Philippe Grenier (14 août 1865 - 25 mars 1944) est un médecin, homme politique français et premier député musulman de l'histoire de France.
Né à Pontarlier (Doubs), il est le fils d'Hippolyte Grenier, capitaine de cavalerie, membre de l'Etat major de Napoléon III ayant servi dans les chasseurs d'Afrique à Mostaganem (Algérie), et de Marie Thiébaud, fille de Charles Thiébaud, notaire de Pontarlier. Son père mourra le 4 juin 1871 alors que son fils Philippe n'a que six ans.
Effectuant ses études secondaires à Besançon, il obtient son baccalauréat et fréquente la faculté de médecine de Paris de 1883 à 1890 avant de s'installer à Pontarlier où il ouvre un cabinet. Cette année-là, il rend visite à son frère cadet à Blida en Algérie ce qui sera le début de sa révélation pour la culture musulmane de l'Empire colonial français.
Choqué par la manière dont la France maintient les Algériens musulmans dans la misère et des injustices sociales de l'époque coloniale, de retour en Métropole, il se met à étudier le Coran.
Quatre ans plus tard, en 1894, lorsqu'il effectue un second voyage en Algérie, il se rend à Blida où il se convertit à l'islam.
Suite à sa conversion, il se rend à La Mecque à 29 ans et adopte la tenue traditionnelle des musulmans algériens. Il se fait élire conseiller municipal de sa ville et s'intéresse aux questions d'hygiène publique et d'aide aux nécessiteux grâce à son statut de médecin.
C'est suite à la mort de l'ancien député de Pontarlier (Doubs) que le Dr Grenier décide de tenter sa chance. Menant une campagne électorale modeste, il devint la risée de la presse qui se moque de ses « exubérances vestimentaires ». Malgré cela, et grâce à un discours convaincant, son programme social ambitieux pour l'époque lui permettra de décrocher le sésame pour le parlement au deuxième tour avec 51 % des voix et après un coup de théâtre électoral, le 20 décembre 1896.
Ce jour-là, il devient le premier député musulman de l'histoire de France.
Premier député de confession islamique au parlement français élu du Doubs de 1896 à 1898, il devient la curiosité de la presse de l'époque, très mal renseignée sur les us et coutumes musulmanes.
La presse l'accusera tantôt de posséder un harem, tantôt de baiser le tapis de l'entrée de l'Assemblée nationale ou encore de se laver continuellement les pieds.
Devenant le « député des musulmans de France », il se rend souvent en Algérie pour le besoin d'enquêtes parlementaires. C'est suite à ses prises de position éthique et à son combat pour la respectabilité de l'islam française, que les électeurs de Pontarlier l’accuseront d'oublier d'où il venait et qui il représentait à l'assemblée.
Ses prises de position sur l'absinthe réclamant l'interdiction du breuvage finiront par l'évincer[1], en sachant que Pontarlier était considérée comme la capitale de l’absinthe. C'est en mai 1898 qu'il sera battu à l’élection et à nouveau en 1902.
Après ce double échec, il décidera de quitter la politique.
Il s'éteint à Pontarlier à l'âge de 79 ans, le 25 mars 1944. Quelques mois plus tard, comme un coup du destin, ce sera une unité de tirailleurs algériens qui libèrera Pontarlier des armées allemandes.
Depuis la fin de son mandat en 1898, aucun Français métropolitain musulman, n'a été élu au parlement français.
Un collège, une rue et la mosquée de Pontarlier portent son nom.
Un mur pour lutter contre les irradiations.
Plus d’un demi-siècle après l’explosion de la première bombe nucléaire française à Hamoudia (daïra de Reggane) le 13 février 1960, les autorités algériennes ont enfin réagi en installant une clôture qui délimite le périmètre de l’impact afin d’éviter aux habitants de la région la menace éventuelle d’une contamination, selon un communiqué établi par la Direction de l’environnement de la wilaya.
