhaiter revenir chez un peuple qui est le sien, et mépriser ses douleurs, ses valeurs et ses martyrs.
- Je me suis demandé plusieurs fois pourquoi le retour de Macias a toujours été si problématique ? Parce que Juif, parce que pied-noir ou parce que les deux?
Des pieds-noirs sont revenus et ont eu des retrouvailles émouvantes ! Benjamin Stora, Juif et pied-noir bien de chez nous, effectue des allées et venues entre la France et l'Algérie. Il est accueilli avec tous les honneurs dus à ses travaux.
Le retour de Macias dans sa ville natale sur invitation de Bouteflika ou accompagnant Sarkozy, a fait l'objet d'une instrumentalisation et d'une manipulation politiciennes. Ce voyage, que beaucoup d'Algériens vous ont souhaité, a été à la fois compromis et souillé par la politique; et vous avez malheureusement accompagné les manipulateurs en y ajoutant de la démesure. Pour revenir, vous n'aviez besoin ni de Bouteflika ni de Sarko. Il aurait suffi de demeurer un enfant de Constantine, l'enfant d'un pays déchiré par une guerre qu'il n'a pas choisie.
- Contrairement à vous, nous sommes capables de discernement éclairé et capables de nuances M. Macias. Pour nous, le peuple français comprend d'abord les porteurs de valises et l'OAS (et l'ordre est délibéré). L'armée française enregistre des grands noms, de Labollardière, Saint-Arnaud et d'autres inconnus, glorieux bidasses et appelés du contingent, honorables soldats qui ont dénoncé et quitté l'armée française pour l'honneur de la France, ainsi que d'autres malheureux chefs de guerre moins honorables parce que tortionnaires, assassins et lâches. Le respect des honneurs de la guerre, des femmes et des enfants, de l'homme désarmé fait la différence (lire sur ce point l'excellent livre de Florence Beaugé « Algérie une guerre sans gloire»).
Il m'est arrivé de m'interroger s'il était louable et opportun que Bigeard vienne se recueillir devant la tombe de Ben M'hidi et je me suis dit, pourquoi pas. La repentance est grande, il faut exorciser l'histoire. Avec l'évolution récente de la position officielle française, d'aucuns continueront peut-être à parler du pardon et lequel ? L'Algérie peut-elle pardonner lorsque la France refuse de s'excuser ?
Devant cette position française qui n'a pas d'excuses à présenter, l'Algérie n'a plus de pardon à accorder. On n'offre pas quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas ? Macias inverse les obligations de repentance, les Algériens s'excuseront auprès des Français, les Irakiens demanderont pardon aux Etats-Unis, les Palestiniens à Israël et les Juifs à Hitler. Vous mesurez peut-être l'ignominie que peut atteindre votre déclaration et vos malheureux propos. Nous sommes toujours capables de nuances et enclins au pardon ! A votre décharge, nous mettons vos propos intempestifs et maladroits sur le compte d'une réaction passionnelle et la frustration d'un voyage tant attendu. Pour Macias et Sarkozy. Les Algériens sont lucides, ils font la part des choses entre les paroles et les actes. Refuser des excuses aux Algériens en Algérie, et les présenter le lendemain aux harkis a un sens. Un respect inégal des tragédies. Nous sommes aussi capable de nuances, cette catégorie est divisée, les traîtres et les assassins, ceux qui ont fait des choix et ceux qui n'ont pas choisi, ceux qui ont rejoint les rangs de l'ennemi et délibérément tiré sur leurs frères et ceux passés à l'autre bord, coupables seulement d'un déficit en capacité de résistance et d'un manque de courage. A ces derniers, et à ces derniers seulement, le pardon est possible. Le discours démagogique de Sarkozy à l'auditorium de l'université Mentouri et le bain de foule, ne doivent pas faire illusion. On ne peut y voir que la capacité et la compétence des services, dans la fabrication des liesses et des présidents. L'histoire et la mémoire reconnaîtront les leurs.
