1 2 3 4 5 6 7 8 9 10    
Mardi 13 Mai 2008

Le docteur Ahmed Taleb-Ibrahimi qui côtoya longuement le président défunt, Houari Boumediene, témoigne dans le second tome de ses mémoires sur des faits peu connus du public qui participèrent à l’écriture de l’histoire récente de l’Algérie. Nous donnons ci-dessous, quelques bonnes feuilles qui, sans doute, expliquent quelques aspects demeurés obscurs de la politique de Boumediene et, singulièrement, sur le mystère qui entoura sa maladie. Voici quelques extraits ayant trait aux relations du Dr Taleb-Ibrahimi avec Boumediene, le séjour de celui-ci à Moscou et à Rabat (Sommet de l’OUA), enfin le récit sur les premières manifestations de la maladie qui emporta le président Boumediene.

 Au cours de mes premiers pas de ministre, mes relations avec le Président sont espacées et revêtent un caractère professionnel. Accaparé par mes nouvelles responsabilités, je n’ai plus de vie sociale et n’appartiens à aucun clan. Je ne demande audience au Président que si l’affaire est impérative: un différend m’opposant à un collègue et qui requiert son arbitrage, une mission à l’étranger qui appelle ses directives, un besoin en locaux appartenant à d’autres ministères (notamment la Défense nationale) et inutilisés, pour les transformer en établissements scolaires. Je dois dire qu’il me reçoit avec diligence, que la quasi-totalité des demandes au profit de l’Education nationale est satisfaite et qu’il ne cesse d’aiguillonner la politique d’arabisation.
A chaque audience, je pose le problème de la libération de Hocine Aït Ahmed et Mohamed Benahmed, dit Moussa, qu’il m’avait pourtant promise au lendemain du 19 juin 1965. Mon insistance semble l’agacer. C’est pourquoi, de guerre lasse, je renonce à l’évoquer tout en continuant de recevoir la famille d’Aït Ahmed et régler les problèmes de scolarité ou de santé qui se posent à elle. Son neveu Chafik est l’une des rares personnes à qui mon bureau est ouvert chaque fois qu’il désire me voir. On me conseille de faire intervenir le premier cercle des intimes de Boumediene qui, semble-t-il, est seul capable de l’influencer. C’est pourquoi je me rends auprès de Kaïd, Medeghri, Chérif Belkacem et Bouteflika pour poser le problème. Curieusement, j’obtiens la même réponse auprès de mes quatre interlocuteurs.
«Pour Moussa, il m’est plus facile d’intervenir car je le connais et il a travaillé avec nous, mais pour Aït Ahmed, il vaut mieux voir avec le Président lui-même.» Effectivement, seul Benahmed sera libéré. Au cours de l’entretien avec Bouteflika, je me fais accompagner par Ait Chaalal qui approuve mes démarches. Au moment de nous quitter, j’exprime au ministre des Affaires étrangères mon souhait de voir notre ami commun servir dans la diplomatie. Quelques jours plus tard, il est nommé ambassadeur à Rome. Quant à Aït Ahmed(1), il demeure incarcéré et lorsqu’il s’évade, le 30 avril 1966, Boumediene me dit: «J’aurais dû t’écouter.» Je ne formule aucun commentaire.
Autre sujet de mésentente: la torture. Au printemps 1966, je reçois mon ami Claude Roy, écrivain français qui, à deux reprises, a pris ma défense dans les colonnes du journal Le Monde: lors de ma maladie dans les prisons françaises en 1961 et lors de mon incarcération par Ben Bella en 1964. Il m’annonce qu’il est venu à Alger pour protester contre l’utilisation de la torture par les autorités algériennes dont je suis partie prenante.
Je lui exprime mon étonnement et mes doutes. Il me remet alors un dossier sur la question. Armé de ce dossier, je demande à voir Boumediene pour lui dire pour la énième fois l’horreur que m’inspire la torture. «Si bavure il y a, me dit-il, elle est du ressort d’agents subalternes car j’ai signé personnellement une directive destinée aux services de sécurité interdisant l’emploi de la torture». Et il me montre cette directive interne dont j’entends parler pour la première fois. Je lui fais remarquer que cela ne suffit pas -et qu’il faudrait, si les informations de Claude Roy s’avéraient exactes, sanctionner les coupables de sévices. Il me promet que cela se fera. Je le quitte relativement rasséréné. Mais le soir, chez moi, je me livre à une profonde réflexion sur les intellectuels et le pouvoir. Je me remémore la figure du sultan Abdulhamid qui a voulu utiliser Djameleddine El-Afghani de même que la figure de Catherine II, impératrice de Russie, despote intelligente et cruelle, qui a réussi à utiliser les philosophes français (Voltaire, Diderot notamment) comme relais d’opinion. Je me demande si, comme eux, toutes proportions gardées, je ne suis pas pris au piège des promesses et des illusions. Est-ce là le lot des intellectuels?
Je ne cesse de répéter à Boumediene que tout ce que réalise le pouvoir en faveur du relèvement du niveau matériel et intellectuel du peuple sera effacé par la moindre atteinte aux droits de l’homme, par un seul acte de torture. Comment le citoyen algérien peut-il être tranquille s’il sent que son honneur, sa dignité et sa vie sont à tout instant à la merci des services de sécurité? Je m’appuie sur un verset coranique qui m’a toujours interpellé: «Puissent-ils adorer le Seigneur de ce temple Qui veille à leur nourriture, les mettant à l’abri de la faim, et assure leur sécurité, les délivrant de la crainte» (CVI, Set 4). Si pour adorer Dieu, Celui-ci doit nous garantir le bien-être et la sécurité, a fortiori pour adhérer à un régime politique, ce dernier doit nous préserver de la faim et de la peur.
L’essentiel est de rester lucide, d’agir selon ses convictions et de ne jamais perdre l’estime de soi-même: lorsque Aragon chante les louanges de Staline, il n’est plus Aragon.
On peut dire aujourd’hui que Boumediene a passé les trois premières années à consolider son pouvoir en luttant sur plusieurs fronts:
-sur le front intérieur, en gérant au mieux les contradictions au sein du Conseil de la Révolution. Il rencontrera des difficultés parmi ses compagnons qui lui reprochent ou l’absence de concertation ou d’être prisonnier du groupe d’Oujda (Kaïd, Medeghri, Bouteflika, Chérif Belkacem). C’est ainsi que l’on assiste à la défection de Ali Mendjli, Boumaza, Mahsas puis à la tentative de coup d’Etat dirigée par le colonel Zbiri, soutenu par le colonel Youcef Khatib puis à la tentative d’assassinat du Président Boumediene. Celui-ci aura, par ailleurs, à affronter ses adversaires politiques qui ont condamné l’action du 19 juin, à l’intérieur de l’Algérie (regroupement de la gauche dans une organisation clandestine, l’Organisation de la Résistance populaire) et à l’extérieur (le parti de la Révolution socialiste de Boudiaf, l’Organisation Clandestine de la Révolution algérienne de Lebjaoui et à partir de 1968, le Mouvement pour la Défense de la Révolution Algérienne de Krim Belkacem).
-à l’étranger, le timing choisi pour le renversement de Ben Bella desservait le nouveau régime puisqu’il se situait à la veille de la tenue à Alger d’un événement important pour le Tiers-monde, la seconde Conférence afro-asiatique après Bandung: réprobation à Moscou, perplexité au Caire, condamnation par les pays progressistes africains, silence pesant à Pékin. Les différents courants de la gauche arabe y voient «un virage à droite», l’Arabie Saoudite une action communiste, tandis que le Parti communiste français la qualifiait de «fasciste» et se lançait dans une campagne tous azimuts pour isoler l’Algérie(2)
Plus tard, Boumediene me confiera qu’il s’est parfois senti mortifié par l’accueil de ses pairs lorsqu’il a assisté, en tant que chef d’Etat, à des réunions africaines.
Il a fallu attendre la guerre des Six-Jours de juin 1967 pour voir Boumediene remonter la pente quand, traduisant les sentiments du peuple algérien, il déclara la guerre à Israël, se rangea aux côtés de l’Egypte, de la Syrie et de la Jordanie en leur fournissant hommes, armement et toute forme d’aide, rompit ses relations diplomatiques avec les USA et interdit l’exportation de pétrole à destination de ce pays et de la Grande-Bretagne en raison de leur soutien à l’agression israélienne.