Quatre entreprises ont été sollicitées afin d’entreprendre les travaux appropriés pour une enveloppe financière de treize millions de dinars. Mais les habitants préconisent la mise en place d’une commission scientifique afin de mener des études approfondies et des analyses concernant les personnes et l’environnement. Les travaux consistent en la mise en place d’une clôture longue de 3 000 m afin d’empêcher les curieux et autres de s’approcher du lieu de l’impact qui demeure encore en activité, selon les experts qui l’ont visité. Il est à noter que cette terrible explosion a laissé d’énormes séquelles et les gens et la végétation en souffrent encore. La constitution d’une commission d’experts en nucléaire pourrait, grâce aux tests et analyses effectués sur l’ensemble des personnes touchées ainsi que la palmeraie sur une superficie de 50 km2, lever le voile sur cette terrible tragédie qui a secoué et ébranlé le monde en 1960. En attendant l’installation de cette clôture, des campagnes de sensibilisation sont menées tambour battant par l’APC de Reggane afin d’éviter toute contamination. Les habitants de la région insistent sur la programmation d’études épidémiologiques ainsi qu’une liste des différentes maladies liées directement ou indirectement à cette explosion. Leur demande est adressée aux autorités françaises et algériennes pour la création d’un pôle d’observation des différents sites ayant servi aux essais nucléaires comme ce fut le cas pour l’Angleterre et ses sites en Australie. D’ailleurs, un rapport est établi par le ministère de la Défense française en mars 2007 autour de ces explosions qui ont eu lieu dans le Sahara algérien entre 1960 et 1967. Ce même rapport, appuyé par d’autres émanant de l’Agence internationale de l’énergie en 1999 et en 2005, précise que l’activité nucléaire subsiste toujours au niveau de Hamoudia (Reggane) suite aux lancements menés sous le nom de code Gerboise blanche et Gerboise bleue. Une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et dont la grandeur d’un pays comme la France se trouve sérieusement entachée pour avoir fait fi des droits de l’homme et de la vie de centaines d’êtres humains. Et on ose parler de fraternité et d’égalité. C’est le comble de l’ironie ! Une affaire à suivre.
El-Hachemi S. (Le Soir d'Algérie)
L’ÉQUIPE DU FLN FÊTE SON CINQUANTENAIRE Une machine à gagner des matches de football Ils n'ont à aucun moment hésité à sacrifier leur carrière dorée de footballeurs professionnels pour répondre à l'appel lancé par le FLN le 15 mars 1958 dans une déclaration qui leur demandait officiellement de rejoindre la Tunisie là où se trouvait le GPRA. Une machine à gagner des matches de football Principaux matchs: L'équipe de football du FLN a disputé 62 matchs entre 1958 en 1962 pour 47 victoires, 11 nuls, 4 défaites, 246 buts marqués et 66 buts encaissés. Les coéquipiers de Rachid Mekhloufi ont livré des rencontres face à des sélections nationales en URSS (4 matchs), Yougoslavie (5 matchs), Tchécoslovaquie (4 matchs), Roumanie (4 matchs), Hongrie (4 matchs), Bulgarie (6 matchs), Chine (5 matchs), Vietnam (4 matchs), Maroc (7 matchs), Tunisie (4 matchs), Libye (2 matchs), Irak (6 matchs) et Jordanie (3 matchs). L'ouvrage “Les dribleurs de l'indépendance” présenté à la presse algérienne
Pour certains comme Mekhloufi, Zitouni, Maouche et Bentifour, qui étaient retenus dans la présélection de l'équipe de France pour la Coupe du Monde, le choix était vite fait car tous ces joueurs ainsi que les Rouaï, Oualiken, Bouchache, Kermali, Bouchouk et autre Brahimi vont comme un seul homme répondre a cet appel sacré pour s'engager dans le combat pour l'indépendance de l'Algérie.