Nasr-Eddine Lezzar
«Les seuls traités qui compteraient sont ceux qui se concluraient entre les arrière-pensées.» (Paul Valéry 1871-1945)
Et maintenant que va-t-il se passer? Après que le président français Nicolas Sarkozy ait confirmé en Algérie, devant son peuple et ses plus hautes autorités, son entêtement à confondre, sciemment, l’histoire et la politique, le sionisme et l’antisémitisme, le racisme et la xénophobie, l’argent et l’amitié...reste-t-il encore la possibilité aux jeunes générations des deux pays de bâtir un avenir heureux, tranquille, débarrassé des haines et calculs dont leurs aînés ne cessent de les abreuver? Il est vrai, M.Sarkozy, que les jeunes Français d’aujourd’hui ne sont pas responsables des crimes commis par leurs aïeuls colonisateurs. Comme les Allemands d’aujourd’hui ne sont pas responsables des crimes nazis de leurs grands-pères.
Ce qui, pourtant, n’a posé aucun problème pour l’Allemagne moderne d’aujourd’hui à faire acte de repentance, suivie d’ailleurs par la France et bien d’autres pays européens pour leur complicité dans les affres de la Shoah. Et c’est très bien ainsi, parce que c’est cela aussi le devoir de mémoire.
Pour que les hommes se rappellent combien ils peuvent être monstrueux envers leurs semblables lorsqu’ils oublient leur humanité. C’est pour dire que l’Algérie d’aujourd’hui n’a aucun grief ou un quelconque sentiment de revanche contre le peuple français d’aujourd’hui. Elle souhaite que soit rétablie la vérité sur les agressions et les violences que lui ont fait vivre la France et son armée coloniale d’autrefois. Comme toute victime face à son agresseur devant un tribunal, elle a droit de réparation. Ceci pour au moins une raison: pour que cesse la manipulation de cette histoire commune par les sorciers haineux des deux pays.
Je pense à ceux qui ont inventé, chez vous, cette absurdité qui va à l’encontre de l’entendement humain: la loi sur les bienfaits de la colonisation et sa glorification au moment où il était question d’un traité d’amitié entre les deux pays. Je pense à ceux qui, chez nous, dévoient l’Islam à des fins politiques et nourrissent un nationalisme dangereux et étroit au moment où les démocraties ouvrent les frontières entre leurs peuples.
En un mot, éviter l’affrontement des mémoires et l’exacerbation des nationalismes pervers. Aujourd’hui, en revendiquant la vérité historique sur la mission «civilisatrice» du colonialisme, le peuple algérien n’absout pas les pouvoirs politiques injustes qui se sont succédé depuis l’Indépen-dance à la tête du pays. La demande de pardon n’est pas une revendication politique ni une aliénation nationale. Elle est une nécessité pour la paix des coeurs et la voie vers un avenir lavé de tout soupçon. Convenez-en, M. le président, que votre accueil au palais de l’Elysée des représentants des organisations de pieds-noires et de harkis et l’hommage solennel que vous leur témoignâtes quelques heures après votre discours à Constantine, en Algérie, n’est pas une coïncidence du calendrier de vos activités. C’est ainsi que vous concevez l’avenir de paix entre les deux pays, en réveillant sur le chaud de l’actualité les braises qui couvent sous cette mémoire commune. Pour les Algériens, les harkis sont un problème franco-français, puisque ils avaient choisi la France coloniale au détriment de leur peuple prêt au sacrifice pour la liberté. Ils ne leur en veulent pas.
Ils veulent seulement leur dire qu’ils ne sont pas la cause de leur amertume, leurs regrets et leur ségrégation en France. Quant aux pieds-noirs, les algériens savent qu’un très grand nombre d’entre eux avaient et ont encore l’Algérie dans leur coeur. Ils font une différence entre les simples travailleurs, ouvriers, instituteurs, infirmiers, intellectuels intègres...qui vivaient avec eux et les spoliateurs de leurs terres, les capitalistes et autres esclavagistes qui les opprimaient et les méprisaient.