Les voyages de Boumediene
La première visite officielle du Président est réservée à l’Union soviétique et elle se déroule du 14 au 17 décembre 1965. Ce choix est certainement dicté par la volonté de démentir cette idée répandue alors, à savoir que le changement du 19 juin 1965 a pour objectif principal l’abandon de la voie socialiste initiée par le Président Ben Bella, le seul haut responsable algérien à avoir reçu les plus hautes distinctions soviétiques: «Ordre de Lénine» et «Héros de l’URSS».
L’accueil à l’aéroport est plutôt froid, ce qui indispose Boumediene. Et lorsqu’il prendra connaissance du programme officiel de la visite, son exaspération est à son comble. En effet, la réception au Kremlin - consécration suprême de toute visite de Chef d’Etat ami - n’y figure pas, elle est remplacée par un meeting dans une usine. Boumediene décide d’écourter sa visite et de prendre le chemin du retour dès la fin des entretiens officiels fixés au lendemain matin.
Ceux-ci ont lieu au Kremlin. Podgorny, Président du présidium du soviet suprême, les ouvre en donnant la parole à Kossyguine, Chef du Gouvernement. Celui-ci se lance dans un long développement sur la politique intérieure et extérieure de l’URSS, sans s’attarder sur les relations bilatérales qui «sont bonnes mais méritent d’être. clarifiées» (allusion au 19 juin). Sur ce point, Boumediene l’interrompt en ces termes: «Je demande au camarade Kossyguine de parler sans mettre les formes, car nous sommes venus pour dissiper tout malentendu.»
(...) S’agissant de la politique extérieure, Kossyguine brosse un tableau détaillé des conflits régionaux et des interférences étrangères, tout en mettant l’accent sur le rôle négatif de la Chine populaire, son rival idéologique, «ce qui sert, dit-il, les intérêts de l’impérialisme.» Il invite l’Algérie à «consolider le camp socialiste» en coopérant davantage avec les pays socialistes à travers le monde.
Kossyguine donne ensuite la parole à Boumediene: «Nous sommes au mois de décembre, c’est l’heure des bilans, je vous écoute». Boumediene improvise alors un exposé remarquable, en arabe, sur «l’Algérie qui a combattu vaillamment le colonialisme et qui oeuvre patiemment pour reconquérir son indépendance, sa dignité et sa souveraineté en comptant uniquement sur ses ressources matérielles et humaines et en restant fidèle à ses valeurs traditionnelles, notamment au principe de justice sociale qui fait de nous les défenseurs acharnés d’une distribution équitable du revenu national au bénéfice de tous les Algériens». Il évoque dans le détail nos efforts pour bâtir une société socialiste, et nos projets dans tous les domaines: éducation, santé, communication, industrialisation, réforme agraire, etc. Il brosse un brillant tableau de l’Algérie telle qu’elle est (l’ampleur de la tâche et la modicité des moyens, notre indigence en cadres et la force de notre foi) et telle qu’il la rêve.
Cet exposé qui nous a permis de découvrir le Boumediene des grands jours, impressionne nos interlocuteurs. Kossyguine conclut les entretiens en ces termes: «Ce qui nous réjouit, c’est votre engagement de rester dans la voie socialiste. Vous avez des ressources naturelles et des cadres révolutionnaires pour bâtir un Etat socialiste sans chômage et avec un revenu élevé par tête d’habitant.» Et pour dire que les malentendus sont dissipés, il fait le parallèle des relations entre les peuples d’une part, et les relations entre compagnons d’armes «qui sont différentes» d’autre part. Les intérêts des Etats d’abord. La spécificité du socialisme algérien est reconnue, tel que Boumediene l’a développé devant ses hôtes (...)