Le départ de tous ces joueurs a fait l'effet d'une bombe puisque toute la presse française du 12 avril 1958 titrait en grosses manchettes sur le départ inopiné de tous ces joueurs d'origine algérienne tout en s'interrogeant car les Français de métropole n'étaient vraiment au fait de ce qui se passait en Algérie et surtout de l'adhésion de toute la population algérienne à la lutte pour l'indépendance. L'impact fut d'ailleurs immédiat et retentissant puisque la constitution de l'équipe du FLN a commencé à être murmurée même dans les couloirs de l'ONU concrétisant ainsi les objectifs visés par le FLN.
La formidable épopée commencera alors à Tunis sous la direction de Mohamed Boumezrag et Mohamed Allem alors que l'équipe était drivée par Mokhtar Arribi en tant qu'entraineur-joueur.
Malgré toutes les pressions des autorités françaises sur la FIFA pour interdire aux pays affiliés à cette instance de rencontrer cette équipe du FLN rien n'y fit puisque les Doudou, Bouchache, Kermali, Benfadah, Boubekeur et tous les autres membres de cette glorieuse formation allaient sillonner plusieurs pays d'Europe, d'Asie et du monde Arabe comme l'URSS, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, la Chine, le Nord Vietnam, la Jordanie, l'Irak, la Tunisie ou le Maroc. L'équipe du FLN y disputa des matchs qui ressemblaient à de véritables exhibitions qui enchantaient les foules qui se déplaçaient de plus en plus nombreuses à chaque passage de cette glorieuse qui gagnait en notoriété au fil du temps et à la grande satisfaction des responsables politiques qui avaient visé juste en confiant à ces footballeurs cette noble mission de représenter comme de dignes ambassadeurs la cause algérienne dans sa lutte pour l'indépendance nationale.
50 ans après, les héros de cette belle légende gardent des souvenirs indélébiles de ces quatre années passées ensemble comme le rappelle l'ancien joueur du Stade de Reims et celui qui a aussi été l'un des artisans de la qualification de l'Algérie en Coupe du Monde 82, Mohamed Maouche : « Notre force c'est qu'on était tous unis comme les doigts d'une main.
Vivre ensemble pendant quatre ans ce n'est pas toujours évident mais en même temps ça a crée des liens très forts car nous avions comme idéal de servir notre pays et nous n'étions plus seulement des footballeurs mais des ambassadeurs de l'Algérie en lutte pour l'indépendance. »
Et ainsi de 1958 à 1962 la formidable épopée des joueurs de l'équipe du FLN a été jalonnée de succès 47 victoires et onze nuls pour 62 matchs joués jusqu'à l'indépendance où la plupart se sont reconvertis au service de leur pays comme entraîneurs alors que les plus jeunes ont continué à briller de mille feux soit dans les grands clubs Algériens des années soixante soit en France ou ailleurs en Europe.
L'équipe du FLN a constitué également l'ossature de la première équipe nationale d'Algérie avant de fournir l'encadrement qui a offert au football algérien ses plus grandes consécrations par le biais des Soukhane, Mekhloufi, Maouche, Kermali, Zouba, Arribi et tous ceux qui ont mis leur expérience au service des clubs algériens.
L'équipe de football du FLN, créée le 12 avril 1958, était composée de 32 joueurs. L'initiateur de l'opération était Mohamed Boumezrag, le responsable politique Mohamed Allam et le garde-matériel Sellami Zamri.
Des 32 joueurs ayant effectué la tournée à travers de nombreux pays d'Europe, d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie entre 1958 et 1962, 18 sont en vie et 14 ont été rappelés à Dieu.
Joueurs décédés: Mokhtar Aribi (Lens), Ali Benfadah (Angers), Abdelaziz Bentifour (Monaco), Abderrahmane Boubekeur (Monaco), Cherif Bouchache (Le Havre), Hocine Bouchache (Le Havre), Abdelhamid Bouchouk (Toulouse), Hacène Bourtal (Béziers), Saïd Brahimi (Toulouse), Hacène Chabri (Monaco), Saïd Haddad (Toulouse), Abderrahmane Ibrir (Toulouse), Abdelkader Maazouza (Nîmes), Ahmed Oudjani (Lens), Mohamed Boumezrag (initiateur de l’opération).