A ce titre, l’intervention sur la première télé publique française du chanteur Enrico Macias, à l’issue de cette cérémonie d’hommages aux harkis, n’était pas la mieux indiquée, du moins sur le fond, pour aider à l’apaisement entre les deux peuples. La majorité des Algériens qui lui voue une grande sympathie, ne comprennent pas pourquoi il entre dans ce jeu de surenchères politiciennes entre les extrémistes des deux pays.
Au contraire d’une idée répandue, les Algériens n’ont rien contre les juifs. Ils dénoncent pour des raisons évidentes le sionisme. Ils ne peuvent être antisémites puisque ils le sont eux-mêmes.
Les Algériens attendaient de votre visite des paroles et des gestes de respect et pas uniquement des contrats d’affaires. Précisément, lorsque vous avez substitué au projet du traité d’amitié, un traité d’amitié simplifié, vous avez exprimé toute votre conception de l’amitié.
Pour vous, elle peut être simple et basée sur l’intérêt financier. Pour les Algériens, l’amitié ne peut être qu’entière et libre de considérations financières. Peut-être que les Algériens sont des rêveurs en ces moments de mondialisation, diriez-vous.
Oui, ils veulent rêver pour en finir avec le cauchemar de leur nuit coloniale. «Je vous imagine, ici, en Ben Hur», vous disait votre ministre des A.E., Bernard Kouchner, devant les caméras de télévisions alors que vous contempliez les ruines de Tipaza, la cité romaine. Mais Tipaza est en ruine et Ben Hur est une légende.
Sarkozy, qui savait que les Algériens le guettaient sur la question de la présence coloniale, a cru s’en sortir en coupant la poire en deux. Devant les patrons algériens et français, il devait, au détour de son discours centré sur les affaires, lâcher du lest en reconnaissant, tout de même, que la colonisation n’est pas une promenade civilisationnelle. Le président français a, bien sûr, rappelé l’évidence historique qu’une occupation militaire était synonyme pour les occupés de marginalisation et d’exploitation. Bien qu’il ait employé les termes de profondément injuste et de crimes terribles, Sarkozy ne s’est pas trop appesanti sur la question pour tout de suite affirmer que les victimes étaient enregistrées dans les deux camps, mettant sur le même pied spoliés et colonisateurs ! Le président français a ses raisons pour ne pas aller au fond de l’histoire franco-algérienne, surtout qu’il doit juste après son séjour algérien recevoir à l’Élysée des nostalgiques de l’Algérie française, mais pour les Algériens ce micmac franco-français n’est pas leur tasse de thé. Ils exigent au moins des excuses à la place de la repentance qui paraît si lourde à assumer de l’autre côté de la Méditerranée. Le pont que Sarkozy n’a cessé d’évoquer entre son pays et l’Algérie ne saurait, de toutes les façons, se bâtir avec de tels a priori. Ou alors, et il faut que Sarkozy le dise ouvertement, la France devra se contenter de business et accepter de s’aligner comme les nombreux partenaires étrangers qui se bousculent au portillon maintenant que l’Algérie est assise sur un très confortable matelas financier et qu’elle projette de rattraper le temps perdu dans tous les domaines. En clair, si ce n’est que le registre des affaires, ça ne sera que les lois de l’offre et de la demande. C’est pourquoi Alger estime que son hôte ne s’est contenté que du smig sur un passé colonial qui a duré plus d’un siècle et qui a, et le mot n’est pas fort, complètement contrarié le cours de l’histoire de la société algérienne. On ne peut pas oublier que la colonisation de l’Algérie a été une véritable colonisation de peuplement avec tout ce que cela induit, y compris en exterminations et, au mieux, en déportations et bannissements. Les historiens français savent tout cela, eux qui ont pétitionné contre la nouvelle loi française faisant l’apologie des menées coloniales françaises. Il reste que même au niveau officiel, les propos tenus lundi soir par Sarkozy sur le passé colonial de la France en Algérie ne sont pas suffisants. D. B.