Boumediene et le traité d’Ifrane
Le IXe sommet de l’OUA se tient à Rabat du 12 au 15 juin 1972.
L’ouverture a lieu à l’hôtel Hilton de Rabat. Les chefs d’Etat sont logés dans des villas appartenant aux dignitaires marocains (Boumediene est à la villa de Driss Slaoui) tandis que le reste des délégations est au Hilton. Les travaux du sommet se déroulent dans le Palais d’hôtes de Rabat. Dans son discours inaugural, Hassan II rend hommage au rôle du Président algérien dans la réconciliation Guinée-Sénégal et à sa décision de retirer à l’OUA l’examen du dossier relatif au différend frontalier algéro-marocain. Le 13 juin, les 40 pays représentés au sommet adoptent à l’unanimité une résolution demandant que le prochain sommet des pays non-alignés se tienne à Alger. Le 14, c’est l’élection du nouveau secrétaire général de l’OUA.
Toute la nuit du 14 au 15, Mouloud Kassim et moi-même nous la passons à ciseler le discours que doit prononcer Boumediene le lendemain à la séance de clôture qui voit la signature des conventions historiques réglant définitivement le différend algéro-marocain de 1963. La cérémonie a lieu en présence de membres du Conseil de la Révolution et du Gouvernement qui nous ont rejoints le jour-même. Heureux aboutissement, qui réjouit les peuples algérien et marocain, à la suite d’un long processus engagé à Ifrane et poursuivi à Tlemcen. Nous n’avons pas le droit de distraire nos forces dans de faux problèmes, artificiellement créés par l’ennemi. Au contraire, nous devons consacrer toutes nos énergies pour gagner la bataille du développement économique et social.