Fiche technique de l'équipe de football du FLN:
Gardiens de but : Abderrhamane Boubekeur, Ali Doudou, Abderrahman Ibrir.
Défenseurs : Mustapha Zitouni, Kaddour Bekhloufi, Mohamed Soukhane, Chérif Bouchache, Smaïn Ibrir, Abdallah Settati.
Milieux : Mokhtar Aribi, Saïd Haddad, Ali Benfadah, , Mohamed Boumezrag, Hassen Bourtal, Amar Rouaï, Hassen Chabri. Attaquants : Abdelhamid Kermali, Abdelaziz Ben Tifour, Abdelhamid Bouchouk, Rachid Mekloufi, Saïd Brahimi, Mohamed Maouche, Ahmed Oudjani, Amokrane Oualiken, Abderrahmane Soukhane, Abdelkader Mazouz, Mohamed Bourricha, Abdelkrim Kerroum, Hocine Bouchache, Saïd Amara, Abdelhamid Zouba.
Equipe type: Abderrahmane Boubekeur, Dahmane Defnoun, Mustapha Zitouni, Mohamed Soukhane, Mokhtar Aribi, Amar Rouaï, Abdelhamid Kermali, Rachid Mekloufi, Saïd Brahimi, Abdelaziz Bentifour, Abdelhamid Bouchouk.
Principaux résultats: L'équipe FLN était redoutable sur les terrains. Là où elle passait, elle remportait ses matchs par des scores larges, notamment devant la Yougoslavie (6-1), la Hongrie (5-2), la Tchécoslovaquie (4 - 1), la Chine (4 - 0), la Tunisie (9 - 0), la Jordanie (11 - 0), l'Irak (11 - 0), Vietnam (11-0).
Elle a été battue par la Bulgarie (4-3), la Yougoslavie (2-0) ou la sélection russe de Rostow ( 2-1).
“Les dribleurs de l'indépendance'': l'ouvrage du journaliste sportif Michel Nait-Challal sur l'épopée de la glorieuse équipe FLN racontée par les 10 premiers joueurs de cette équipe, a été présenté hier, à Alger à la presse algérienne.
''L'idée d'écrire ce livre est fortuite, elle est née d'une vieille amitié avec Rachid Makhloufi. En 1958, la France vivait tranquille. Le départ de 10 joueurs algériens de réputation internationale à l'instar de Zitouni, Bentifour ou Makhloufi pour rejoindre l'équipe du FLN a constitué une bombe médiatique souhaitée par le FLN", a indiqué Naît Challal.
"Avec le départ des 10 premiers joueurs algériens pour Tunis, les Français prenaient alors conscience qu'il y avait une guerre qu'on leur avait caché en Algérie", a t-il ajouté.
Le journaliste du quotidien l'Equipe a expliqué que l'autre motif de l'écriture de ce livre "est l'ignorance de cette séquence de la guerre de libération nationale par les médias et l'opinion publique".
L'auteur raconte les péripéties de cette équipe à commencer par la grande évasion du territoire français.
"Les joueurs algériens ont vécu cela comme un sacrifice énorme pour une cause nationale. Ils ont quitté la gloire et la fortune pour rejoindre l'équipe FLN sans aucune pression ni menace", a-t-il affirmé.
Interrogé sur le choix de dix joueurs sur les 32 qui formaient l'équipe FLN, Nait-Challal a répondu: " J'ai voulu écrire un livre des 10 historiques. j'aurais du mal à le faire sur 32 joueurs. C'est un choix délibéré. C'était les 10 les plus glorieux de cette équipe FLN".
R. BENDALI ( El Moudjahid)
ENTRETIEN AVEC LE CINÉASTE RENÉ VAUTIER
«Je suis en train de réaliser un film sur les problèmes de censure, que j’ai pu rencontrer dans ma vie et de dénoncer les gens qui ont essayé d’empêcher de voir naître mes films...», nous a-t-il confié. 