La maladie et la mort du Président: Mission à Moscou
Cet événement représente à l’évidence un pas vers la construction du Grand Maghreb. La joie qui se lit sur les visages nous renforce dans la conviction qu’une page est tournée et qu’une étape vient d’être franchie dans cette voie.
Le 20 septembre 1978, à 11 heures, tous les membres du Conseil de la Révolution et du Gouvernement se retrouvent au Palais du peuple, puis se rendent à l’aéroport pour saluer à la fois le Président cubain Fidel Castro et sa délégation qui quittent Alger après un séjour de 24 heures, et le Président Boumediene qui s’envole pour Damas où doit se tenir le 3e sommet des pays arabes, membres du «Front de la fermeté».
La délégation qui l’accompagne se compose de Bouteflika, ministre des Affaires étrangères, de Yahiaoui, responsable exécutif, chargé de l’appareil du Parti, et de moi-même, en qualité de ministre conseiller du Président. Au cours du vol, nous sommes tous les trois intrigués par l’attitude de Boumediene, d’habitude si détendu lors de ses déplacements, et qui, aujourd’hui, se montre taciturne, voire un peu triste. Il n’a pas son cigare habituel et boit sans cesse de l’eau minérale. Par ailleurs, ce n’est pas son médecin habituel qui l’accompagne, mais un urologue en la personne du professeur Abdelhaq Oucherif. Personne n’ose l’approcher, mais je finis par l’interroger sur son état de santé. Il me répond qu’il a une fièvre tenace qui l’empêche de dormir et que son médecin lui a recommandé de ne pas fumer.
Nous arrivons à Damas à 17 heures. Le Président Hafedh Assad est là. Après le cérémonial, nous nous rendons directement à notre réunion, où, après la séance d’ouverture, les travaux vont durer jusqu’à 2 heures du matin. Là aussi, nous remarquons que quelque chose «cloche» chez le Président. Lui, habituellement si patient, si courtois, se montre maintenant irritable et cassant. Le lendemain a lieu la seconde séance, à 10 heures, et Boumediene n’a toujours pas la forme. II nous charge, Yahiaoui et moi, de convaincre George Habache et Nayef Hawatmeh d’arrondir les angles avec Yasser Arafat qui vient de s’envoler pour Amman, en compagnie du Président libyen Kaddafi. Le vendredi 22 septembre, Boumediene réunit toutes les factions palestiniennes, dans une ultime tentative de faire taire leurs divergences. Après la séance de clôture qui se tient le samedi 23 septembre à 22 heures, notre hôte, le Président Hafedh Assad, insiste pour que Boumediene passe la nuit à Damas, avant de s’envoler le lendemain pour Alger. Mais à la surprise générale, celui-ci s’obstine à vouloir partir sur-le-champ, prétextant qu’il ne peut ajourner le conseil des ministres du dimanche.
(...) Le dimanche 24 septembre, nous débarquons à Alger, à 4 heures du matin. Nouvelle surprise, nous l’entendons demander à Allahoum, Secrétaire général de la Présidence de faire annuler le conseil des ministres prévu ce jour. Je me repose chez moi, lorsqu’à 15 heures, Allahoum me téléphone pour m’annoncer que le Président souhaite me voir. A la Présidence, je retrouve Bouteflika, et nous sommes introduits dès notre arrivée, auprès de Boumediene. A notre grande stupéfaction, il prononce les phrases suivantes, ponctuées de longs silences -Je ne vous ai pas appelés en tant que ministres, mais en tant que frères...-Je, vous ai appelés pour une question personnelle...-Il. s’agit d’un problème de santé... -Un problème grave...
Je m’empresse de lui demander s’il s’agit d’un problème cardiaque. Après un moment, il finit par nous expliquer que c’est l’appareil urinaire qui est affecté. Il a fait une hématurie le 12 septembre dernier et les radiographies ont révélé une tumeur maligne de la vessie. Puis il nous quitte, feignant d’aller aux toilettes. Au bout de quelques minutes, il revient pour s’enquérir du résultat de nos réflexions. Je prends la parole pour souligner qu’il est difficile d’établir un diagnostic définitif sur la base d’une radiographie, aussi précise soit-elle. Il répond que le professeur Oucherif a montré les radios à son patron parisien, le professeur Couvelaire, (en prétendant qu’il s’agissait de son père) qui a confirmé le diagnostic. Il a ajouté: «Pour assurer la discrétion nécessaire sur mon état de santé, mieux vaut envisager un traitement à l’étranger. Mais vous risquez de me ramener dans un cercueil. Faites-moi vos propositions en excluant au préalable la France, pour de multiples raisons.»
Nous évoquons d’abord les USA où la médecine a réalisé les plus grands progrès. Il écarte cette hypothèse car, dit-il, «le secret n’est pas assuré, sans compter le danger que représente la CIA: nous serions dans la gueule du loup»...Alors Bouteflika et moi avançons des pays européens comme l’Allemagne, la Suisse, la Suède, l’Autriche, etc. Mais à chaque fois il fait la moue. II reste l’URSS, dit Abdelaziz. Sur le visage de Boumediene, se lit une sorte de satisfaction et je comprends alors que sa décision était prise, mais qu’il voulait nous y amener, nous aussi, insensiblement. Il me demande de me préparer à quitter rapidement Alger pour Moscou, afin de rencontrer Kossyguine, chef du gouvernement soviétique, et préparer avec lui les conditions de son hospitalisation. Bouteflika déclare: «Le choix de Si Ahmed pour cette mission est d’autant plus judicieux qu’il est médecin». Et Boumediene de répliquer: «J’ai déjà dit que je vous ai appelés en tant que frères.» Nous prenons congé du Président et restons ensemble Bouteflika et moi un long moment, sur le seuil de la Présidence, abasourdis, incapables d’échanger des paroles ou des impressions sur ce que nous venons de vivre.
Le 26 septembre, Boumediene demande à me voir, mais cette fois chez lui, à Zéralda. Je le trouve physiquement fatigué et moralement affaibli; il se plaint toujours de fièvre, d’inappétence, de diarrhées. Son épouse, très éprouvée, est près de lui. J’essaye la psychothérapie pour lui apporter un peu de réconfort. Il me donne ses dernières instructions avant mon départ pour Moscou et me demande également de voir le professeur Oucherif que je rencontre le lendemain, à la Présidence. Nous avons une discussion médicale au cours de laquelle j’évoque la possibilité d’une bilharziose, en raison d’un long séjour au Caire, car elle est susceptible de donner une image radiologique évocatrice d’un cancer de la vessie. Le professeur Oucherif, fort de l’avis de ses professeurs, s’en tient au diagnostic initial.
Le 27 septembre, Bouteflika m’accompagne à l’aéroport où, à 13heures, je prends l’avion d’Aéroflot pour Moscou, via Budapest. Je suis accueilli par Chvedov, directeur des affaires africaines au ministère soviétique des Affaires étrangères, qui me conduit dans une villa d’hôte, la n°l1, sur le mont Lénine. Tout au long du trajet, Chvedov veut connaître les sujets que je souhaiterais aborder avec le Président Kossyguine. Le lendemain, à 14 heures, Kossyguine, accompagné de plusieurs collaborateurs, me rejoint à la villa n°11 pour une séance de travail. Je demande une rencontre en tête-à-tête au cours de laquelle je lui expose, en la forme, les véritables raisons de mon déplacement: le Gouvernement de l’URSS est-il prêt à prendre, dans la discrétion la plus absolue, la responsabilité d’assurer des soins appropriés au Président Boumediene qui, selon les radiographies que je lui remets, serait atteint d’une tumeur de la vessie?
Tout en exprimant les sentiments d’affection et d’estime qui le lient au Président Boumediene, Kossyguine dit qu’il ne peut me répondre sur-le-champ et me fixe un rendez-vous pour 15 heures. En fait, il est de retour à midi trente et m’annonce qu’il a informé le camarade Brejnev de la situation. Ce dernier, en présence du ministre de la Santé, a réuni une commission d’académiciens qui se déclarent prêts à assurer la mission qui leur est demandée, ajoutant que des centaines de cas similaires ont déjà été traités par eux.
Je téléphone à Allahoum, selon un code convenu entre nous, pour l’informer du résultat de ma démarche, et le 29 septembre à 16 heures, Boumediene arrive par un courrier spécial, accompagné de son épouse, de Bouteflika, du directeur du protocole Mouloud Hamrouche, du responsable de sa sûreté personnelle, Abdelmalek Kerkeb et du professeur Oucherif. Pour l’accueillir, nous sommes trois: Kossyguine, Chvedov et moi. (...) Du 30 septembre au 5 octobre, tous deux résidons ensemble à la villa n°11 que nous ne quittons -discrétion oblige- que pour nos visites quotidiennes à Boumediene. Les médecins sont très stricts quant à la durée de nos visites, mais le Président réagit, arguant que celles-ci font partie de sa thérapie.
Au fil des jours, nous le voyons de plus en plus reposé et détendu. Le 2 octobre, Chvedov nous rend visite, pour nous apprendre «une bonne nouvelle», dit-il. Les médecins s’orientent de plus en plus vers l’élimination du diagnostic relatif à la présence d’une tumeur maligne. Reste la fièvre dont ils essaient de détecter l’étiologie. Lors de cette visite, notre hôte m’offre un Coran et le «Sahih de Boukhari», tous deux imprimés en URSS.
(...) Le 3 octobre, nous l’informons de l’arrivée d’un message que, précisément, le souverain marocain vient de lui envoyer, accusant l’Algérie d’escalade militaire au Sahara occidental. Il nous demande de préparer une réponse, à la lumière de ses directives, à laquelle nous nous consacrons toute la journée et la soirée du 4 octobre et qui sera publiée à la «une» de nos quotidiens du 5 octobre, sous le titre: «Jamais aucun soldat algérien n’a franchi les frontières nationales, celles que nous avons scellées ensemble en 1972» avec cette profession de foi: «Le moment est de dire avec la plus grande solennité qu’il n’y a aucun contentieux bilatéral entre l’Algérie et le Maroc. Nos peuples doivent le savoir et le monde aussi. Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile de choisir entre une politique d’intérêts et une politique de principes. L’Algérie, quant à elle, a choisi, souvent au détriment de ses intérêts propres, une politique de principes sans laquelle le peuple algérien ne serait ce qu’il est et ce qu’il doit être». Le 5 octobre, nous lui faisons une visite d’adieu. Il ne cache pas sa tristesse de nous voir quitter Moscou, Bouteflika se rendant à New York pour participer aux travaux de l’Assemblée générale de l’ONU et moi, retournant à Alger. Le 6 octobre, dans la voiture qui nous conduit à l’aéroport, Chvedov nous informe que le microbe responsable de la fièvre est identifié: «Le Président souffre d’une simple paratyphoïde B et il pourra reprendre ses activités très prochainement.» Notre joie et notre soulagement sont immenses quand nous prenons l’avion pour Paris, escale où nous nous séparons, chacun se dirigeant vers sa propre destination.

Les inter-titres sont de la rédaction

Bonnes feuilles du second tome d’Ahmed Taleb-Ibrahimi «Mémoires d’un Algérien» La passion de bâtir (1965-1978)

R.N (L' Expression)

publié par M'hamed dans: djazair
Lundi 12 Mai 2008

IL Y A 60 ANS, L’ONU CRÉAIT ISRAËL

«Si Sa Majesté le Sultan nous donnait la Palestine, nous pourrions nous faire forts de régler complètement les finances de la Turquie», Théodor Herzl (le théoricien du sionisme)

La tragédie palestinienne aura bientôt cent ans. Tout commença véritablement en 1917 avec la fameuse Déclaration Balfour. Bref, flash-back sur l´importance de cette déclaration: Dany Ayalon, ambassadeur d´Israël à Washington, a déclaré le 31 octobre 2006 que la lettre que le président George W.Bush avait écrite à Ariel Sharon le 14 avril 2004, était "plus importante que la Déclaration Balfour" pour Israël. Pour l´histoire, le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique, publiait une lettre ouverte qui fit date dans l´histoire du mouvement sioniste. Il y écrivait au nom du cabinet de Lloyd George: "Le gouvernement de Sa Majesté voit favorablement l´établissement d´un foyer national juif en Palestine." Cette déclaration marquait une étape importante du projet sioniste et le liait à la Palestine et non plus à l´Argentine ou à l´Est africain (actuel Ouganda) comme il en était question à l´époque.
Bien plus tard, le 14 avril 2004, dans une lettre à Sharon, le président états-unien, à l´instar de Dieu et de Balfour, "promet" pour la troisième fois, la "terre de Palestine " aux Juifs. Il réfute le droit au retour de 3,7 millions de réfugiés palestiniens. Ce faisant, M.Bush rompt avec la politique de ses prédécesseurs et bafoue les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies et l´article 49 de la 4e Convention de Genève. Israël a déjà choisi le président américain à élire par les Américains. Pour succéder à George Bush, considéré comme le "meilleur ami" qu´ait jamais eu Israël à la Maison-Blanche, le favori des Israéliens ne fait guère de doute: il s´agit du républicain John McCain. Israël fête, dit-on, le 60e anniversaire de la démolition définitive de la Palestine et de l´errance du peuple palestinien. Voyons comment cela est arrivé avec Pierre Stambul intellectuel français de confession juive. Son analyse lucide nous paraît résumer objectivement la situation. Nous rapportons quelques extraits: " Les Israéliens parlent de l´indépendance d´Israël, proclamée le 14 mai 1948 et aussitôt entérinée par l´ONU. Pour les Palestiniens, c´est la Naqba, la catastrophe, la destruction de leur société et de leurs villages suivie de l´exil de la grande majorité de la population. Aujourd´hui, il y a environ 5 millions de Juifs et 5 millions de Palestiniens qui vivent entre Méditerranée et Jourdain. Les premiers ont un Etat dit " juif " et occupent 90% de l´espace. Les seconds connaissent marginalisation, discriminations, assassinats "ciblés", misère et privation des droits élémentaires. Une injustice majeure a été commise: un nettoyage ethnique et l´expulsion de tout un peuple de sa terre. Il n´y aura pas de paix sans réparation et cette paix devra reposer sur les droits fondamentaux qui s´imposent à tou-te-s. L´histoire de la Palestine ancienne repose en partie sur les mythes bibliques...Les Juifs d´aujourd´hui sont largement les descendants de Berbères, Espagnols, Allemands, Khazars convertis au judaïsme et les Palestiniens sont un peuple autochtone, descendant de ceux qui sont restés en Palestine après la destruction du temple".(1)