Exister ensemble est le leitmotiv, le voeu pieux de cet homme de 80 ans, ce grand cinéaste de combat qu’est René Vautier qui compte dans son palmarès plus de 180 films. Son engagement pour l’Indépendance de l’Algérie lui vaudra d’être emprisonné en France, mais qu’importe. Aujourd’hui, on se souvient encore de Une nation, l’Algérie 1954, L’Algérie en flammes - 1958, Un peuple en marche, film qui fait un bilan de la guerre d’Algérie en retraçant l’histoire de l’ALN et qui montre l’effort populaire de reconstruction du pays, après l’Indépendance, en 1963, Avoir 20 ans dans les Aurès, avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard. Cet humaniste s’engagera aussi dans la lutte contre le racisme en France, l’apartheid en Afrique du Sud, l’extrême droite française et pour le combat en faveur des femmes, pour la Bretagne, sa région natale, etc. Que des causes justes dont ce papy de la Résistance doit être fier. Aujourd’hui, René Vautier n’aspire qu’à une chose, rassembler tout ce patrimoine cinématographique, éparpillé çà et là pour le restituer et le faire partager aux siens. Infatigable, l’homme prépare aussi un nouveau projet. Ecoutons le maître
L’Expression:On célèbre aujourd’hui l’événement grandiose qui rappelle les 68 films réalisés dans le cadre d’«Alger, capitale de la culture arabe 2007». Vous qui êtes l’un des pionniers à avoir contribué à la naissance du cinéma algérien de la Révolution de 1954, dites-nous un mot sur votre présence ici?
René vautier: J’ai été très content d’être invité, parce que ça me rappelle un tas de souvenirs. Je retrouve des amis dont j’ai assisté les premiers pas dans le cinéma. Je me sens dans la peau d’un vieil instituteur qui retrouve un peu les élèves qu’il a pu former et qui sont maintenant plus forts que lui...
Quelle évaluation faites-vous de cet événement?
Pour moi, c’est peut être l’amorce d’une renaissance parce qu’on a laissé, il faut le reconnaître, disparaître le cinéma algérien et avec des gens qui continuent à se battre pour le maintenir, j’espère que ces gens-là maintenant vont former des jeunes et que les propos de Mme la Ministre lorsqu’elle affirme qu’«on va se baser sur l’avenir, en poussant les jeunes», vont se réaliser. Je crois que c’est une action absolument nécessaire pour l’Algérie, pour le reflet, à la fois des efforts de l’Algérie, à l’intérieur aussi bien pour faire connaître ces efforts qu’à l’extérieur, en faisant connaître la vie des gens, non pas pour faire de la propagande, simplement, pour montrer qu’ils existent et qu’ils sont fiers d’exister ensemble. Je crois que c’est formidable cette perspective-là. Encore faut-il qu’elle se réalise. C’est bien qu’il y ait des gens qui plantent aujourd’hui pour qu’il y ait des arbres et des fleurs demain sur les écrans.
Justement, il y a un accord de coopération entre l’Algérie et la France. Dans quelle mesure, vous, en tant que grand cinéaste, pourriez-vous donner un coup de main à cette nouvelle génération?
Je crois que j’ai essayé plutôt de faire des films qui pouvaient être utiles. Certains ont été primés dans les festivals, l’endroit où je me sens le plus à l’aise pour regarder par-dessus mon épaule. Dans la religion, en Islam, on regarde l’ange par-dessus l’épaule droite et l’épaule gauche et là, quand je regarde devant moi, je suis content de voir l’avenir du cinéma algérien d’après ce que j’ai entendu dire. Ce qui prouve que ce qu’on a semé ici, moi Breton et les amis algériens auprès desquels je me suis retrouvé, montre les images de leur lutte, que ce soit au maquis, en Algérie ou que ce soit ensuite, au Centre de formation de Ben Aknoun ou quand ils m’ont demandé de revenir. Moi je faisais mon cinéma à moi, en Bretagne, mais cela me faisait toujours plaisir de revenir ici et j’espère que demain, effectivement, de part et d’autre de la Méditerranée, entre des gens qui ont la même optique de l’avenir, il y a encore des tas de choses à faire, en particulier des films.
Que fait en ce moment René Vautier?
René vautier a 80 ans. Il s’est remis, quand on lui annoncé qu’il allait avoir une opération difficile, due à un cancer de la gorge, à ce moment-là, il s’est dit: «bon sang, le Larousse du cinéma dit que j’ai fait 180 films. Comme ces films sont comme des coups de poing contre l’injustice et qu’ils sont un peu éparpillés, alors, je me suis dit qu’il faut encore que je prenne le temps maintenant de les retrouver et de les déposer dans une cinémathèque, la plus proche de chez moi en Bretagne». Il y a aussi des films qui sont ici en Algérie dont je suis fier pour y avoir contribué et je voudrais aussi qu’il y ait des exemplaires de ces films à la cinémathèque de Bretagne pour que les Bretons puissent voir un cinéma d’ailleurs. Je crois le fait d’avoir lutté et continuer à me battre en me disant «tu n’as pas fini ton temps, il faut essayer de retrouver ces films et remettre en ordre ce que tu as fait», ça m’a permis de vaincre le cancer.
Maintenant, il y a d’autres problèmes qui se posent dans ma tête. Là aussi, j’essaie chez moi en faisant un film qui permet de dénoncer les adversaires de l’utilisation du cinéma dans un but de fraternité. A tous ceux qui se sont battus contre ça, je veux maintenant, non pas méchamment montrer qu’ils se sont trompés, mais je pense, aujourd’hui, que cela va me permettre de travailler pour sauver les idées qu’il faut aujourd’hui consolider. Et puis montrer aussi à quel point, hier, on a pu faire des choses ensemble et que sur ce chemin-là peut-être qu’il faut continuer au moment où côté français, on est en train de se replier sur une Europe et de laisser tomber les gens des pays qu’on a contribué à appauvrir pendant longtemps par le colonialisme. Maintenant, il y a des choses à faire, ensemble, entre gens de bonne volonté.
Vous avez donc un projet de film...
Oui, je suis en train de réaliser un film sur les problèmes de censure que j’ai pu rencontrer dans ma vie. Tous les combats qu’on a menés en France contre la censure, nous ont permis de gagner des points contre l’imbécilité, contre la haine et pour la compréhension entre les gens et entre les peuples. J’essaie de le montrer pour que cela ne soit pas perdu. Je suis venu en Algérie parce qu’il y a des éléments des choses que j’ai tournées et que j’aimerais intégrer à la cinémathèque de Bretagne en y apportant une copie. C’est un complément que je ne renie pas du tout, au contraire. Je voudrais non pas construire un monument mais essayer de boucher les trous d’une vie en montrant aussi les images que j’ai tournées ailleurs qu’en Bretagne. L’endroit où peut-être j’ai l’impression d’avoir été utile sur le plan de la compréhension, en voyant le résultat et les amis. Ce sont des amitiés qui sont nées dan un travail en commun. J’essaie de garder les images qu’on a pu tourner ensemble.
Aussi, dénoncer les gens qui se sont opposés à ces images. Voilà, j’ai 80 ans. Il me reste encore quelques années pour regrouper tout ça et j’essaie de le faire. J’ai fait des films qui m’ont fait condamner en France, parce que c’étaient des films anticolonialistes, au moment où le pouvoir français était un pouvoir colonial. J’ai fait des films pour dénoncer cette oppression coloniale, aussi des films sur le monde du travail, des films contre les guerres, des films aux côtés des Palestiniens, aux côtés des travailleurs immigrés. Aujourd’hui, j’essaie de regrouper tous ces morceaux parce que c’est toujours difficile de conserver ce genre de films de combat. J’essaie de dénoncer aussi, en regroupant ces films-là, les gens qui ont essayé de les empêcher de naître. Voilà, une bonne fin de vie, honorable, je crois.
Propos Recueillis par O. HIND (l'Expression)
19 mars 1962 : la capitulation du colonialisme.
L’Algérie fête aujourd’hui le 46e anniversaire de la victoire et de la proclamation du cessez-le-feu. Une victoire arrachée au prix fort d’un million et demi de martyrs rien que pour les 7 ans et demi que durera la guerre de libération nationale.
Le 19 mars 1962 à midi, le cessez-le-feu a pris donc officiellement effet, mettant fin à toutes les opérations militaires et, du coup, à une guerre meurtrière, à des sacrifices sans fin et à une colonisation qui aura duré 132 ans.
La veille, à Evian, le gouvernement français avait été contraint de céder au Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) ses pouvoirs sur l’Algérie, y compris le Sahara.
Les accords ont été signés par le ministre français Louis Joxe, d’un côté, et le vice-président du GPRA, Krim Belkacem, de l’autre.
L’indépendance de l’Algérie marquait, du coup, la dernière étape de la liquidation de l’empire colonial français. En moins de dix ans, de 1954 à 1962, la France a dû se séparer de l’Indochine, de l’Afrique noire et de l’Afrique du Nord. Au-delà des qualifications juridiques que les Français se sont ingéniés à trouver pour masquer leur camouflet politique, les neufs négociateurs algériens, à savoir Krim Belkacem, Saad Dahlab, Ahmed Boumendjel, Ahmed Francis, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Redha Malek, Kaïd Ahmed dit le «commandant Slimane» et le commandant Mendjli, ont forcé leurs homologues français à reconnaître les réels enjeux politiques des négociations d’Evian. Ceux de la reconnaissance internationale d’un État et de la reconnaissance des exactions commises par un État sur un autre.
A ce titre, le terme de guerre d’Algérie ne fut reconnu que très tardivement en France.
Il s’agit de M. Jacques Chirac, qui, au cours de son premier mandat en juin 1999, a finalement employé ce terme, entraînant ainsi une véritable levée de boucliers chez les nostalgiques de l’«Algérie française». Cependant, si la France a reconnu la guerre, elle ne reconnaît que les actes individuels commis par les militaires. Le caractère organisé de la répression des Algériens, notamment la torture par les militaires au nom de l’État français, n’a, lui, jamais été reconnu à ce jour. Pis, les Français ont adopté en 2005 une loi glorifiant le rôle «civilisateur» de la colonisation française. La vieille baliverne de la mission civilisatrice invoquée pour justifier l’entreprise coloniale ressurgit sous les avatars d’une loi. Aujourd’hui, la France revisite son passé colonial et, déroulant les rouleaux de sa mémoire, elle n’en ramène que le fagot de bois qui lui plaît.
C’est dire que les nostalgiques de la colonisation ont remué le couteau dans une plaie qui ne s’est pas encore refermée. Aussi, l’Algérie, libre et indépendante, s’est-elle élevée contre cette tentative de réécriture tronquée et fallacieuse de l’Histoire. Cette nouvelle façon de se tailler une Histoire sur mesure est à la mesure de la France des droits de l’Homme. L’Algérie, qui n’a jamais revendiqué une indemnisation matérielle, réclame aujourd’hui une repentance de ses bourreaux. Une reconnaissance de l’atrocité des crimes coloniaux et du pillage des richesses, du ravage des cultures, de la ruine des magnificences artistiques, de la décérébration des élites, de l’institution du code de l’indigénat et de l’infériorité des indigènes, de l’humiliation et des massacres des populations, de la torture et des travaux forcés, de la dépersonnalisation de la société et de l’aliénation du peuple algérien. De la colonisation à la civilisation, dira Aimé Césaire, la distance est infinie.
G. H. (La Tribune)