Le nettoyage ethnique de la Palestine
"Existe-t-il un peuple juif? Les Juifs du Maghreb, ceux de l´ex-empire russe ou ceux du Yémen n´ont pas grand-chose à voir entre eux. Il y a pour les Juifs dispersés une communauté de destin liée à la religion. Les Juifs ont appris à vivre ou à survivre dans une situation de minorité. S´ils avaient un statut en pays musulman, ils ont subi en pays chrétien une longue suite de discriminations et de persécutions. L´antijudaïsme chrétien a produit l´interdiction de posséder la terre, l´enfermement dans le ghetto, les expulsions (la plus importante étant celle d´Espagne) et les pogroms. C´est dans ce contexte qu´est apparu le sionisme. C´est un projet multiforme. Il a un côté nationaliste. Il crée une notion revisitée de "peuple juif" avec une nouvelle langue (l´hébreu) se substituant aux langues de la diaspora. Les sionistes s´emparent du récit biblique pour revendiquer un prétendu retour en terre promise La Palestine est présentée comme une "terre sans peuple pour un peuple sans terre". Comment conquérir un pays? Le sionisme a incontestablement un aspect colonialiste. Depuis plus d´un siècle, la même stratégie s´applique: s´emparer des terres, institutionnaliser le fait accompli, marginaliser le peuple autochtone, détruire son organisation sociale, expulser, repousser la frontière. En Palestine, comme dans les pays voisins, existait une communauté juive qui vivait sans heurts avec les Palestiniens d´autres religions. C´est la colonisation sioniste et la volonté de créer un Etat Juif qui déclenchent, dès les années 1930, le conflit actuel. La colonisation de la Cisjordanie entreprise après 1967 n´est pas un accident de l´histoire. Elle est la suite logique des terres palestiniennes confisquées après la Naqba et de la destruction des villages".(1)
"Le sionisme a également transformé Israël en pion avancé de l´Occident et de l´impérialisme au Proche-Orient. Aujourd´hui, Israël reçoit une aide colossale publique et privée des Etats-Unis et en même temps, aucun dirigeant américain ne semble en mesure de s´opposer à une décision qui ferait consensus chez les dirigeants israéliens. Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Le sionisme utilise la peur comme un carburant: "les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur". Le partage de 1947 de la Palestine n´était pas seulement incompréhensible pour les Palestiniens (au nom de quoi les a-t-on amputés de leurs terres ancestrales?), mais il était très inégalitaire: l´Etat juif prévu par la partition était plus grand que l´Etat palestinien alors que les Juifs étaient moins nombreux. Au coeur de l´Etat palestinien, Jérusalem était internationalisé. Un tel partage était inacceptable. La guerre israélo-arabe est présentée en Israël comme le combat de David contre Goliath, le "pauvre Israël" étant encerclé par des voisins hostiles. En réalité, il y avait un énorme déséquilibre en faveur des Israéliens. Ceux-ci ont, au début du conflit, 50.000 hommes en armes contre à peine 10.000 chez les Palestiniens. Et leur armement est beaucoup plus sophistiqué. De plus, aux côtés de l´armée israélienne et agissant de façon complémentaire, il y a les milices des futurs Premiers ministres israéliens (l´Irgoun de Menahem Begin et le groupe Stern d´Ytzhak Shamir) qui n´hésitent pas à massacrer les civils. Avant même le 14 mai, plus de 350.000 Palestiniens ont déjà été chassés de chez eux. Plusieurs documents de la Haganah (l´armée "officielle" israélienne) montrent que l´expulsion a été intentionnelle. L´historien Ilan Pappé parle du Plan Dalet qui a organisé ce nettoyage ethnique. Quand la propagande israélienne répète inlassablement que "les Arabes sont partis d´eux-mêmes" à l´appel de leurs dirigeants, il s´agit d´un mensonge fondateur destiné à masquer le crime qui s´est déroulé, il y a 60 ans."(1)
"La " communauté internationale", malgré la guerre froide, a trouvé un consensus facile: se débarrasser du problème juif sur le dos d´un peuple innocent. Le peuple palestinien a été trahi par les dirigeants des pays arabes voisins. Le bilan de la guerre de 48, ce sont surtout 800.000 expulsé (es). Les villages ont été détruits et leur trace a souvent été effacée. Dès 1949, les terres des expulsé (es) ont été confisquées. Israël a reconnu formellement le droit au retour des Palestiniens au moment des armistices de 1949, mais tout a été fait pour rendre impossible ce retour. Les Palestiniens qui ont échappé à l´expulsion en 1948 forment aujourd´hui avec leurs descendants 20% de la population israélienne. Certains dirigeants israéliens regrettent "qu´on n´ait pas achevé la guerre de 48", qu´on n´ait pas expulsé tous les Arabes. Dans un Etat qui se définit comme juif, les non-juifs sont des citoyens de seconde zone. Le peuple palestinien est un peuple de réfugiés. A priori, le nettoyage ethnique de 1948 ne diffère pas fondamentalement de la conquête et des annexions de 1967. La colonisation des territoires palestiniens est devenue centrale dans le projet sioniste. Quelle issue? Quelle solidarité? La paix basée sur l´égalité et la justice passe avant tout par la fin de l´impunité d´Israël. Il faut un boycott politique, économique, sportif, moral à l´image de celui qui a fait plier le régime de l´Apartheid".(1)
D´où viendrait le salut pour la cause juste des Palestiniens. Paradoxalement et devant un monde tétanisé, l´espoir viendrait autant du réveil de la conscience du monde que de celle de certains intellectuels juifs laïcs et religieux israéliens dont certains prennent des positions courageuses. Michel Warchawski, israélien de l´organisation pour la paix "Gush Shalom", ne dit pas autrement quand il milite pour un seul Etat binational, un seul Etat laïc, une Palestine-Israël dénouée de ses liens fondamentalistes avec les doctrines juives, chrétiennes et musulmanes pour que tout un chacun puisse vivre en paix dans sa culture et sa religion au sein d´une société démocratique.
Ainsi, en Israël, les nouveaux historiens israéliens créent la controverse. Un certain récit de l´épopée sioniste est remis en cause par plusieurs Israéliens qui soulignent la responsabilité de Ben Gourion dans l´expulsion de plus d´un demi-million de Palestiniens. Deux cent mille ont été contraints à l´exil avant même la proclamation de l´État d´Israël, le 14 mai 1948. Depuis une vingtaine d´années, ce récit du vainqueur est remis en cause par une poignée de "nouveaux historiens" israéliens, notamment Ilan Pappé, dont le dernier ouvrage vient de paraître chez Fayard sous le titre choc: Le Nettoyage ethnique de la Palestine. S´appuyant, notamment sur des archives israéliennes déclassifiées, ces chercheurs affirment que l´expulsion des Arabes de Palestine en 1948-1949 a été conduite sciemment par les dirigeants sionistes, au premier rang desquels David Ben Gourion. Dès septembre 1945, trois organisations juives, la Haganah, l´Irgoun et le Lehi, lancent des attaques conjointes contre l´armée britannique. 29 novembre 1947: l´ONU adopte la résolution 181 partageant la Palestine en un État juif, un État arabe et un statut international pour Jérusalem. Alors que les deux tiers des habitants sont arabes, l´ONU attribue 56% des territoires aux juifs et 42% aux habitants arabes. "Le sionisme, en tant que courant despotique et agresseur, agit aux antipodes des enseignements du Livre saint des juifs, la Torah", estiment les membres de l´association juive de Natury Karta, groupe antisioniste aux Etats-Unis, dans un communiqué à l´occasion du 60e anniversaire de la création du régime usurpateur sioniste. Sans Israël, affirment ces rabbins, les conflits s´arrêteraient au Moyen-Orient, d´autant plus qu´au nom du judaïsme, il commet de nombreux crimes contre les Palestiniens, il les tue et les expulse de leurs propres maisons".(2)
Pour sa part, le Pr Zand de l´université de Tel Aviv va plus loin pour démonter la mécanique du mythe fondateur de l´Etat juif, à savoir "le peuple juif" son ouvrage vise à promouvoir l´idée qu´Israël devrait être un "Etat de tous ses citoyens" -juifs, Arabes et autres- par opposition à son identité proclamée de "pays juif et démocratique".(3)
Le journaliste israélien Tom Ségev commentant cet ouvrage écrit à ce propos: " Dans leur majorité, les Juifs dits de la "diaspora" n´ont aucune attache ancestrale avec la Palestine et que les Palestiniens ne sont pas autre chose que les autochtones de la Palestine: cet article sera surtout utile pour ceux qui persistent à voir dans le conflit palestino-sioniste un différend de nature religieuse et, entre deux légitimités dont l´une se fonde sur un droit au retour après un exil bi-millénaire. Comme on le savait, mais c´est bien de l´entendre dire par un historien, ce long exil est une fiction. Et la tragédie palestinienne n´est que le résultat d´une oeuvre coloniale tout ce qu´il y a de classique, à quelques nuances près. D´après Zand, le besoin pour le sionisme d´imaginer pour eux une ethnicité partagée et une continuité historique, a conduit à une longue série d´inventions et de fictions à côté de l´invocation de thèses racistes. Il n´y a pas de diaspora juive".(4)

La fuite en avant des Arabes
Comment l´Etat d´Israël a-t-il été créé? Théodor Herzl, le père du sionisme, écrivait en septembre 1897: "Si je devais résumer le Congrès de Bâle en un mot, ce serait celui-ci: à Bâle, j´ai fondé l´État des Juifs". Les massacres qui jalonnent la création de l´Etat d´Israël sont nombreux. Mais tout est fait pour nier la réalité par groupe de pression interposé. Israël Shamir, éminent journaliste écrit: "Deïr Yassin, c´est ce paisible village que les groupes juifs terroristes Etzel et Lehi avaient attaqué, le 9 avril 1948, en massacrant toute la population: hommes, femmes et enfants. Je ne rappellerai pas ici l´histoire sanglante des oreilles tranchées, des entrailles répandues, des femmes violées, des hommes brûlés vifs, des corps jetés dans une carrière, ni la parade triomphale des meurtriers".(5)
Le Complexe de Massada a servi de carburant pour installer le sionisme. Le massacre des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale par les Allemands fut du pain béni pour le sionisme. "Les frontières d´Israël, disait Aba Eban, sont celles de l´holocauste" ou de la Shoah: concepts inventés spécifiquement pour décrire la "catastrophe du peuple juif, l´équivalent de la " Nakba " palestinienne. Personne en Occident ne mesure ses conséquences, c´est-à-dire l´horreur au quotidien sous le regard indifférent des puissants de ce monde d´autant que les problèmes inter-palestiniens font que la cause se dilue et que personne parmi les chefs d´Etat arabes ne lève la tête pour dire " trop c´est trop "; au contraire, chacun essaie de sauver son trône. Un comble de duplicité! On apprend que malgré de vifs débats parlementaires, l´Égypte a commencé le 1er mai 2008 ses livraisons de gaz à Israël. Elle s´est engagée à livrer 1,7 milliard de mètres cubes de gaz par an à Israël durant 15 ans. Pendant ce temps, Ghaza n´a pas d´électricité pour cause d´embargo sur les carburants de la part d´Israël!!! " Fait politique majeur du XXe siècle " selon le président Nicolas Sarkozy, la création par les Nations unies, il y a soixante ans, d´un Etat juif, n´a pas été suivie comme prévu de l´Etat palestinien. Les Palestiniens de 2008 ne peuvent plus prétendre aux 22% de leur terre, qu´ils avaient acceptés il y a quelques années! Leur destin est tragique.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Pierre Stambul: Il y a 60 ans, la Naqba: Union Juive pour la Paix. Mille Babords 6.05.2008
2.Lundi 05Mai 2008 http://french.irib.ir mis en ligne le 4/05/2008
3.Pr Zand: Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé? Ed.Paris 2004
4.Tom Segev: Une invention appelée "le peuple juif " in Ha´Aretz, 1er mars 2008.
5.Israël Shamir: Les chasseurs de vampires Jaffa, le 14 mars 2001.

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

publié par M'hamed
Jeudi 08 Mai 2008

Le 8 mai 1945 illustre les massacres coloniaux

L’Algérie célèbre aujourd’hui le soixantième anniversaire des massacres du 8 mai 1945 commis par les colons et l’armée française à Guelma, Sétif et Kherrata. A ce propos, l’historien français Olivier Le Cour Grandmaison a fustigé hier «les concessions simplement verbales» faites par la France sur ses crimes coloniaux, dont les massacres du 8 mai 1945. Alors que l’ambassadeur de France en Algérie, M. Bernard Bajolet, avait récemment déclaré à Guelma qu’il fallait «en finir avec la dénégation des injustices, des faits et des crimes du passé», impliquant directement «la lourde responsabilité» de la France dans les massacres d’Algériens le 8 mai 1945 dans l’est du pays, l’historien Olivier Le Cour Grandmaison, auteur notamment de Coloniser, exterminer : sur la guerre et l’Etat colonial (Fayard, 2005), les a jugées comme de simples «concessions verbales» visant à «préserver les intérêts de la France» dans ses relations économiques avec l’Algérie.
«Pour mesurer la portée des déclarations de M. Bajolet, il faut les mettre en perspective avec d’autres, en particulier celles faites par [le président français] Nicolas Sarkozy à l’université Bachir Mentouri à Constantine le 5 décembre 2007», a-t-il estimé dans une déclaration à l’APS.
Pour l’historien, le président français «semblait vouloir tempérer» ses déclarations antérieures puisqu’il affirmait que «le système colonial était injuste par nature» et qu’il «ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation». «Revirement ? Lucidité tardive ? Reconnaissance implicite des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis au cours des cent trente-deux ans de “présence française” en Algérie ?» s’est demandé l’historien. «C’est à l’aune d’une politique extérieure mercantile, que nulle rupture n’est venue réformer, qu’il faut interpréter les déclarations récentes de l’ambassadeur de France», a-t-il ajouté, considérant que pour les autorités françaises, «les échanges économiques et financiers entre la France et l’Algérie exigent quelques concessions verbales».
Selon l’historien, la France «développe à contre-courant de ses déclarations verbales» des mesures de type colonial concrètes, soulignant une «contradiction entre le dire et le faire». A titre d’exemple, l’historien a rappelé que la France «est le seul Etat, parmi les anciennes puissances coloniales européennes, à avoir juridiquement sanctionné une interprétation mensongère et officielle de son passé colonial par la grâce de la loi du 23 février 2005, toujours en vigueur en dépit du retrait de l’article 4» qui visait à faire enseigner dans les écoles les présumés «bienfaits» de la colonisation. Cette loi, jugée «scélérate» par le mouvement associatif français et de nombreux partis politiques qui ont exigé son abrogation totale, a gardé l’article 13 qui indemnise les criminels de l’organisation terroriste OAS. «Pour les amateurs d’exception française, en voilà une remarquable mais sinistre», a poursuivi Olivier Le Cour Grandmaison, appelant les autorités françaises à «prouver» leurs intentions de reconnaître les crimes coloniaux, «non pas par de simples déclarations mais par des mesures concrètes, comme l’abrogation de cette législation scélérate». Il a également appelé l’opposition à déposer, sans plus attendre, une proposition de loi en ce sens. «Tous, nous les jugerons sur leurs actes, pas sur leurs déclarations», a-t-il souligné. A une question sur le nouveau projet de loi sur les archives, qui proclame certains documents d’histoire comme «incommunicables» et donc occultant jusqu’en 2037 les crimes coloniaux commis en Algérie, Le Cour Grandmaison a relevé que «là encore, en dépit de déclarations ronflantes et convenues sur la nécessité de laisser les historiens, et tous ceux qui s’intéressent au passé de la France, travailler tranquillement, la majorité [parlementaire] est en passe d’adopter un texte qui, relativement à l’accès aux archives, est l’un des plus restrictifs d’Europe». «Bel exemple. Triomphe de la raison d’Etat, mépris de l’histoire et de la vérité lorsque celles-ci sont susceptibles de déranger les discours officiels : tels sont les fondements de cette future loi qui, si elle était votée, devra être abrogée au plus vite en cas de changement de majorité», a-t-il souhaité.
Quant à l’inquiétante remontée en France des nostalgiques de la période coloniale, l’historien a estimé que «l’activisme des nostalgiques de l’Algérie française, entre autres, ne semble pas lié à une méconnaissance des réalités coloniales mais aux différents discours apologétiques prononcés» par les autorités françaises visant à «restaurer le passé colonial de la France». «Quand au sommet de l’Etat, on s’autorise ce type de déclarations, il n’est pas surprenant que cela incite les courants les plus ultras à se manifester de nouveau au grand jour», a-t-il poursuivi, évoquant notamment «l’offensive de charme» dans les milieux xénophobes et racistes de l’extrême droite, à des fins électorales.

R. I. (La Tribune)

_____________________________________________________

Leurs sépultures sont et seront nos mémoires               

Nous n’oublierons pas !

Le silence est la forme sublime de la persécution, il laisse le champ libre à toutes les interprétations, offre au révisionnisme un champ pour se livrer à ses sordides manipulations. La situation a évolué, incontestablement, mais pas autant et comme nous l'avons souhaité et le souhaitons toujours. Les faits étant établis et reconnus, nous ne reviendrons pas dessus. Entre 2004 et 2008 deux ambassadeurs de France sont allés se recueillir sur les tombes des victimes de ces épouvantables massacres l'un à Sétif, l'autre à Guelma. Ceci dit, les terribles évènements du mois de mai 1945 ne sont qu'une page, parmi les plus sanglantes, de l'histoire de la France en Algérie. Les 45 000 morts de mai ne crient pas vengeance mais reconnaissance d'une des plus profondes ingratitudes d'un état républicain envers des hommes s'étant portés à son secours. Mai 45 est une date très particulière en ce sens qu'elle est emblématique de l'ensemble des tares d'un système pourtant condamné par la Société des Nations (future Onu) et les alliés, reconvertis aujourd'hui en communauté internationale.

Lire la suite: http://ladepeche-dz.com/archive/ld166/8mai45.htm

________________________________________________________________________________

La criminalité coloniale : des djebels constantinois et oranais au massif du hoggar, quelles voies d’actions contre l’impunité ?

Quand on balaie le panoramique de la succession des faits ayant abouti aux Accords du 18 mars 1962, la continuité du duel résistance/répression surlignée de phases cycliques aiguës, n’a pas connu de répit, depuis 1830. Les théoriciens des armées et administrations d’occupation, qui n’étaient tout de même pas des débiles profonds, parlaient de guerre ininterrompue qui dura donc plus de cent ans.

http://www.geostrategie.com/755/la-criminalite-coloniale-des-djebels-constantinois-et-oranais-au-massif-du-hoggar-quelles-voies-d%e2%80%99actions-contre-l%e2%80%99impunite

publié par M'hamed dans: djazair
Lundi 05 Mai 2008

 

 Photo:  http://img33.picoodle.com/img/img33/4/5/11/f_benmhidi1m_058e99f.jpg

publié par M'hamed dans: djazair
Mercredi 30 Avril 2008

Nouvelle loi sur les archives françaises

Au lendemain du discours prononcé à Guelma par l’ambassadeur de France en Algérie, plaidant pour une mémoire partagée et une histoire écrite par les historiens français et algériens, l’Assemblée nationale française a examiné hier un projet de loi sur les archives qui verrouille davantage l’accès aux documents sur les crimes coloniaux de la France.

Des historiens et chercheurs dénoncent des dispositions portant gravement atteinte à la liberté d’écriture et à la recherche scientifique. L’historien français Henri Pouillot, repris par l’APS, a indiqué que de nombreux documents dits non communicables à la recherche historique « gardent en secret des réalités sur les massacres du 8 mai 1945, ou ceux du 17 octobre 1961 à Paris, et ceux traitant des cas de tortures par l’armée française, notamment à la villa Suzini d’Alger ». Après avoir été amendé par le Sénat le 8 janvier dernier, le texte soumis à l’Assemblée nationale française a soulevé de vives polémiques du fait notamment que des délais de communication des documents archivés ont été allongés. Un amendement sénatorial prévoit que certains documents contenant une « appréciation ou un jugement de valeur » sur une personne ne deviennent consultables qu’au bout de 75 ans contre 60 actuellement. L’historien Vincent Duclert a, de son côté, estimé qu’« une telle loi menacerait la recherche en histoire » et qu’un « tel projet conforte le rejet de l’histoire critique », particulièrement celle liée aux crimes coloniaux. La Ligue française des droits de l’homme ainsi que le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) ont également exprimé leur inquiétude à l’égard de ce projet de loi qui introduit de nouvelles dispositions restrictives telles que la catégorie d’archives « incommunicables » mettant, selon eux, une chape de plomb sur « des périodes aussi sensibles que Vichy ou la guerre d’Algérie. Certaines archives concernant cette dernière période (colonisation) ne seraient ainsi disponibles qu’en 2037 ». Le professeur d’histoire contemporaine Jean-Marc Berlière a souligné qu’« on nous parle sans cesse de devoir de mémoire. Mais encore faut-il nous en donner les moyens ». Un nouveau cheveu dans la soupe entre Paris et Alger.

Mustapha Rachidiou  (El Watan)

publié par M'hamed dans: djazair
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10    

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus